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    “Barbara (par Barbara)” par Marie-Sophie Ferdane : une histoire d’amour

    Hélène KUTTNER 14 novembre 2025
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    ©libre-de-droit

    Dans la petite salle du Théâtre du Rond-Point se déroule chaque soir une cérémonie exemplaire et magique : l’âme fantomatique de Barbara, interprète légendaire du 20° siècle, s’adresse à nous par l’intermédiaire de la comédienne Marie-Sophie Ferdane. Un instant théâtral et musical d’une grande émotion.

    « Ma religion c’est l’amour »

    Elle pénètre sur le plateau avec une délicatesse élégante, alors qu’une table est entourée de micros radiophoniques et qu’un double clavier, piano et électronique, attend la présence du musicien Olivier Marguerit, jeune artiste qui va tricoter bientôt un habillage sonore subtil, écho des compositions enfantines de Barbara, fugues romancées du répertoire de Bach. Loin du cliché de la Dame en noir, yeux noirs de biche surlignés par un épais trait d’eye-liner, boa mousseux de plumes d’autruche couleur de jais, Marie-Sophie Ferdane n’a que la haute silhouette élancée en partage avec Barbara. Au contraire, la blonde comédienne s’avance en pantalon de coton blanc et en pull vert pomme, un grand sourire accroché à son visage ouvert. Ce qu’elle raconte de cette grande artiste, extraits d’interviews, de lettres intimes et d’échanges amoureux ou avec le public, tous ces mots et toutes ces phrases ont directement été prononcés ou écrits par Barbara, réunis pour ce spectacle par Clémentine Deroudille, qui fut commissaire de l’exposition « Barbara » à la Philarmonie de Paris. Avec Arnaud Cathrine, le montage a été assemblé pour que la comédienne se l’approprie, non pas comme un double de Barbara, mais comme une artiste qui vibre des émotions, de la peur, et de l’amour de Barbara.

    « Le public m’a accouchée »

    ©Emmanuel-Noblet

    La grande réussite de ce spectacle tient de sa délicatesse et de son intelligence, dont le metteur en scène Emmanuel Noblet donne ici une preuve éclatante. Barbara revit à travers Marie-Sophie, qui emprunte la rapidité liquide de son débit, sa fougue et sa furieuse indépendance artistique. Un mélange de maturité et d’enfance qui n’appartiennent qu’à elle, née Monique-Andrée Serf dans une famille juive d’origine moldave et ukrainienne, contrainte de déménager plusieurs fois de Paris pour se cacher en zone libre, et qui préfèrera l’étude de la musique aux études classiques, gagnant facilement son admission en piano au Conservatoire National de Paris. Une enfance massacrée par la guerre et le comportement incestueux de son père, à qui elle accordera, bien plus tard, son pardon, dans l’une de ses plus puissantes chansons, Nantes. C’est bien cela que nous raconte Marie-Sophie Ferdane, le cœur au bord des lèvres et la sensibilité frémissante, celle même de Barbara. De l’animal hyper sensible et blessé qui a peur tout le temps, de cette personnalité « crucifiée » dans l’enfance, Barbara fera une artiste exigeante et unique, que le public, qui lui réservera des ovations quatorze années après ses débuts, accouchera. 

    « Ma plus grande histoire d’amour c’est vous »

    ©Emmanuel-Noblet

    Toutes les chansons de Barbara, tous ses mots, offerts sur le bout de ses lèvres alors qu’elle chantait et jouait sur son piano accordé à 442 Hz, sont à prendre au pied de la lettre. Ce qu’on redécouvre pleinement dans le jeu généreux et sensible de Marie-Sophie Ferdane, dans le mouvement lumineux de son corps, c’est l’absolu besoin des autres, du public et de son amour, que manifestait l’autrice interprète. Sur scène, elle était en état d’hypnose et elle pratiquait la chanson comme une religion. Drôle et amère à la fois, passionnée toujours, fantasque et généreuse, elle qui n’a jamais supporté aucune routine se livrait coeur et âme dans des histoires d’amour passionnelles avec des hommes. Les lettres qui sont révélées ici témoignent d’une vision de la vie et de l’amour d’un absolu romantisme, livré au micro, avec la voix grave et tremblante de Marie-Sophie. De temps en temps, entre le voyage à Göttingen, en Allemagne et la Petite Cantate dédiée à une amie disparue, Olivier Marguerit s’immisce dans le répertoire pour adapter avec fantaisie sa propre mélodie comme le musicien-compagnon, amant, écho permanent d’un dialogue ininterrompu avec le public. Lors des concerts de Barbara, le public réclamait tellement de bis que Barbara reprenait d’autres chansons. Les jeunes pleuraient. Plus modeste, ce court spectacle offre un écho merveilleux et bouleversant à l’œuvre et à la personnalité uniques de cette grande artiste. Un grand merci.

    Hélène KUTTNER 

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