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    Nicolas Winding Refn

    20 septembre 2011
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    Nicolas Winding Refn

    Calme, voire laconique, Nicolas Winding Refn n’est pas exactement du genre à rouler les mécaniques en interview. A l’image de son personnage principal – un chauffeur-cascadeur quasi-mutique – le cinéaste danois maîtrise, avec réserve mais brio, le buzz en forme de bolide qui entoure Drive, son nouveau film estampillé « Hollywood ». Et ceci depuis son prix (mérité) de la mise en scène, au Festival de Cannes en mai dernier.

    De passage à Paris, juste après un accueil en forme de triomphe au Festival du cinéma américain à Deauville, il s’explique sans détours ni virages (trop) contrôlés sur cette histoire somme toute classique de justicier solitaire à L.A. mais… transcendée par la classe, la vitesse, la profondeur de champ, la violence crue, l’humour, la mélancolie et la BO somptueuse qu’il a su lui injecter. Du grand art, à tout point de vue, quand bien même ce long métrage jouissif restitue l’esprit des meilleures séries B des années 70 et 80 ! De quoi largement embarquer les fans de son premier opus, le désormais culte Pusher (en 1996), mettre en surchauffe les admirateurs de l’impeccable Ryan Gosling et… décoiffer les nouveaux venus sur son circuit tout à fait singulier.

    Comment êtes-vous arrivé à Drive, après un film d’auteur aussi audacieux que Le guerrier silencieux, sachant que Drive est une commande hollywoodienne, adaptée d’un roman noir de James Sallis ?

    J’ai fait ce film, parce que Ryan (Gosling) voulait faire un film avec moi. C’est par lui que j’ai reçu le scénario. Il existait depuis longtemps déjà. Je l’ai trouvé très bien écrit, d’ailleurs, mais ça n’était pas mon genre de film. Disons que l’histoire ne m’attirait pas plus que ça. Le héros, avec ses différentes personnalités, cascadeur le jour, travaillant pour la mafia la nuit, ça oui, davantage. Donc, après avoir rencontré Ryan une première fois à Los Angeles, et après avoir eu un déclic en écoutant une chanson à la radio (I can’t fight this feeling anymore de Reo Speedwagon), j’ai dit ok, je veux bien le faire, mais à ma façon et selon mon goût ! Parce que… Si je ne suis pas le meilleur cinéaste au monde, je suis le meilleur dans ma façon de faire, je crois ! Je dois dire que Ryan a été très protecteur avec moi, tout au long du processus. J’ai pas mal modifié le script, quand même… Je voulais, notamment, que le personnage du pilote, du « driver, soit plus calme et plus dangereux à la fois. Plus pur et plus beau, en somme !


    A travers ce personnage de justicier solitaire, on pense souvent, évidemment, aux figures interprétées par Clint Eastwood. Drive étant un film américain, était-ce une référence obligée pour vous ?

    Non, pour ce film, je pense que j’ai davantage été influencé par des auteurs comme Jean-Pierre Melville ou même Sergio Leone. Des auteurs européens, avec des sensibilités européennes. D’ailleurs, il y a un vrai lien avec mes films précédents, dont  Bronson. Chaque fois, les personnages principaux se transforment…

    driveDrive est un film qui joue beaucoup sur les oppositions, dans le rythme – rapide puis lent, accélération, décélération – mais aussi dans les tonalités, crues puis douces…  On voit bien qu’il ne s’agit pas, seulement, de jouer avec les codes du film d’action…

    Mon idée, c’était de diviser Drive comme un conte de fées (sourire) ! Je veux dire… Un conte de fées avec ses contrastes extrêmes… D’un côté une histoire d’amour innocente, très pure, et de l’autre une violence extrême. Idem pour le rythme du film, rapide, puis lent. Pour moi, c’est cela qui donne ce côté étrange à l’ensemble, comme dans les contes de Grimm auxquels Drive s’apparente, finalement. Rien n’y est tout à fait normal. J’y ai pensé il y a quelques années, alors que je lisais l’un de ces contes à ma fille. C’est alors que je m’étais dit qu’un jour, j’aimerais bien associer cette étrangeté et ces contrastes à un long métrage. Et puis, je trouve que cela rejoint bien l’univers d’Hollywood, entièrement bâti sur l’illusion… Cela n’est évidemment pas un hasard si Drive se passe à Los Angeles et si le héros est cascadeur pour le cinéma…

    L’esthétique très « années 80 » du film, jusque dans sa BO, participe, elle aussi, de cette illusion ?

    Le simple fait de tourner à L.A., une ville qui n’a pas beaucoup changé depuis les années 80, conditionne cette esthétique. Quant à la musique du film, l’europop du début des années 80, notamment,  je l’ai choisie pour contraster (une fois encore !) avec la masculinité appuyée du film. Idem, d’ailleurs, pour le blouson en satin du « driver » : il illumine la nuit et agrandit le personnage, en quelque sorte (sourire). Ces trois choses s’additionnent, mais tout cela n’est pas conscient. Enfin, disons que pour cette esthétique « eighties », je ne l’ai pas fait exprès…


    Autre point saillant de Drive : sa violence, que vous parvenez à désamorcer, d’ailleurs, soit par son outrance, soit par l’humour, jamais très loin. Vous fixez-vous, malgré tout, des limites dans ce domaine ?

    Non ! Parce que pour moi, l’art est un acte de violence ! C’est fait pour vous pénétrer ! Après, il y a différentes sortes de violences… La violence des sentiments, qui n’est pas négative : c’est fort, ça secoue, mais c’est de l’ordre de l’émotion. Et la violence physique qui, elle, détruit.

    Après ce film américain, et sachant que vous voulez tourner à nouveau avec Ryan Gosling, auriez-vous l’intention de vous installer durablement à Hollywood ?

    Je vis au Danemark, ma famille aussi et… je n’ai pas envie de travailler en permanence à Hollywood. En fait, j’aime tourner en Amérique mais ma sensibilité reste européenne. Disons que je trouve plus intéressant de faire un film en dehors du Danemark, car lorsque l’on est ailleurs, cela vous force à voir les choses autrement. De fait, mon prochain film (Only God Forgives), je vais le tourner à Bangkok, avec Ryan Gosling et Kristin Scott-Thomas !

    Propos recueillis par Ariane Allard

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=wz5LYdgG5Vk[/embedyt]

    Drive

    Film de Nicolas Winding Refn

    Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Ron Perlman et Christina Hendricks

    Sortie en salle le 5 octobre 2011

    [Visuel du haut : Nicolas Winding Refn au festival de Deauville 2011. Travail personnel de Georges Biard. Licence Creative Commons Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported]

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