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    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance

    Hélène Kuttner 26 avril 2026
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    ©Paul-Desveaux

    Au Studio Hébertot, huit jeunes comédiens nous réjouissent dans une comédie acide signée Guillaume Gallix, inspirée de Molière et Goldoni, qui raconte la ridicule aventure d’un père de famille veuf, propriétaire d’un somptueux domaine avec château, qui convoque enfants et amis pour leur annoncer son mariage avec une jeune actrice qui veut sauver la planète. Un bonheur.

    Un vaudeville très actuel

    La pièce se déroule au bord d’une piscine, sur la pelouse fraîchement tondue d’un somptueux domaine dans le Sud-Est de la France. C’est là, sous un soleil radieux d’un après-midi d’été, que Jacques-Henri, la cinquantaine gaillarde, en short, annonce à toute sa tribu, grands enfants, amis, comptable et jardinier, son futur mariage avec la belle Capucine, trente ans de moins que lui, une actrice engagée dans tous les combats actuels, écologie, féminisme, égalité et transversalité des causes humanitaires. Mère Teresa se cache sous ce corps de déesse brune, qui n’a pas hésité à poser nue dans une église pour dénoncer notre dépendance aux énergies fossiles. Le hic, c’est que la fille de Jacques-Henri, une étudiante pimbêche, ne l’entend pas du tout de cette oreille et se voit dépossédée de la fortune de son père par une belle-mère de son âge. Quand son fils Charles-Henri, héritier docile, se rêverait bien avec la jeune promise.

    ©Paul-Desveaux

    Start-up et shampoing solide

    Ecrite par Guillaume Alix, un auteur fort doué, dont le séduisant parcours en droit, sciences-politiques et communication de crise, a largement inspiré les personnages, cette comédie fait se percuter des personnages dont l’aspect caricatural évoque aujourd’hui le réel, dans un monde où la parole des communicants vaut bien davantage que les véritables idées. Comme Orgon et Tartuffe, où les marquis vaniteux de Goldoni qui rivalisent de discours sirupeux pour emballer les femmes comme des produits de consommation, les personnages se gargarisent de mots techniques, se déguisent avec de belles vertus, pour apparaître comme les pompiers d’un monde en crise, le nôtre. Start-up disruptives, green washing à tous les étages, shampooing liquide et éoliennes à tout va, le château d’Orgon et ses jardins classés vont vite être terrassés par des panneaux solaire et des éoliennes. Le jardinier lunaire observe, tel Fiers dans Tchekhov, la déliquescence de cette humanité à la dérive, saisie de manière vorace par les communicants sans complexe et l’appât du gain. Amour ou intérêt, féminisme ou vénalité, altérité ou égoïsme ? Seule Samia, l’amie d’enfance, rétablit un peu de mesure et de tolérance dans cette course aux idées toutes faites. 

    ©Paul-Desveaux

    Une brochette de jeunes acteurs en liesse

    Pour interpréter ces personnages hauts en couleurs, huit jeunes comédiens, mis en scène par Julien Gallix, rivalisent d’énergie et de malice. La scénographie inspirée de la télé-réalité, les costumes plus vrais que nature, d’un esthétisme kitchissime, le jeu outré et drôle des personnages qui n’ont peur de rien, dans des situations qui naviguent entre la comedia dell’ arte et l’extravagance poétique de Rabelais, tout contribue à la réussite de cette comédie revitalisante, décapante, qui nous pousse à prendre une pause et à réfléchir un peu, dans un monde saisi par la folie des fanatismes de tous bord. Et ça fait du bien !

    Hélène Kuttner 

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