Anne Voutey – Interview
le_gardien::
Comment vous est venue l’idée de mettre en scène Le Gardien de Harold Pinter ?
Je ne connaissais pas du tout Harold Pinter. J’ai du le découvrir il y a deux ans. On travaillait sur Qui a peur de Virginia Woolf, avec Bruno Dairou, et ce metteur en scène m’a parlé de Pinter. J’ai commencé à en lire, j’ai lu pas mal de pièces. Tout ne m’a pas plu et puis je suis tombée sur Le Gardien qui a été, ce qu’on appelle, un coup de foudre. C’est une pièce qui m’a beaucoup parlé, je l’ai trouvée passionnante, comme un polar, il y a tellement de mystère, de suspens ; c’est qui ces deux frères ?… J’ai commencé à visualiser et à partir dans un imaginaire. J’ai identifié tout de suite Jack, le comédien qui joue le rôle de Davies et je me suis dit « c’est pour lui ! »
Que sorte d’imaginaire justement la pièce a-t-elle éveillé en vous ?
Les jeux d’ombre, les jeux de lumière nourrissent le suspens. Il y avait matière à faire une création visuelle et sonore intéressante. Je suis une grande cinéphile, je ne sais pas si vous connaissez David Lynch ? Ça joue beaucoup sur le son, la lumière.
Pourquoi le personnage de Mike fait-il du skateboard ?
L’idée du skate est venue assez vite pour Mike. Lors du casting je recherchais un comédien skater. Parce que Mike est un personnage insaisissable, instable, séduisant et effrayant à la fois. Je voulais qu’il soit très instable dans son jeu, comme quand on est sur des roulettes, dans le mouvement…
Quel sens donnez vous à l’intégration d’une vidéo dans le spectacle ?
Le film est parti autour de l’idée du skate. Jean-Philippe avait un niveau professionnel et je me suis dit « visuellement ça va être top ! » Ça va faire une respiration, ça va permettre d’ouvrir vers l’extérieur. Dans la vidéo il y a aussi l’idée de ne pas donner de réponse. Ce qui me plaît, c’est que des gens me demandent si c’est le début ou la fin !
C’est cyclique ?
C’est cyclique, exactement ! Tout est obsessionnel en fait. Les personnages ont chacun leur obsession. Y aura-t-il d’autres gardiens après ? Y a-t-il eu déjà des gardiens avant ? Je trouvais également une ressemblance chez Mike avec le héros de Orange Mécanique; la violence, le côté sadique, le côté mélomane et esthète. C’était comme un double hommage — Pinter a d’ailleurs écrit pour le cinéma — à Pinter et à Kubrick. Le héros, clochard, dans un tunnel….
On relève, dans cette pièce, une thématique intéressante sur l’électricité, n’est-ce pas ?
En effet il y a toute une thématique sur l’électricité. Ce qui est intéressant, c’est qu’on joue sur quelques bruits répétitifs, récurrents, comme c’est une pièce obsessionnelle. Le bruit des gouttes, de buzz et de courts-circuits. Ça entrait en résonance avec l’histoire. Et ce sont des bruits parasites donc ça crée une tension.
Pourquoi inclure une chanson ?
Il s’agit de l’Herbe Tendre, une chanson de Gainsbourg chantée avec Michel Simon. Je ne voulais pas finir sur le film. On est au théâtre ! Et c’était tellement en opposition avec tout ce qui vient, ça créé une opposition, un contrepoint. Je voulais finir sur quelque chose de plus souriant et qui instaure aussi un doute sur qui est Davies (…) Et comme ce personnage de Davies est un peu en « Fin de Partie », je trouvais que ça lui allait bien.
Quelque chose à ajouter ?
C’est une pièce très actuelle par les thèmes qui sont abordés. Ça parle de l’exclusion, ça interroge notre fraternité et notre dignité. Ces trois personnages essayent de se battre pour une reconnaissance.
Ce qui me plaît chez Pinter c’est que c’est chacun sa vérité. Il n’y a pas une réalité. Et puis il y a de l’humour aussi ! C’est pas seulement du théâtre intello chiant ! C’est super vivant, drôle, flippant !
Propos recueillis par Jeanne Rolland
Articles liés

« Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance
Au Studio Hébertot, huit jeunes comédiens nous réjouissent dans une comédie acide signée Guillaume Gallix, inspirée de Molière et Goldoni, qui raconte la ridicule aventure d’un père de famille veuf, propriétaire d’un somptueux domaine avec château, qui convoque enfants...

« Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève
Au Studio Hébertot, Lara Aubert interprète une jeune contrebassiste sous l’emprise de son professeur, dans une pièce poignante qu’elle vient d’écrire. A ses côtés, Alexis Desseaux campe l’enseignant virtuose et manipulateur, dans un cours de musique ou la complicité...

Ville autoportrait – Sébastien Mehal
Curatée par le collectif TAK Contemporary, l’exposition personnelle de Sébastien Mehal, présentée à la Galerie Hoang Beli, convoque la ville comme un corps collectif façonné par nos psychologies individuelles. Les œuvres sont tissées comme un patchwork de points de...






