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    À l’Opéra de Nice, “De loin en loin”

    Stéphanie Nègre 29 octobre 2025
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    "Loin" de Sidi Larbi Cherkaoui © Gregory Batardon

    Pour le programme d’ouverture de sa première saison en tant que directeur du Ballet de l’Opéra Nice-Côte d’Azur, Pontus Lidberg a choisi de réunir deux pièces placées sous le signe de la rencontre : celle des énergies féminine et masculine pour Nocturne de Juliano Nunes, celle des cultures pour Loin de Sidi Larbi Cherkaoui.

    Interprète notamment pour les Ballets de Leipzig et des Flandres, Juliano Nunes s’inscrit dans la danse anglo-saxonne qui ne renie pas ses racines académiques mais se les réapproprie pour développer son propre langage. Après des pièces pour le Ballet de Zurich, le Nederlands Dans Theater, le Royal Ballet de Londres et prochainement l’American Ballet Theatre, Nocturne est sa dernière création et sa première collaboration avec une compagnie française. Le chorégraphe brésilien a souhaité explorer ici la rencontre des énergies masculine et féminine, plaçant la première sous le signe du Soleil et la seconde, sous celui de la Lune.

    Nocturne de Juliano Nunes © Gregory Batardon

    Le ballet débute avec l’ensemble des danseurs qui entrent en scène comme des comètes, enchainant avec vélocité de courts solos et duos. Après cette introduction, deux tableaux vont se succéder, l’un avec les hommes, tout en énergie fougueuse, l’autre avec les femmes qui vont, sur pointes, exprimer un autre volet de la force : apaisé certes mais tranchant et tout aussi puissant. Le final sera placé sous le signe de la fusion avec des ensembles et une série de pas de deux. La chorégraphie de Juliano Nunes se nourrit de la richesse du vocabulaire classique, avec notamment des sauts et surtout des tours – fouettés, à la seconde, en l’air…- comme un clin d’œil à la rotation des planètes. Les costumes – des justaucorps rouges pour les hommes, bleus pour les femmes – et la scénographie semblent inscrire, de prime abord, la pièce dans une esthétique des années 70 mais ils lui donnent finalement, une dimension graphique et intemporelle. Plus qu’un travail sur le féminin / masculin, il ressort, de Nocturne, un feu d’artifice technique et un univers singulier et poétique, porté par la métaphore des planètes.

    Nocturne de Juliano Nunes © Gregory Batardon

    Sidi Larbi Cherkaoui interroge depuis longtemps, dans ses pièces, la notion de métissage. Créé en 2005 pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève, Loin traite de la rencontre. Celle-ci est abordée, en premier lieu, par la chorégraphie comme dans le prologue où les danseurs s’appréhendent avec un travail sur le mouvement des mains et des bras puis tout au long de la pièce, lorsqu’ils s’élancent puis s’enlacent, signifiant la rencontre entre individus. Les mouvements sont amples, les nombreux duos et trios, tout en fluidité, les corps marquent des cercles, tournoient et s’enroulent, dessinant dans l’air des calligraphies. La gestuelle de Sidi Larbi Cherkaoui emprunte à la danse contemporaine mais aussi aux arts martiaux.

    Loin de Sidi Larbi Cherkaoui © Gregory Batardon

    Pour Loin, Sidi Larbi Cherkaoui a souhaité explorer le métissage des esthétiques et des disciplines : les costumes reprennent les codes des kimonos – ceinture, drapé -, les cimaises s’ornent de motifs mauresques et les sonates d’Heinrich Biber, caractéristiques du baroque européen, font le lien. Les tableaux dansés sont entrecoupés de moments théâtraux ou chantés. Ainsi, rassemblés en ligne, face au public, les danseurs vont évoquer, d’une même voix, des anecdotes d’une tournée en Chine, comme autant de parenthèses surréalistes. Dans Loin, Sidi Larbi Cherkaoui a pris le risque de mélanger les arts et les cultures, qu’ils viennent de l’Occident, de l’Orient ou de l’Asie.  La gestuelle très construite et cohérente fait le lien – le liant – pour offrir une œuvre riche et particulièrement forte, une vraie pièce de répertoire.

    Sidi Larbi Cherkaoui © Gregory Batardon

    Avec ce programme, Pontus Lidberg a choisi de faire appel à deux auteurs contemporains aux univers très différents, l’un ancré dans l’héritage classique, l’autre, nourri de métissage artistique. Une écriture rigoureuse et une grande exigence dans l’interprétation les rassemblent et donnent une vraie cohérence à la soirée, servie avec panache par les danseuses et les danseurs de la compagnie. Le Ballet de Nice-Côte d’Azur apparait en grande forme et prêt à relever de nouveaux défis artistiques.

    Stéphanie Nègre

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