L’artiste libanaise Randa Mirza, lauréate du Prix Camera Clara 2025
Édifice détruit par les bombardement israéliens au Sud Liban en 2024 © Randa Mirza
Le prix de la photo Camera Clara, créé en 2012 à l’initiative de Joséphine de Bodinat-Moreno, récompense chaque année un travail photographique à la chambre inédit d’un artiste contemporain. Pour cette édition 2025, la lauréate est l’artiste Randa Mirza pour sa série “Atlal” (Ruines). Elle sera exposée du 16 décembre 2025 au 29 mars 2026 à la BnF, site François Mitterrand dans le cadre de “La photographie à tout prix. Une année de prix photographiques à la BnF”.
Présentation de la série primée Atlal (Ruines)
Dans Atlal (Ruines) Randa Mirza représente les villages du Sud Liban, bombardés par l’armée israélienne entre août et décembre 2024. Le titre fait référence au prologue des poèmes arabes de l’ère préislamique, rappelant que les vestiges et les décombres ont été des piliers fondamentaux de la poésie arabe ancienne comme de la représentation iconographique du Liban ces dernières décennies. Les atlal sont des amas de pierres, des blessures dans le paysage qui soulignent la cruauté de la nature humaine et les ravages de la guerre. Ils symbolisent aussi la nostalgie de l’amour perdu, le perpétuel changement, le départ et la séparation comme dans l’ancien poème de Antar – “Les poètes ont-ils laissé pièce à poser ? As-tu reconnu la demeure imaginée ?” – ou plus récemment dans les vers du poète égyptien Ibrahim Nagi, chantés par Oum Kalthoum en 1966.

Édifices détruits par les bombardement israéliens au Sud Liban en 2024 © Randa Mirza
Partant de la distinction que faisait l’historien d’art H. W Janson au milieu du XXe siècle entre la ruine, fenêtre bien cadrée sur le passé et les décombres, masse informe de débris, Randa Mirza constate que les maisons détruites ne sont même plus des ruines mais seulement des matériaux sans signification, destinés à être débarrassés, voués à l’effacement. L’artiste cherche alors à leur redonner cette présence des vestiges et à rétablir une continuité historique face à la machine de rupture qu’est la guerre. Ses prises de vue à la chambre grand format Crown Graflex 4×5 nécessitent des manipulations longues avant chaque déclenchement et de ce fait s’apparentent à la tradition ancestrale de composer des vers devant les ruines. Il en ressort des images de haute qualité, notamment pour les fins détails et pour les dégradés de valeurs, qui fixent au mieux les enchevêtrements des formes et la perte des repères spatiaux engendrée par le chaos de la destruction. L’acte photographique de prise de vue à la chambre devient ainsi un rituel de dénonciation, de réparation et de résistance face à la brutalité de la guerre.
Atlal conjugue sens du présent, sublime et portée universelle, rappelant que l’art devient ainsi un moyen collectif de faire face à la catastrophe.

