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    “Une trilogie new-yorkaise”, Paul Auster en miroir d’Igor Mendjisky au Théâtre de la Ville

    Helène Kuttner 18 novembre 2024
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    © Christophe Raynaud de Lage

    Dans une fresque en forme de thriller de près de quatre heures avec entractes, Igor Mendjisky déclare sa flamme à l’écrivain américain Paul Auster et sa “Trilogie new-yorkaise”. Trois romans constituent les trois histoires qui croisent des détectives et leur doubles, les écrivains et leurs fantômes, rôdant à la recherche d’identité et de vérité entre Brooklyn et Manhattan. Un spectacle réussi en forme de quête inassouvie, avec des doubles et des personnages en quête d’auteur comme chez Pirandello et des parcours labyrinthiques comme chez Jorge Luis Borges. 

    Fantômes et doubles

    © Christophe Raynaud de Lage

    Quel est le point commun entre Pirandello et Paul Auster ? Le brillant dramaturge italien Luigi Pirandello et le romancier new-yorkais Paul Auster, mort en 2022, ont en commun l’amour de la littérature et de l’imaginaire, la fascination pour les mises en abîmes et les doubles qui se multiplient à l’infini. Igor Mendjinsky, acteur-auteur et metteur en scène, trouve en Paul Auster un double de lui-même dans un spectacle fleuve qu’il s’amuse à explorer avec d’épatants acteurs, en multipliant des jeux de pistes dignes d’Agatha Christie. Dans Cité de Verre, trois personnages sortis d’un film policier américain se heurtent aux murs de béton, aux portes fermées et au mystère de leur identité dans les escaliers de secours de Soho ou sur les quais glauques du métro de la ville basse. Un dénommé Quinn, écrivain de séries policières, flanqué de son copain Work qui ressemble étrangement au commissaire Colombo, se trouve pris dans les mailles d’un mystérieux quiproquo avec une sonnerie de téléphone obsédante. On le prend pour un détective nommé Paul Auster censé enquêter sur Peter Stillman, un prof d’université au passé inquiétant. L’ambiance est sulfureuse et la musique haletante, et Pascal Greggory prête son puissant talent au personnage du prof pervers face à Thibault Perrenoud (Quinn), Lahcen Razzougui (Work) et Gabriel Dufay (Paul Auster). Deux comédiennes, la blonde Ophélia Kolb et la brune Rafaela Jirkowsky incarnent le fantasme de Virginia Stillman, cliente et mandatrice de l’enquête.

    Acteurs habités

    © Christophe Raynaud de Lage

    Pour donner corps et âme aux Revenants et à la Chambre dérobée, les deux épisodes qui complètent La Cité de verre, il faut des comédiens caméléons capables d’incarner les faux semblants, les fausses pistes, les incohérences et l’imaginaire débridée de l’auteur. Igor Mendjisky complique l’affaire avec un malin plaisir, puisqu’il est aussi le narrateur de ces histoires, perché au premier étage d’une scénographie ingénieuse, en tant qu’animateur d’une émission de radio. Ce sont des extraits entiers des romans de Paul Auster qu’il nous lit, tandis que se déroulent en bas d’étranges rencontres. Ainsi un dénommé Bleu, Félicien Juttner, dévient-il réellement fou à force d’observer Noir de sa fenêtre. On assiste alors au dédoublement vertigineux entre un écrivain et son personnage, un observateur et sa cible. Qui devient qui ? Et de quoi sommes nous constitués sinon d’un imaginaire fantasmé, nourri par ceux qui nous entourent et qui nous obsèdent. Ainsi Ben, l’ami d’enfance de l’écrivain Fanshawe, qui se retrouve dépositaire de l’œuvre de celui qui a mystérieusement disparu, en lui laissant aussi … sa femme. Une mise en scène élégante et fluide fait glisser tous ces héros et leurs doubles qui s’interchangent indifféremment. Notons le talent de tous les comédiens habités par leurs rôles, avec une mention particulière pour Ophélia Kolb, Gabriel Dufay et Félicien Juttner qui nous transportent dans un autre monde. Laissez-vous porter par cet étrange voyage théâtral qui magnifie l’imaginaire. 

    Hélène Kuttner 

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