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    À Avignon, les tg STAN font la fête à Molière sur des tréteaux

    Hélène Kuttner 14 juillet 2026
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    © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

    Ils sont de retour, notre bande de Flamands attachants et déjantés, qui fait exploser tous les textes qu’ils abordent depuis trente-sept ans. Avec « 1,2,3 Poquelin », ces doux-dingues reviennent à leur premier amour, Molière ! Huit interprètes jouent une quarantaine de personnages qui revisitent leurs spectacles précédents dans un théâtre de foire. Mariage forcé, faux médecins, obsession du gain, infidélité et hypocrisie, la tragédie humaine est ici mise en boite avec le comique de la comédia dell’arte, dans un spectacle certes long, mais qui peut se savourer librement, par tranches.

    © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

    Une ode à la liberté

    Cela fait une trentaine d’années que Tiago Rodrigues, le directeur du Festival d’Avignon, a rencontré le collectif anversois des tg STAN. Le coup de foudre est immédiat. Même passion pour la liberté, même rejet de la hiérarchie et du système des vedettes, même exigence de démocratie participative qui pousse Rodrigues à venir travailler avec eux durant cinq ans. Mais il a préféré attendre son deuxième mandat pour programmer ses mentors. Encore fallait-il trouver le thème de leur spectacle. Molière s’est imposé, tant la démarche de Jean-Baptiste Poquelin et sa troupe se rapprochent de celle des tg STAN. Une écriture de plateau avec uniquement des comédiens, une absence de décors avec des tréteaux de bois, et avant tout une liberté insensée, le souffle de la fantaisie et de l’imaginaire pour raconter les histoires de femmes et d’hommes les plus tragiques qui soient avec avec un goût jouissif de la provocation.

    © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

    Plaisir du jeu 

    À Boulbon, dans la somptueuse carrière éclairée de manière sculpturale, le collectif a installé un simple plateau surélevé, auquel les comédiens accèdent par des escaliers. Le public est invité à s’asseoir autour de la scène, sur trois côtés, alors que le quatrième mur s’est allègrement envolé. On assiste à tous les préparatifs, les les acteurs sont sonorisés, vêtus de costumes de récup stylisés, et circulent parmi  et autour des spectateurs avec une mobilité facétieuse. Ce qu’il y a d’extraordinaire et de vivifiant, c’est que nous sommes les complices de ces jeux d’enfants, où les fautes de textes et les trous de mémoire sont rattrapés par un souffleur, installé en contrebas du plateau, visible de tous. La surprise, l’inattendu font partie du spectacle qui continue de s’inventer au fil des représentations, comme une création qui se nourrit de la vie qui circule partout. D’ailleurs, lorsque les acteurs ont des trous, ils en rigolent, et nous aussi. Les coups de bâton pleuvent avec des frites en caoutchouc utilisés dans les piscines, les personnages se chamaillent, crient et pleurent comme des gamins pris en faute.

    © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

    Simplicité et radicalité

    Après le prologue de Psyché, en forme d’espoir pour une paix retrouvée dans le monde, le spectacle se poursuit par des extraits du dialogue des paysans Pierrot et Charlotte dans Dom Juan, qui évoquent la revendication d’une épouse face à son mari qui la possède trop. Drôle et féroce à la fois, la langue de Molière saisit le genre humain comme un scanner, dans une langue précieuse et grivoise à la fois, douce et cruelle. Toutes nos frustrations face aux injustices, toutes nos névroses et nos égoïsmes sont passées au crible de sa moquerie. D’ailleurs, le choix de ces courtes pièces peu jouées comme Le Mariage Forcé, Les Egotistes, Sganarelle ou le Cocu Imaginaire ravissent tant les sujets traités, les injustices et la domination, nous parlent. En revanche, L’Avare, joué sous forme d’extraits avant l’entracte, est moins réussi, moins léger. La saveur du spectacle se déploie ensuite, grâce au talent d’artistes complets à l’accent flamand, qui croquent cette prose avec une gourmandise et une vitalité, une innocence savoureuses. Jolente De Keersmaeker et Damiaan De Schrijver, les anciens du collectif, l’une avec sa vivacité délurée, l’autre avec sa longue barbe de patriarche, qui ne cesse d’interpeler le public, d’ajouter des lazzis au texte, en costume short, comme un vieux gamin qui s’est trompé de siècle. Robby Cleiren, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas et Stijn Van Opstal complètent cette épatante distribution qui s’en donne à cœur joie. Un conseil : prenez le temps de voir tous les extraits du spectacle, mais en vous autorisant des pauses qui permettent de souffler !

    Hélène Kuttner 

     

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