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    “Normes Corps” : les expositions du Printemps 2026 au Palais de Tokyo

    30 avril 2026
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    Dans un prolongement du travail que mène le Palais de Tokyo autour de l’inclusion, de la santé mentale et globalement de la reconnaissance des différences comme enrichissement, cette saison interroge positivement les notions de vulnérabilité, de fragilité, de handicap et d’écarts par rapport aux normes pour proposer des expériences artistiques qui bouleversent les idées reçues.

    Plus précisément, c’est la notion de validisme qui est ici à l’œuvre : ce système qui établit, par des critères physiques et psychologiques une hiérarchie entre les corps, entre ceux dits « normaux » et ceux jugés « anormaux ». C’est dans la contestation de tels standards que réside la puissance subversive du handicap : un espace qui interroge les fondements d’une société cristallisée dans un idéal de performance, de vitesse, d’autonomie, de productivité immédiate et de dépassement de soi – et qui, à l’inverse, revendique la différence, la dysfonction, l’interdépendance, l’attention et l’esquive. Dans l’art, ces considérations dessinent une esthétique qui élargit les cadres de la représentation et échappe aux carcans de la beauté ou du goût.


    1. Les Ambassadeurs – Jesse Darling

    Par des gestes à la fois simples, minimaux et spectaculaires, les sculptures et installations de Jesse Darling (lauréat du Turner Prize en 2023) révèlent les récits clandestins qui hantent les objets, matières, formes qui peuplent nos vies quotidiennes. Travaillant en priorité avec des matériaux industriels, des objets usagés ou des rebuts prélevés autour des lieux où il expose, il les assemble en compositions insolites, reliques hybrides ou paysages fantastiques, en accentuant les marques du temps sur leur état physique, entre épuisement et dégradation, comme pour en souligner la fragilité et la précarité.

    Jesse Darling, vue de l’exposition «Les Ambassadeurs», Palais de Tokyo, 2026 Crédit photo : Aurélien Mole Courtesy de l’artiste et de la Galerie Sultana

    2. Studio, wounds and battles, desire is the reiteration of hope – Cathy de Monchaux

    Le Palais de Tokyo propose la première rétrospective de Cathy de Monchaux, figure majeure de la scène artistique britannique à travers un ensemble d’une cinquantaine d’œuvres datant de 1984 à aujourd’hui. L’exposition nous tiraille entre désirs et dangers épidermiques, réunissant des dessins techniques, des archives d’œuvres détruites, des sculptures et installations, verticales ou horizontales, au mur ou au sol ; l’artiste malmène les repères, en particulier de la phallocratie du langage philosophique et artistique, un « privilège accordé à la rectitude […] à la symbolique du phallus et du même coup réduction de la femme à la matière-matrice, à la mère, au vagin-utérus »1.

    Cathy de Monchaux, vue de l’exposition «Studio, wounds and battles, desire is the reiteration of hope », Palais de Tokyo, 2026 Crédit photo : Aurélien Mole © Adagp, Paris, 2026

    3. Vernis à ombres – Benoît Piéron

    « J’existe dans un état vaporeux. Je suis vraiment des paillettes en suspension. » C’est depuis ce sentiment de flottement que Benoît Piéron imagine Vernis à ombres. Partant de son expérience de l’hôpital et d’une cohabitation avec la maladie, l’artiste français crée des représentations autres des espaces, des corps et des affects qui y sont liés. Salles d’attente et laveries hallucinatoires, gyrophares tamisés en veilleuses, spectacles de lumières stroboscopiques filtrant sous une porte d’hôpital : il dilate des lieux familiers par une pratique du détournement où se mêlent sculpture, installation, et gestes issus des loisirs créatifs et de la culture DIY (do it yourself).

    Benoît Piéron, vue de l’exposition «Vernis à ombres», Palais de Tokyo, 2026 Crédit photo : Aurélien Mole

    4. Virages Vierges – Pauline Curnier Jardin

    Intitulée « Virages Vierges », l’exposition personnelle de Pauline Curnier Jardin prend pour point de départ la notion de déviation, voire de déviance : le virage comme sortie de la ligne droite, abandon de la trajectoire stable au profit de l’incertitude et des chemins de traverse. À l’image de ses narrations fragmentées, l’œuvre de l’artiste se construit dans des zones de trouble où fiction, rituel et documentaire s’entrelacent sans hiérarchie.

    Pauline Curnier Jardin, vue de l’exposition «Virages Vierges», Palais de Tokyo, 2026 Crédit photo : Aurélien Mole Courtesy de l’artiste, Ellen de Bruijne Projects (Amsterdam) & ChertLüdde (Berlin) ©Adagp, Paris, 2026

    5. Cheryl Marie Wade – Reine-mère des noueux – Cheryl Marie Wade

    Surnommée The Queen-Mother of Gnarly, Cheryl Marie Wade (1948 –2013) a construit une œuvre qui mêle poèmes, one-woman shows et chansons. Sa pratique a émergé dans des groupes de parole entre femmes, avant de se déployer sous forme de spectacles devant un public de plus en plus nombreux. Ses performances ont ensuite été diffusées sur des cassettes VHS vendues par correspondance lorsque son état de santé ne lui a plus permis de monter sur scène.

    Au sein d’une scène d’artistes handicapées qui se développe à Berkeley, en Californie, à la fin des années 1970, elle se réapproprie avec d’autres l’insulte de cripple pour former le mot crip. Ensemble, iels détachent le handicap du discours médical pour l’affirmer comme une expérience sensible et partagée du monde. 

    Vue de l ’exposition « Cheryl Marie Wade–Reine- mère des noueux», Palais de Tokyo, 2026 Crédit photo : Aurélien Mole

    [Source : communiqué de presse]

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