“Figures Instables, Miroirs du Mythe” : Tomáš Jetela à la Vanities Gallery
Tomáš Jetela, "Red Torch on Wings of Deranged Stingrays Searches Treasures of Rum-Soaked Pirate" - Huile sur toile, 2022, 180 x 130 cm © Vanities Gallery
Trois ans après “Superhero”, l’artiste tchèque Tomáš Jetela revient à Paris avec une nouvelle exposition solo intitulée “Figures Instables, Miroirs du Mythe” à la Vanities Gallery jusqu’au 11 avril 2026.
Derrière les grandes baies de la galerie, les couleurs et les toiles en grand format s’exposent et interpellent jusque dans la rue. Le passant se meut en spectateur happé par cet appel magnétique de compositions aussi exubérantes que fascinantes. Il ne s’agit pas ici d’un cycle en particulier mais d’un tour d’horizon des multiples facettes de l’œuvre grandiose et généreuse de Tomáš Jetela au cours de ces dernières années. Au-delà du moment, ce qui les lie, c’est cette instabilité constitutive, presque biologique, qui confine l’humanité à la métamorphose et une survivance protéiforme. L’évolution devient aussi incertaine que l’avenir puisque même là où rien ne va plus, tout reste encore possible. La chair fleurit comme un bouquet éclatant aux allures de nature morte-vivante. La dualité est inhérente à son travail comme à sa représentation de l’existence : une condition humaine polarisée entre monstruosité et héroïsme, grandeur et décadence. Elle incarne nos choix et puis cet espoir blotti en chacun de nous.

Tomáš Jetela, Drink Up Me Hearties Yo Ho – Huile sur toile, 2025, 200 x 190 cm © Vanities Gallery
De figures en paysages, s’opère une synthèse à la fois stylistique et historique. Bien plus que des citations, Tomáš Jetela réinvestit les mythes, s’en empare, pour les transmuter et les actualiser. Il en prend possession comme un esprit viendrait hanter un corps. Il revisite le temps comme un voyageur qui n’a pas peur des conséquences fictives de modifier le cours des événements. Il peint un présent chargé autant du passé que de l’avenir, comme pour plonger le spectateur dans cet état d’hyperactivité cérébrale qui relie la vie et la mort : une vanité. Le spectateur, immobile, est pris dans le mouvement irrésistible de la peinture. C’est dans le geste de l’artiste qu’il embarque vers une destination encore inconnue et dont il revient transformé.

Tomáš Jetela, A Virgin Unicorn Crawling in the Dark Corners of the Aphrodisiac Universe – Huile et acrylique sur toile, 2022, 190 x 140 cm © Vanities Gallery
Ici, l’amour sur la rive gauche (Love on the Left Bank) d’Ed Van der Elksen prend des allures diaboliques et pop-acidulées… du noir et blanc au jaune et rose. Et là, on se promène dans un paysage à la Poussin, serrant la main du Christ dans Le Souper à Emmaüs du Caravage, tout en regardant droit dans les yeux la putréfaction lente du Comedian de Cattelan. L’artiste ne cesse de mettre au monde des créatures aussi divines que redoutables, des collages mentaux et surréalistes qui nous confrontent à la relativité de toute forme de réalité et d’existence. Il apprend au spectateur le pouvoir de la contemplation et lui montre qu’à la fois tout et rien n’a d’importance : seul compte l’extase et la sérénité de cet instant devant la toile.

Tomáš Jetela, Old Photo – Huile sur toile, 2024,
80 x 60 cm © Vanities Gallery
Après ce monde ouvert et social, il faut descendre, s’aventurer dans les tréfonds de la galerie, comme plonger en soi-même, pour y découvrir des portraits dans un espace souterrain plus intimiste. C’est une rencontre plus directe et resserrée, un face à face avec des figures aussi étrangères que familières. Tous ces visages recèlent une part de miroir qui reflètent quelque chose de nous-mêmes, une autre dimension psychologique. La question est alors de savoir ce que l’on veut y voir. Entre mensonge et vérité, le spectateur doit puiser en lui les ressources cachées dans son inconscient et que l’artiste vient réveiller. L’autre et le Moi, un duel qui se joue dans l’ombre et la lumière et dans un espace qui ne laisse pas de place à la fuite. Tout y est plus humain et tout y est plus solitaire, comme s’il s’agissait d’une posture inévitable de l’être dans ce monde, amical et hostile. Les regards sombres absorbent les pensées et semblent percer les secrets de notre plus grande peur : cette solitude irréductible. Les figures lisent en nous comme dans un livre ouvert. La relation semble alors s’inverser, le spectateur devenant, ici-bas, l’observé sans défense. Et dans le flou et le mouvement, l’apparence spectrale et surnaturelle de ces observateurs silencieux nous envahit d’une sensation contradictoire oscillant entre rejet et attraction, désir et répulsion. Alors, pour faire face à nos innombrables dilemmes, il ne subsiste plus que l’expression paranormale et magistrale de nos sublimes fantômes ressuscités.

Tomáš Jetela, Countes – Huile sur toile, 2025,
100 x 70 cm © Vanities Gallery
Vous pouvez suivre l’actualité de Tomáš Jetela sur son compte Instagram
Vanities Gallery : le site Internet et le compte Instagram
Anna Rémuzon
Vanities Gallery
17, rue Biscornet
75012 Paris
Du mardi au samedi de 10h30 à 18h30
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