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“Notre histoire” (se répète) ou une tentative de réparer le monde

3 février 2026
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©Christophe Raynaud de Lage

Comment survivre quand on est un couple mixte, un Juif et une Allemande, que nos parents ou grands-parents ont alternativement collaboré, résisté ou péri dans une Europe en conflit ? Jana Klein, Allemande, et Stéphane Schoukroun, Français juif, décident de donner une suite à leur premier spectacle  dans la lumière et les ténèbres d’une actualité brûlante au Proche Orient et une petite musique politique inquiétante en France et en Europe. Un spectacle étourdissant d’émotion, qui répand spontanément des nuages de doutes sur toutes nos certitudes.  

« Il n’y a pas de raison d’avoir peur »

On les avait quittés en 2020, lors de la création de leur premier spectacle, Notre Histoire qui racontait les bonheurs et les difficultés de construire amoureusement une relation sur deux histoires totalement antagonistes. L’une, Jana, parce qu’elle est issue d’une famille allemande dont l’un des grands-pères a été nazi et l’autre grand-père, d’origine tchèque tzigane, résistant et déporté à Auschwitz. L’autre, Stéphane, parce qu’il est un juif issu de familles d’Algérie et de Tunisie, avec en guise de valise la mémoire de l’exil de ses parents, et la Shoah où périt une immense partie de la communauté juive d’Europe centrale. Cinq ans après, voici notre couple toujours amoureux, mais de plus en plus terrifié, perplexe, terrorisé par l’actualité dramatique qui depuis le 7 octobre 2023, en Israël, a plongé la région dans une guerre dévastatrice. Comment continuer à s’aimer et à croire ? C’est tout l’enjeu de leur dernière création, qui campe le couple dans un environnement domestique régi par Alexia, Siri et leurs acolytes de l’intelligence artificielle qui les enjoignent de « se positionner », de « prendre parti »

Le café du compromis

©Christophe Raynaud de Lage

Chacune des journées commence par un petit café, avant d’aborder les sujets qui fâchent : la fracturation de la société avec les replis sur soi et la xénophobie, la bien-pensance de l’ultra-gauche, les démons de l’antisémitisme prêts à bondir, le retour des doctrines fascistes en Europe alors que les plaies des guerres européennes ne sont pas encore refermées. Que faut-il faire ? Peut-on encore aller parler de tout cela dans les lycées, face à des jeunes fatigués qu’on évoque encore la Shoah ? Doit-on faire de Hitler un personnage de cirque, comme Charlie Chaplin, avec une mèche brune et une moustache en toc ? Jana Klein explose, en évoquant ses origines, préférant nous conter les légendes du Golem de Prague, dont la communauté juive a été décimée, manipulant de minuscules sculptures de la créature qui se réinvente sans cesse, soit pour réparer, soit pour tuer. Dans des malles métalliques qui s’ouvrent au fur et à mesure comme les tiroirs d’une mémoire oubliée, les stèles minuscules des détenus dans les camps, les relevés de train des derniers convois qui ont mené son grand-père tchèque vers la mort.

« On ne sait jamais de quel côté tombe la tartine ! »

©Christophe Raynaud de Lage

Les chemins que l’on prend dans la vie, les OUI et les NON que l’on peut prononcer selon les circonstances, Jana et Stéphane les incarnent, en riant de leur propension à la gravité, en décalant leur propos, nourri des nombreux ateliers qu’ils font régulièrement dans des classes de banlieues difficiles. C’est de tout cela, de nos interrogations, de nos doutes, décuplées depuis deux ans, qu’est fait ce spectacle qui traverse avec nous l’instabilité du réel. Jana se déguise en l’une de ses grand- mères, l’Allemande, perruque blonde et robe de dentelle noire, prête à danser à coups de schnaps sur la réussite de l’industrie allemande, ses BMW et ses télécabines rutilantes, qui nous emmènent sereinement vers de magnifiques sommets. « On ne sait jamais de quel côté tombe la tartine » ironise Stéphane, qui voit sa compagne se métamorphoser en poupée telle un Golem. Et le couple, guerre éternelle de tous les conflits larvés, ne doit-il pas aussi se construire et se maintenir, grâce au ciment de l’amour et de la tolérance, avec les pierres de tous horizons ? La réponse finale est la chanson de Joe Dassin : « Et si tu n’existais pas, Dis-moi pourquoi j’existerais…» sur laquelle le couple danse tendrement. Une respiration salutaire et poignante.

Hélène Kuttner 

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