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    “La Belle au bois dormant” : la danse classique au firmament

    Hélène Kuttner 13 mars 2025
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    © Agathe Poupeney

    “La Belle au bois dormant”, héroïne du conte de Perrault, se réveille aujourd’hui à l’Opéra Bastille dans la chorégraphie présentée il y a trente-cinq par Rudolf Noureev, d’après une création de Marius Petipa présentée au Théâtre de Saint-Petersbourg sur une musique de Tchaïkovski. Dans des décors au faste impérial, les danseuses et danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, vêtus dans d’éblouissants costumes, y exercent brillamment l’excellence de leur art et de leur technique pour le « ballet des ballets » : une vraie splendeur.

    Un sublime voyage à travers le temps

    © Agathe Poupeney

    C’est en 1890, dans la Russie tsariste au cœur du prestigieux Théâtre Impérial de Saint-Petersbourg, qu’est créé ce ballet, considéré par Rudolf Noureev comme le « Ballet des Ballets ». Inspiré du conte de Perrault, il était le fruit d’une collaboration magistrale entre un chorégraphe français exilé en Russie, Marius Petipa, auteur des plus grands ballets classiques, et le compositeur Tchaïkovski, qui devaient concevoir ensemble un spectacle fastueux, inspiré des fêtes de Versailles au 17° siècle. Dorures des colonnades, perruques poudrées et argentées, costumes luxueux sertis de pierres précieuses, forment l’écrin d’un florilège de figures chorégraphiques, une véritable encyclopédie de la danse classique. Ce n’est qu’en 1989 que Rudolf Noureev entreprend la création de cette œuvre à l’Opéra de Paris dont il est alors le directeur, alors qu’il avait triomphé dans le rôle du prince, à 23 ans, en 1961, lors de sa première apparition occidentale avec le Kirov de Leningrad. « La Belle demeure pour moi l’accomplissement parfait de la danse symphonique », déclarait-il lors de la création à Paris. « Il ne s’agit pas de créer un événement sans lendemain, mais de produire un spectacle durable qui maintienne l’excellence d’une compagnie ».  

    L’excellence d’une compagnie

    © Agathe Poupeney

    De fait, le corps de ballet, garant pour le chorégraphe de l’excellence d’une compagnie, est mis à contribution de manière remarquable, autant que la création de costumes et de décors fastueux, des lumières, dont l’agencement technique force le respect. Dès le premier acte, la grande valse et les compositions d’ensemble sont réglées avec une précision et une inventivité inédites, une symétrie étourdissante, en même temps qu’ils obéissent à un mouvement perpétuel. Rien, pas un danseur ne reste immobile dans ce palais impérial dont le faste ne fonctionne jamais sans une larme d’humour. L’art de Noureev respecte le classicisme mais en même temps l’enrichit : les garçons gagnent en mobilité et en grâce, les filles les imitent, dans une suite de défis techniques et de répétitions qui donnent le tournis. Roi, Reine, Fée des Lilas, Fée Carabosse côtoient des chevaliers, des monstres velus qui rampent au sol, des chasseurs et des paysannes. La danse déploie une perfection totale, enrichie de l’équilibre graphique du grand siècle, mais aussi de la technique anglaise et russe, de la pantomime française, notamment dans les pas de deux de L’Oiseau Bleu et du Chat Botté, incroyables d’inventivité et de malice. 

    Des danseurs à la virtuosité accomplie

    © Agathe Poupeney

    Lors de la deuxième représentation, la flamboyante Inès Mcintosh, promue Première danseuse à 22 ans, formait avec Thomas Docquir, Premier danseur, un couple princier idéal. La fraicheur, la précision démoniaque de la jeune ballerine, sa finesse et son élégance souveraine, son investissement émotionnel, sa technique sans failles, emportèrent l’adhésion du public dès sa première apparition dans le rôle d’Aurore. Thomas Docquir nous a éblouis, séduits, fascinés, par sa maîtrise technique et sa magistrale capacité à varier les postures chorégraphiques. Aussi à l’aise dans les portés que dans les sauts et les chassés, il s’élance comme un cabri sur l’immense plateau, sans une seule faute de style, princier, magnétique, ardent et frémissant de désir et d’ambition. Tous deux furent longuement applaudis, preuve d’un travail considérable et d’une résistance, trois heures de spectacle, à toute épreuve. Ce fut aussi le cas pour Hortense Millet-Maurin et Aurélien Gay, superbes et électriques interprètes du pas de deux de L’Oiseau de feu, tandis que Claire Gandolfi et Manuel Garrido nous ravirent dans celui du Chat botté et de la Chatte blanche. Fanny Gorse et Florimond Lorieux furent les magnifiques Comtesse et Duc, et Camille de Bellefon, la Fée des Lilas, et Sarah Kora Dayanova, Carabosse, rivalisèrent de talent et d’influence, charmante pour la première, démoniaque pour la seconde. Dans la fosse, le chef Vello Pähn fait sonner l’Orchestre de l’Opéra de Paris avec l’ardeur romantique d’une aventure vitale, violons profonds, harpes cristallines, cors, bassons et hautbois rayonnants, clarinettes et flûtes enfantines. 

    Un spectacle total, ensorcelant et merveilleux.

    Hélène Kuttner

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