Le feu, les fourmis et les cicatrices : Mô’ti tëi se révèle
Mô’ti tëi © Marie Le Mauff
Après un premier album salué par la critique “Well Dressed Exile: Second Humming” (2021) Mô’ti tëi revient avec “Ant 1 : The Scam of the Mystical Cicadas”, un disque charnière, plus sombre, plus dansant et plus affirmé.
Ce nouvel opus révèle un artiste qui s’est forgé dans l’exigence et le doute, mais qui assume désormais pleinement sa voix, ses textes et sa vision. Les textes se font plus profonds et plus graves, reflet d’une époque et d’un état d’esprit marqués par les fractures du monde autant que par les blessures intimes. Mais à cette noirceur répond un souffle rythmique puissant, où la guitare joue un rôle central et insuffle un groove irrésistible évoquant aussi bien les hymnes rock de Sting que la profondeur mélodique d’Eddie Vedder.
Quels sont tes artistes de référence ? Quelles sont tes influences ?
A l’origine, c’est la musique des années 60, 70 qui m’a influencé, aussi bien le rock/blues que la folk et aussi le reggae. Au départ, pour le projet Mô’ti tëi, j’avais envie de faire une musique que je puisse interpréter n’importe où, sans besoins techniques spécifiques, alors je me suis mis à écouter beaucoup de songwriters comme Devendra Banhart, des guitaristes acoustiques comme Jack Rose.

© Stéphane Perraux
Comment composes-tu tes chansons ? Les paroles arrivent en premier et la musique ensuite ou le contraire…
Je commence quasiment à chaque fois par la musique. Souvent, je pars d’un riff de guitare que je trouve particulièrement entêtant et qui m’apporte une certaine satisfaction technique dans sa pratique. Je vais ensuite y ajouter d’autres parties et arrive ensuite le chant. Il commence par un “yaourt” (fredonner un air musical sans réelles paroles), avec une phrase forte qui ressort en anglais. Aujourd’hui, avec le temps, je me dis que cette phrase n’est pas un hasard. Je la laisse donc mûrir pour lui donner un sens, un thème. C’est à ce moment là que l’écriture commence en essayant de conserver les sonorités du “yaourt” de base.
Est-ce que l’improvisation a une place importante dans ta manière de travailler ?
Elle est à l’origine de tout. C’est une fois ce premier riff de guitare improvisé que tout se construit ensuite.
Quelle est la clef pour transcender ta musique sur scène ?
Pour la tournée qui accompagne cet album, j’ai ré-arrangé les morceaux avec les deux musiciens qui m’accompagnent pour pouvoir les jouer en trio, avec un gros travail sur les chœurs notamment. Voir la contrainte technique, que ce soit par le nombre de musiciens, ou par les possibilités instrumentales, comme une opportunité de surprendre, réinventer, ne pas s’ennuyer et donc s’amuser. Mais également se mettre à la place du spectateur.

© Annick Fidji
Est-ce que tes paroles sont inspirées d’expériences personnelles ?… Ou est-ce que tu te glisses dans la peau d’un personnage à la manière d’un acteur ?
Les paroles sont en général un mélange de plusieurs expériences ou sentiments personnels que je vais parfois extrapoler, mais j’essaie de rester assez vague afin que chacun puisse s’y projeter.
Quelle est la signification de la pochette de ton nouvel album ?
Cette pochette a été réalisée par le plasticien Thibault Balahy qui avait déjà réalisé l’Artwork de mon premier album. Elle est inspirée des transhumances, le visuel représente des humains en marche, rassemblés autour d’un feu. À mesure qu’ils se rapprochent, leurs corps composent la forme d’une fourmi, symbole du collectif, de la solidarité et de la force du groupe. Le feu occupe le centre, comme la musique, il rassemble, réchauffe et éclaire. Il devient un espace de partage, de récits et de vibrations communes. Elle évoque le rassemblement des peuples, les différentes voies que chacun devra emprunter pour que nous nous retrouvions autour du feu du rassemblement qui réchauffera les consciences.

Quel message souhaites-tu faire passer ?
Qu’il fait actuellement trop froid. Dire qu’”il fait trop froid”, c’est reconnaître la dureté de notre époque. Mais affirmer que la musique est un espace de rassemblement, c’est rappeler qu’il existe encore des lieux — symboliques et réels — où la chaleur humaine circule. Peut-être que, face aux tensions du monde, la musique ne change pas immédiatement les rapports de force. Mais elle change les cœurs. Et parfois, c’est ainsi que commence le dégel.
Quels sont les albums que tu écoutes en ce moment ?
Le problème est qu’aujourd’hui, avec les applications de streaming nous écoutons de moins en moins d’album, mais plus des morceaux. Mais il y a des singles intéressants qui sont sortis dernièrement et j’attends avec impatience leurs albums : Fai Baba, musicien et auteur-compositeur d’origine suisse installé à New York, qui a sorti un morceau de folk que je trouve très touchant et Ecca Vandal, autrice-compositrice-interprète et rappeuse australienne née en Afrique du Sud, qui a sorti un morceau qui me ramène tout droit dans les années 90.
Quels sont tes projets ?
Grâce à mes nouveaux partenaires Quartier Général (Label Québécois) et ZRP (Label Parisien), ma musique est distribuée sur tous les continents. J’espère pouvoir toucher un maximum de monde avec mon second album, qu’il puisse me permettre de rencontrer beaucoup de gens, de faire une tournée au Québec, en Europe… sans oublier la France ! Bref, me créer plein de souvenirs pour mes vieux jours ! Actuellement, je compose de nouveaux titres pour un futur troisième album…
Un disque qui confirme l’évidence : Mô’ti tëi compte désormais parmi les voix singulières et exigeantes de la scène indépendante française.
Dates des concerts : lien ici
Propos recueillis par Juliette Labati
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