0 Shares 1927 Views

    Carte des sons de Tokyo – Sergi Lopez

    24 janvier 2011
    1927 Vues
    Carte des sons de Tokyo - Sergi Lopez

    Carte des sons de Tokyo - Sergi Lopez::

    Le film commence très fort, avec les corps étendus de geishas, sur lesquels des hommes d’affaires occidentaux, grassement vulgaires, mangent. Voilà pour le cliché tokyoïte, vite évacué, au profit d’une cartographie bien plus complexe. Car Isabelle Coixet, réalisatrice remarquée dans l’oeuvre collective « Paris je t’aime » s’est lancée un défi bien étrange, sur lequel d’autres se sont cassés les dents : nous faire entendre Tokyo. Tout au long du film, les sens sont donc sollicités. On retrouve bien sûr un peu de Lost in translation dans cette réalisation, mais d’une manière bien plus dure et directe : là où Sofia Coppola s’égarait agréablement dans une rêverie insolite, la réalisatrice espagnole filme au plus près des corps de ces deux héros, Ryu et David. Ryu ( Rinko Kikuchi) est une jeune fille mystérieuse et glaciale qui tombe amoureuse de David (Sergi Lopez), un Espagnol installé à Tokyo, et qu’un riche homme d’affaires rend responsable du suicide de sa fille.

    C’est bien là que le bât blesse : car si Isabelle Coixet rend un hommage appuyé à la beauté de la ville, à son étrangeté, en en filmant les moindres détails, comme anodinement, les relations entre les personnages souffrent par ailleurs d’un goût inachevé et téléphoné. On aurait beaucoup aimé croire à cette relation tronquée, pimentée par la présence obsédante du personnage de Min Tanaka, le narrateur. Celui-ci travaille dans le son et est obsédé par le silence de Ryu, dont il aime chaque brèche.

    Un silence très bruyant

    C’est là finalement la thématique principale : qui parle ? Qui se tait ? Dans cette histoire tragique où l’amour se solde immanquablement par la mort, Tokyo semble être le lieu des rendez-vous manqués, car ses bruits omniprésents occultent les relations, comme l’arbre cache la forêt. Message énigmatique de la suicidée, apathie du père, dissimulation de Ryu, silence de Ishida, l’amoureux transi… les mots ne disent jamais ce qu’ils veulent bien dire. Pris dans des filets inextricables, les personnages dévident leurs bobines fatales, jusqu’au coup de ciseau (bruyant) de la Parque. Dans cette mécanique bien huilée, il aurait fallu que la réalisatrice introduise un grain de sable entêtant, comme un ostinato, qui aiderait l’adhésion à la petite musique du film. Reste Tokyo, étincelante, vivante, étouffante, et dont les mystères, comme un cœur, continuent à palpiter sourdement.

    Mathilde de Beaune

    A lire sur Artistik Rezo :
    la sortie du film en dvd

    {dmotion}xg98ra{/dmotion}

    Carte des sons de Tokyo

    Un film de Isabelle Coixet
    Avec Sergi Lopez, Rinko Kikuchi, Min tanaka, Takeo Nakahara….

    Sortie le 26 janvier 2011

     

    En ce moment

    Articles liés

    Le Musée en Herbe met à l’honneur les Pokémon et fête leur 30 ans avec l’exposition “Admirez-les tous !”
    Agenda
    195 vues

    Le Musée en Herbe met à l’honneur les Pokémon et fête leur 30 ans avec l’exposition “Admirez-les tous !”

    À l’occasion des 30 ans de Pokémon en 2026, le Musée en Herbe, avec la complicité de la Galerie Enrico Navarra a souhaité rendre hommage à ce symbole majeur de la Pop culture, en lui consacrant une exposition (non...

    Ce week-end à Paris… du 17 au 19 avril
    Art
    714 vues

    Ce week-end à Paris… du 17 au 19 avril

    Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 17 avril...

    B.R.E.T.O.N.S dévoile leur nouvel album “D.A.O.U” et annonce leur concert le 25 avril au Café de la Danse
    Agenda
    767 vues

    B.R.E.T.O.N.S dévoile leur nouvel album “D.A.O.U” et annonce leur concert le 25 avril au Café de la Danse

    Le groupe de rock celtique B.R.E.T.O.N.S présente son deuxième album, “D.A.O.U” (“deux” en breton). Plus rock et intense, il mêle l’énergie brute des guitares saturées aux cultures celtiques, tout en explorant récits historiques et engagements sociaux. Ne manquez pas...