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    Les Hauts de Hurlevent

    31 décembre 2012
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    Les Hauts de Hurlevent - romance d'Andrea Arnold

    Depuis l’origine du cinéma, le septième art et la littérature entretiennent une relation conflictuelle, l’un paraissant toujours impuissant à recréer l’infinité des possibles de l’autre. La question de l’adaptation taraude ainsi le cinéma. Il est en outre en littérature de nombreux romans identifiés comme inadaptables. S’y attaquer représente alors pour un réalisateur une preuve de bravoure. Les Hauts de Hurlevent, aride chef-d’œuvre de la littérature romantique victorienne où se déchaînent les passions les plus cruelles, sous la plume d’une farouche jeune fille qui resta toute son existence prisonnière d’une vie austère, fait partie de ceux-là.

    Or, force est de constater que jusqu’à présent, les entreprises cinématographiques les plus classieuses s’y sont heurtées, laissant à l’esprit le souvenir de tentatives audacieuses mais inabouties. En dépit de la grâce du duo Lawrence Olivier / Merle Oberon, la version de William Wyler reste d’ailleurs l’un des meilleurs exemples du phénomène : élégante mais trop policée, elle ne retranscrit pas la violence de l’œuvre inoubliable d’Emily Brontë.

    La nouvelle adaptation de ce chef-d’œuvre, signée Andrea Arnold – réalisatrice de l’encensé Fish Tank – présente cette fois l’originalité de s’attacher à la description de cette violence qui habite le récit. Avec une sécheresse d’effets frappante, elle dépeint la cruauté profonde des personnages, même dissimulée sous leurs atours les plus aristocratiques. Elle filme la boue, la mort, l’animalité, en plans serrés, précis, glaçants. En couleurs saturées, où les matières les plus viles, les déjections, le sang, la crasse, côtoient les tissus les plus nobles.

    Cette question de la cruauté, le cinéma l’a souvent évincée de l’œuvre pour se focaliser sur la romance entre l’insoumise Cathy et l’ombrageux Heathcliff, réduisant hélas trop souvent l’intrigue à une banale histoire d’amour impossible. La sourde angoisse qui plane dans l’atmosphère du roman avait également disparu de bien des adaptations qui amputaient allègrement le texte de Brontë de la deuxième partie de son récit, où s’exerce dans toute son horreur la vengeance implacable d’Heathcliff. Ces tentatives cinématographiques laissaient donc au spectateur l’impression aussi frustrante qu’amère d’un roman mal cerné, mal compris. L’ultime profanation sur le tombeau de Catherine et Heathcliff semblait avoir été effectuée par Stephenie Meyer et ses considérations oiseuses dans le deuxième tome de Twilight pour établir un parallèle on ne peut plus mal avisé entre les hésitations stupides de son horripilante héroïne et la folie amoureuse de l’évanescente Cathy.

    Dans ce contexte, on ne pouvait donc voir que d’un bon œil la volonté de la réalisatrice de restituer au roman sa dimension charnelle, sa thématique axée sur le désir de destruction et de souffrance infligée autour de soi, la tension entre amour et haine qui habite constamment les personnages, qui les brise, qui les hante. Mais à trop vouloir représenter la pulsion de mort et la souffrance, Andrea Arnold oublie d’insuffler dans son film l’élément essentiel : la passion amoureuse, l’enjeu narratif-même du livre. Ce brasier si ardent qui pousse les personnages à s’entre-déchirer par-delà la vie et la mort jamais ne brûle à l’écran.

    C’est éminemment regrettable, tant les sublimes images de la lande embrumée, des paysages à la fois paisibles et sauvages collent à l’imaginaire du roman. C’est également dommage pour Kaya Scodelario, actrice découverte dans la série britannique « Skins », qui possède incontestablement l’aura et la grâce nécessaire à l’interprétation de Catherine, mais ne s’en voit jamais accorder la possibilité par un scénario dépourvu d’émotion. La tension maintenue par le caractère brut des plans, des images, des visages, et du montage dépourvu de musique jusqu’à la toute dernière scène apparaît alors un peu artificielle, masquant mal le manque de rythme. Passée la fascination due à la beauté des premières scènes, le spectateur commence à trouver le temps un peu longuet. Certains choix scénaristiques étranges viennent renforcer son sentiment de frustration.

    Le monologue le plus célèbre du roman, le plus caractéristique de la folie et du dilemme amoureux de Catherine, cet intense cri de son âme qui lui fait professer « je suis Heathcliff ! » est ainsi coupé en pleine envolée, parce que la réalisatrice fait le choix – certes intéressant, mais mal exploité – de se concentrer uniquement sur le point de vue du paria. Heathcliff n’est plus un bohémien trouvé dans les rues, mais un enfant à la peau noire victime des préjugés raciaux d’une communauté fruste et ignorante. L’idée qui fonctionnait au début s’essouffle rapidement. Le changement d’acteurs effectué pour caractériser le passage à l’âge adulte des personnages est trop brutal pour pouvoir faire illusion. Enfin, encore une fois, l’adaptation est tronquée ; et de la vengeance d’Heathcliff, de l’errance fantômatique de Cathy, de la rédemption qui naît d’un amour miraculeux au beau milieu du tumulte, on ne saura jamais rien.

    Pourtant bien partie, cette nouvelle adaptation cinématographique des Hauts de Hurlevent semble réaffirmer son caractère insaisissable, et frôle hélas l’esprit du farouche roman d’Emily Brontë sans jamais parvenir à l’atteindre.

    Raphaëlle Chargois

    2 étoiles et demi

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    The London Critics’ Circle 2012 (19 janvier)

    • Nomination : The sky 3D Award – Prix technique


    London Film Festival 2011 
    (du 12 au 27 octobre)

    • Films on the Square


    Zurich Film Festival 2011 
    (du 22 septembre au 2 octobre)

    • Avant-premières


    Festival International du Film de Toronto 2011 
    (du 8 au 18 septembre)

    • Nomination : Prix de la Critique Internationale – Présentations spéciales


    Mostra de Venise 2011
     (du 31 août au 10 septembre)

    • 1 prix : Osella de la Meilleure contribution technique

    Les Hauts de Hurlevent 

    D’Andrea Arnold

    Avec Kaya Scodelario, James Howson, Solomon Glave et Shannon Beer

    Durée : 128 min.

    Sortie le 5 décembre 2012

    A découvrir sur Artistik Rezo :
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