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    DVD / La Valse des pantins de Martin Scorsese

    10 juin 2014
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    La Valse des pantins

    De Martin Scorsese

    Avec Jerry Lewis, Robert De Niro, Tony Randall, Sandra Bernhard

    Durée du film : 1h49

    Durée du DVD : 4 heures

    Chez Carlotta Films

    Après Mean streets, Taxi driver (Palme d’or à Cannes 1977), New York, New York et Raging bull (Oscar du meilleur acteur en 1981) et avant le mémorable Casino, acmé de leur collaboration, De Niro et Scorsese tournent La Valse des pantins. Un ovni dans leur parcours. Première « comédie » du cinéaste (qui n’en tournera qu’une autre, After hours en 1986), un rôle d’anti-héros pour De Niro. Et un contre-emploi pour Jerry Lewis. Cet ovni ressort en DVD assorti d’une pléiade de compléments. Une réussite incontestable.

    Nous sommes en 1981. Robert De Niro est à l’apogée de sa carrière. Voyage au bout de l’enfer de Cimino (un triomphe aux 5 oscars), Taxi driver (Palme d’or à Cannes), Le Parrain 2 et Raging bull (oscars du second rôle et du meilleur acteur) l’ont hissé au titre du meilleur acteur du monde. Il n’a pas tourné encore Mission (une autre Palme d’or) ni le gigantesque Il était une fois en Amérique de Sergio Leone lorsqu’il ajoute à sa filmo une quatrième collaboration avec son cinéaste fétiche, Martin Scorsese. « Marty », de son côté, est un peu sur la touche même s’il poursuit avec de Niro la solidification d’un duo à la Wilder/Lemmon. La Valse des pantins n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’univers du génial auteur de Sunset Boulevard et Certains l’aiment chaud dont il est d’ailleurs indirectement question dans le film.

    Un coursier, persuadé de son talent de comédien et roi du one man show, fait le pied de grue dans les bureaux de Jerry Langford, immense vedette de la télévision, après que ce dernier lui a promis de l’aider pour démarrer. La star s’avère bien loin de l’image qu’elle donne à l’écran. Menteur, roublard, un tantinet misanthrope, Jerry mène Rupert en bateau jusqu’au jour où ce dernier, avec la complicité d’une groupie passablement cinglée, décide de le kidnapper. La rançon : passer à la télé en lieu et place de la victime…

    Un Jerry Lewis méconnaissable

    C’est une confrontation inattendue qu’orchestre assez magistralement Scorsese en dirigeant le comédien caméléon jusqu’alors cantonné dans des rôles douloureusement dramatiques, torturés, violents parfois et le roi du gag, l’homme aux mimiques multiples. De Niro et Jerry Lewis à contre-emploi. Le résultat est assez sidérant, plus chez l’aîné qui développe un cynisme inquiétant qui lui sied à la perfection. Construite sur une alternance de scènes réelles et de séquences fantasmées, cette introspection du milieu du showbiz n’en est que plus terrifiante, cruelle, impitoyable. La cérébralité du propos s’avère totale mais sans la moindre lourdeur psychologique. Au contraire, Scorsese reste en permanence dans la concrétude et une totale fluidité narrative. Pourtant, les circonlocutions d’un cerveau passablement dérangé à force d’une obsédante solitude sont au cœur du sujet qui bénéficie par ailleurs d’un montage au cordeau. Avec un humour sibyllin, parfois très noir. Cynique. Décapant. Terrifiant, pour ne pas dire tragique.

    Plus de deux heures de compléments de programme, toujours d’une grande richesse chez Carlotta, proposent une interview des trois protagonistes du film (Scorsese, De Niro, Lewis), moment d’humour pince-sans-rire trente ans après le tournage, un témoignage de la chef monteuse attitrée de « Marty », Thelma Schoonmaker (veuve de Michael Powell) qui lève un voile essentiel du travail du cinéaste qu’elle persille d’anecdotes assez savoureuses. Mais le clou des bonus reste les 8 scènes coupées retrouvées dans les archives. Elles totalisent près de 40 minutes, dont certaines, anthologiques. Elles montrent comment La Valse des pantins aurait pu non seulement être un film plus long mais, plus encore, être un autre film. Passionnant.

    Franck Bortelle

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