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    “Un tramway nommé désir” : sulfureuse Cristiana Reali

    Hélène Kuttner 13 février 2024
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    "Un tramway nommé désir" © Christophe Raynaud De Lage

    Dans le chef-d’œuvre dramatique de l’Américain Tennessee Wiliams, Cristiana Reali est Blanche, une héroïne malheureuse et mythomane, dévastée par une suite d’évènements malheureux. La comédienne se révèle saisissante d’humanité blessée  dans cette histoire où des relations toxiques viennent remplacer le manque d’argent et d’amour. 

    Une partition phénoménale

    Tennessee Williams écrit sa pièce en 1948, et a remporté le Prix Pullitzer. Trois ans après, en 1951, le réalisateur Elia Kazan demande à l’auteur d’adapter la pièce pour le cinéma, affrontant la censure catholique et le sénateur Joseph Mc Carthy. Ce qui n’a pas empêché le film d’obtenir quatre Oscar dont celui de la meilleure actrice pour Vivian Leigh qui partageait l’affiche avec Marlon Brando. L’histoire se déroule dans le quartier français de la Nouvelle Orléans où débarque Blanche DuBois, une enseignante, venue trouver refuge dans l’appartement exigu de sa soeur Stella qui vit avec Stanley, un immigré polonais dont la grossièreté et le machisme sont constants. Cristiana Reali est d’une justesse confondante dans le rôle de Blanche, que la robe de satin parme et les rubans de fleurs dans les cheveux font ressembler à une pitoyable poupée de porcelaine. Frémissante dans son désir de plaire, vacillante dans son goût pour l’alcool fort, effrayante de nymphomanie, la comédienne donne au personnage une épaisseur vibrante, nous faisant ressentir toute la détresse et la fragilité d’un personnage qui ne cesse de sombrer.

    Le choc du réel

    © Christophe Raynaud De Lage

    Le désastre viendra de la confrontation avec Stanley, le mari de sa sœur Stella, joué ici à la perfection par Nicolas Avinée dans une composition d’une saisissante justesse. Entre les délires de Blanche qui s’invente une nouvelle vie de princesse, et la brutalité alcoolisée de Stanley qui ne supporte pas cette pimbêche, Alysson Paradis, que l’on avait admirée dans Le Manteau de Janis au Petit-Montparnasse, campe Stella, la petite soeur compatissante et honnête, qui joue le tampon entre Blanche et le violent Stanley. Dans une scénographie très simple qui ouvre le petit espace de l’appartement grâce à des rideaux de tulle transparente, le trio de personnages s’épie et se bouscule autour d’une table et d’un lit. Trop propre, trop tranquille pour figurer l’appartement torride et sale de Stella et Stanley, ce décor qui s’élève par un escalier vers les étages supérieurs constitue cependant un excellent espace de jeu pour les comédiens qui défendent tous très bien leur partition. 

    Le refus du réel

    “Je ne veux pas du réel, je veux de la magie” clame Blanche-Cristiana face aux méchantes accusations de son beau frère, qui la révèlent sous un angle plus que scabreux. Lionel Abelanski, qui joue Mitch, tente d’apaiser les tensions en séduisant Blanche et en allant jusqu’à lui promettre le mariage. Mais le réel rattrape vite ces impétrants au rêve, et ni la logeuse, campée avec une belle présence par Marie-Pierre Nouveau, ni l’ami joué par Djibril Pavadé, ne parvient à raisonner les personnages. La mise en scène de Pauline Susini va à l’essentiel : elle met en lumière le vertige, la descente aux enfers de l’héroïne Blanche à travers le jeu de plus en plus déconnecté de Cristiana Reali. Véritable miroir grossissant de toutes les névroses, l’actrice se livre sans bouclier et compose un personnage féminin au bout du rouleau, d’une extrême vulnérabilité, habitée par les démons de son passé et réinventant son présent et son avenir. Elle est, au milieu de ses camarades, remarquable et tous méritent d’être applaudis.

    Hélène Kuttner

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