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    À Paris, l’exposition “Byblos” raconte 9 000 ans d’histoire à l’Institut du monde arabe

    Fabienne Touma 25 mars 2026
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    À l’heure où les conflits fragilisent les équilibres culturels et menacent directement les trésors du passé, certaines expositions dépassent le simple cadre artistique pour devenir de véritables actes de transmission. Avec “Byblos, cité millénaire du Liban”, l’Institut du monde arabe propose un voyage rare, à la fois sensoriel et historique, au cœur d’une des plus anciennes villes habitées du monde. Plus qu’une immersion dans l’Antiquité, cette exposition s’annonce comme une rencontre avec une mémoire vivante, dont la préservation résonne avec une intensité particulière aujourd’hui.

    Le parcours promet de plonger le visiteur dans l’histoire fascinante de Byblos, carrefour majeur des civilisations méditerranéennes. Premier grand port maritime international, la cité a tissé, dès la plus haute Antiquité, des liens étroits avec l’Égypte, la Mésopotamie et le monde égéen. À travers près de 400 œuvres, l’exposition met en lumière une épopée faite de voyages, d’échanges et d’innovations, notamment autour de la diffusion de l’alphabet phénicien.

    Elle entend également retracer une histoire exceptionnelle par sa continuité : celle d’une ville occupée depuis près de 9 000 ans. De ses origines comme communauté de pêcheurs à son essor en tant que cité-État de l’âge du Bronze, puis à ses transformations aux époques phénicienne, hellénistique et romaine, Byblos incarne une permanence rare, presque unique, dans l’histoire des civilisations.

    Parmi les points forts annoncés, les trésors issus des tombes royales devraient révéler toute la richesse et le raffinement de la cité : parures en or, objets précieux, armes d’apparat témoignent d’un pouvoir influent et de relations étroites avec les pharaons d’Égypte. Ces pièces racontent autant une histoire de prestige qu’un réseau d’échanges culturels profondément ancré dans le monde antique. L’exposition met aussi en avant des découvertes archéologiques récentes, dont une nécropole de l’âge du Bronze restée intacte. Ces fouilles et recherches renouvellent la compréhension de l’organisation sociale et économique de la cité et illustrent le dynamisme actuel de la recherche archéologique.

    Vue intérieure du temple aux Obélisques de Byblos © Philippe Maillard / IMA

    Dans un contexte où le patrimoine peut être directement menacé par les conflits, cette exposition prend une dimension particulière. Elle rappelle que ces vestiges ne sont pas de simples traces du passé, mais des éléments essentiels de notre mémoire collective. Les préserver et les transmettre, c’est affirmer que la culture demeure un lien fondamental entre les peuples, même dans les périodes les plus incertaines.

    Cette résonance est d’autant plus forte que l’exposition elle-même porte les marques de ce contexte. Initialement prévue en 2024, elle avait dû être reportée en raison du conflit au Proche-Orient, les œuvres étant alors impossibles à acheminer depuis le Liban. Le fait qu’elle puisse aujourd’hui être présentée à Paris témoigne d’une véritable persévérance. Malgré une situation toujours instable, le projet a résisté pour finalement voir le jour. En cela, il incarne pleinement l’idée que la culture peut être une forme de résistance, silencieuse mais puissante, face à la guerre et à la menace de destruction du patrimoine.

    En mettant à l’honneur Byblos, l’Institut du Monde Arabe — en collaboration avec le ministère de la Culture du Liban / Direction générale des Antiquités et le musée du Louvre, sur une idée originale du musée des Antiquités de Leiden et de la DGA — propose une exposition qui s’annonce aussi riche scientifiquement que profondément actuelle. Une invitation à découvrir, à comprendre et sans doute, à mesurer combien le patrimoine est aujourd’hui plus précieux que jamais.

    Fabienne Touma

    À l’occasion de l’exposition Byblos, cité millénaire du Liban, ARTE diffuse le documentaire de Philippe Aractingi Liban, les secrets du royaume de ByblosÀ découvrir samedi 11 avril 2026 à 20h55 sur ARTE, et du 21 mars au 9 octobre 2026 sur arte.tv

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