Édifice détruit par les bombardement israéliens au Sud Liban en 2024 © Randa Mirza
À propos de Randa Mirza
Née au Liban, en 1978, Randa Mirza vit et travaille entre Paris et Beyrouth.
Artiste plasticienne, elle pratique la photographie, la vidéo, l’installation, la performance pour mettre en évidence les contextes de production des images et rendre visibles les constructions symboliques et socio-politiques qui les façonnent.
Les traces de la guerre civile libanaise (1975-1990) et la politique de reconstruction qui s’en est suivie effaçant l’identité urbaine et faisant table rase de l’histoire violente du pays, sont au cœur de ses projets comme Beirutopia – lauréat du prix PhotoFolio review aux Rencontres d’Arles en 2023 et qui y a été exposé en 2024. Espace de réflexion, de réparation et de résistance face à la violence, son travail se situe entre document, expression personnelle et écriture artistique.
Randa Mirza a fait l’objet d’expositions monographiques notamment au Fotomuseum Den Haag aux Pays-Bas (2025), Fotohof en Autriche (2020), Biennale des photographes du monde arabe contemporain à Paris (2017) – et collectives – MUCEM (Marseille, 2019), IVAM (Valence, 2018), Sursock Museum (Beyrouth, 2015), Visa pour l’Image (Perpignan, 2008)…
Elle est représentée par la Galerie Tanit (Munich /Beyrouth).
À propos du prix de la photo Camera Clara
Le prix de la photo Camera Clara, créé en 2012 à l’initiative de Joséphine de Bodinat-Moreno, récompense chaque année un travail photographique à la chambre inédit d’un artiste contemporain. Le lauréat reçoit une dotation de 8 000 euros et bénéficie de l’accompagnement à la production d’une exposition.
Depuis sa création, le prix n’a cessé́ de gagner en notoriété, en particulier à l’international qui représente aujourd’hui 63 % des candidatures.
Le choix de consacrer un prix à cette technique, dans un monde numérisé, caractérisé par la profusion d’images, l’instantanéité de leur apparition et de leur transmission reflète la conviction que l’écriture particulière que permet la chambre offre un moyen d’expression unique à des artistes contemporains.
Cette singularité résulte notamment d’un rapport au temps à rebours de l’accélération où nous entraîne l’évolution actuelle du progrès technique : pose, composition, respiration, intériorité, lenteur. L’utilisation de la chambre photographique grand format revient à l’essence de l’image : le point de vue. Par la simplicité du point de vue, on accède à la beauté, à cet instant de grâce où le temps semble s’alléger, se suspendre, disparaître. Peut-être est-ce là ce qui au fond, anime la quête artistique : accéder à ce lieu magique en nous qui échappe au temps et à l’espace, à cet endroit originel que l’image photographique peut incarner.
Depuis 2023, les photographes lauréats du prix Camera Clara sont exposés durant 4 mois à la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand.
Depuis 2024, un tirage de la série primée fait l’objet d’une donation à la BnF de la part du lauréat et de la fondation Grésigny.
Le prix de la Photo Camera Clara est soutenu par la fondation Grésigny, fondation familiale abritée par la Fondation de France.
Jury du Prix Camera Clara 2025
• Joséphine de Bodinat-Moreno, créatrice du Prix Camera Clara
• Dominique de Font-Reaulx, conservatrice au musée du Louvre et Présidente du jury
• Héloïse Conésa, conservatrice pour la photographie contemporaine à la BnF
• Marc Donnadieu, commissaire indépendant
• Anne Lacoste, directrice de l’Institut pour la Photographie des Hauts-de-France
• Chantal Nedjib, conseil en image et en photographie
• Guilllaume Piens, commissaire général d’Art Paris
• Michel Poivert, historien de l’art
• Fabien Simode, directeur des médiathèques de Maisons-Alfort
[Source : communiqué de presse]
Articles liés

« Dans le couloir », un duo sublime au bord de la vie
Au Théâtre Hébertot, Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin sont deux octogénaires qui voient revenir, à leur grande surprise, leur fils âgé de cinquante-ans. La pièce est signée Jean-Claude Grumberg, qui a cousu des personnages pour ces acteurs magnifiques, dirigés...

Deux femmes sur scène pour “La fin du courage” de Cynthia Fleury au Théâtre de l’Atelier
« Première règle. Pour reprendre courage, il faut déjà cesser de chuter. Deuxième règle : il faut accepter de prendre son temps. Troisième règle : Il faut chercher la force là où elle se trouve. Quatrième règle : faire...

“Cyrano, rêver, rire, passer” : Jacques Weber interprète le célèbre personnage au théâtre La Pépinière
Jacques Weber traverse son histoire avec Cyrano de Bergerac. Avec José, son répétiteur, ami, habilleur, assistant, psy, ensemble ils disent racontent et jouent Cyrano. Ils interprètent, à eux deux, la si célèbre pièce d’Edmond Rostand ! En 1983, plus...





