0 Shares 125 Views

    “Vibrations” ou la sublime offrande d’émotions dansées

    Hélène Kuttner 29 juin 2026
    125 Vues

    ©Julien-Benhamou-OnP

    Beau programme estival à l’Opéra Garnier avec ce trio de courts ballets contemporains. Après la création très attendue de la Californienne Micaela Taylor, « Dreams this way », on retrouve le poignant « Solo for two », dialogue amoureux de Mats Ek et l’électrique « The Seasons’ Canon », magistrale création pour 54 danseurs qui met le public en liesse et progresse crescendo.

    ©Julien-Benhamou-OnP

    Une création singulière

    Dans une atmosphère magnétique où se découpe une double porte métallique d’ascenseur, quatorze personnages, le corps simplement vêtu de sous-vêtements de couleur chair, déploient leur mobilité animale à la manière de robots numérisés, pantins animés comme par une IA générative. En partant de simples figures géométriques, leur gestuelle évolue vers une liberté de plus en plus affirmée, le visage au regard direct défiant crânement le monde et la vie. Des couples se forment, corps à corps athlétiques qui emboitent leurs membres tels des insectes, les jambes à la verticale à la manière de figures de hip-hop, le corps jaillissant pour se recroqueviller à la vitesse de l’éclair avec une énergie en fusion. Le rêve de Micaela Taylor, intensifié par la composition musicale de Tru, invite au croisement du tangible et de l’onirique, de l’abstrait et du concret. L’ensemble est très beau à contempler, d’une virtuosité physique évidente, que les jeunes danseurs de l’Opéra, une fois encore, assument avec une perfection vivante. Malgré cela, cette création à l’esthétique glacée peine à ne demeurer qu’à l’état d’une belle démonstration, qui manque d’émotion. La fulgurance émotionnelle, on la trouvera dans le second ballet, à la théâtralité revendiquée.

    ©Julien-Benhamou-OnP

    Solo for two

    Septième pièce de Mats Ek à entrer au répertoire de l’Opéra de Paris, Solo for two confirme l’originalité du chorégraphe suédois, né en 1945, qui propose avec ce duo conjugal un abécédaire vertigineux de tous les états du couple, de la rencontre amoureuse jusqu’à l’extrême vieillesse, de la découverte des secrets de l’autre à la routine grinçante, des rires érotiques aux larmes de colère et de rage. Mats Ek brouille les pistes, saupoudre ses ballets de théâtre et de pantomime burlesque, les assaisonne de poésie surréaliste en faisant crier, souvent, ses danseurs. Le décor de cet opus dessine un mur de maison avec juste une porte ouverte et un toit absent. De ce dessin d’enfant, qui figure le foyer conjugal, surgissent un bras, une jambe ou un pied. Car chez Mats Ek on est au cinéma autant qu’au cirque ou au cabaret. Comme chez Pina Bausch, les personnages crèvent d’amour, hurlent leur passion en étant empêchés, meurtris par la rupture du lien ou l’incompréhension. La danse est gracieuse ou triviale, enfantine, d’une innocence magnifique. Dans la seconde distribution, Milo Avêque, en bleu de travail, le visage ouvert et les yeux rieurs, déployait son grand corps à la recherche de la femme aimée. Galipettes et roulades, suspension au mur comme Buster Keaton, saut dans le vide ou repli foetal, le danseur semblait inventer avec sa poésie éloquente des postures personnelles. La musique envoûtante d’Arvo Pärt, comme une ritournelle de piano, semble agir comme un philtre magique. Apparition d’une élégance folle, Hanna O’Neill, en robe trapèze toute bleue, semble tout droit sortie d’un songe, s’inquiète, observe, disparaît elle aussi, féline, pour réapparaître. A ce jeu d’enfant, succèdent des transes d’adolescents et des émois d’adulte. Tous deux se déshabillent, font l’amour, échangent leurs vêtements, comme pour diffuser une égalité parfaite entre les deux genres. On s’esclaffe, on piaille, on remue, on se dispute ou on câline, la vie dans tous ses états conjugaux écrit ainsi sa drôle d’histoire dansée, celle qui fait hurler les corps, tendre les émotions, exalter la souffrance ou la joie. C’est magnifique.

    ©Julien-Benhamou-OnP

    The Seasons’ Canon

    La chorégraphe Crystal Pite revient cette saison à Paris pour un court ballet en forme d’offrande magistrale, créée sur une composition fascinante de Marx Richter d’après Les quatre saisons de Vivaldi et interprétée par cinquante quatre danseurs de tous âges. Au cours des quatre saisons, dans des projections de lumières qui passent de l’orangé au violacé, du soleil couchant à l’orage qui s’annonce, les corps ployés, pliés, animaux ou végétaux s’agrègent en grappes de fruits, en rangées d’arbres, se meuvent en troupeaux de bêtes migrant vers les pâturages, en nuées  d’oiseaux qui volent vers le grand sud, fuyant le gel de l’hiver. Les scènes sont totalement surréalistes, mais les corps, torse nu et pantalon de treillis de couleur terre pour les filles et les garçons, obéissent à une tectonique planétaire sidérante, happés par une gravité à l’oblique qui tend l’énergie des danseurs au maximum. L’expérience des limites, la mémoire des souffrances et des extases sont capitales pour la chorégraphe qui dirige les danseurs à la manière d’une symphonie à la précision fascinante. La musique qui pulse sur du baroque, les corps des danseurs saisis d’une transe extatique et collective, les tableaux somptueux qui en découlent provoquent l’enthousiasme d’un public heureux, touché et sidéré par cette énergie tellurique. Les danseurs sont salués par une magistrale ovation, bien méritée.

    Hélène Kuttner 

    En ce moment

    Articles liés

    Les Nocturnes estivales reviennent dans le cadre d'”Un été au Parc zoologique de Paris 2026″
    Agenda
    48 vues

    Les Nocturnes estivales reviennent dans le cadre d'”Un été au Parc zoologique de Paris 2026″

    Cet été, le Parc zoologique de Paris déploie une programmation riche et dépaysante pour inviter ses publics à vivre le zoo autrement, en journée puis en soirée. Nocturnes estivales, soirées festives Silent Zoo, spectacle, rencontres, animations, balades dessinées et...

    Le festival Les Pluies de Juillet 2026 vous donne rendez-vous du 17 au 19 juillet à Champrepus !
    Agenda
    122 vues

    Le festival Les Pluies de Juillet 2026 vous donne rendez-vous du 17 au 19 juillet à Champrepus !

    Les Pluies de Juillet, c’est 3 jours pour imaginer le jour et danser la nuit. Des concerts, des spectacles de théâtre, des conférences, un village d’exposant•es, de l’artisanat local, une radio éphémère, des ateliers, un bal trad’, et plein...

    Cabaret Vert 2026 de retour cet été pour une nouvelle édition !
    Agenda
    98 vues

    Cabaret Vert 2026 de retour cet été pour une nouvelle édition !

    Vingt ans après sa première édition, le festival de Charleville-Mézières s’apprête à marquer l’occasion avec une programmation fidèle à son identité : éclectique, intergénérationnelle et résolument festive. Cette édition anniversaire rassemble des artistes venus des quatre coins du globe, unis sur...