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    Le Surréalisme et l’objet – Centre Pompidou

    25 novembre 2013
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    Simon Hantai - Centre Pompidou

    Simon Hantai - Centre Pompidou::

    « La création des objets surréalistes répond à la nécessité de fonder une véritable physique de la poésie. »
    André Breton, 1936

    Un second chapitre de l’histoire du surréalisme s’ouvre en 1927 avec l’engagement de ses membres les plus actifs (André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard, Pierre Unik et Benjamin Péret) dans les rangs du Parti communiste français. En brandissant la bannière du surréalisme, Breton et ses amis avaient affirmé le projet d’un dépassement, d’une réinvention du réel.
    En 1924, le Manifeste fondateur du mouvement en appelait au « modèle intérieur », à un mépris du monde sensible que symbolisaient les yeux clos du personnage du Cerveau de l’enfant (1914) de Giorgio De Chirico. Le rêve, les puissances de l’inconscient inspiraient un automatisme graphique et scripturaire, une poésie « à toute vitesse » vouée à déborder, à affoler le réel.

    L’engagement des surréalistes aux côtés des jeunes communistes de la revue Clarté et leur découverte de la biographie de Lénine de Léon Trotski avaient amorcé, dès 1925, une prise de conscience politique qui devait conduire à leur adhésion au Parti communiste français. Ce rapprochement impliquait la prise en compte d’un matérialisme, d’un réalisme qui constitue le fondement philosophique du communisme.
    Pour répondre à ce virage réaliste, Breton invite à la fondation d’une « physique de la poésie ». L’idéologie communiste, qui impliquait le rejet de la fétichisation marchande de l’oeuvre d’art, la suspicion à l’égard d’un « génie artistique » qui entérinait la division sociale du travail, dotait bientôt d’une signification « révolutionnaire » l’iconoclasme que le surréalisme avait hérité de Dada. L’objet, sur lequel allaient se cristalliser les réflexions du surréalisme militant, devait s’imposer comme la réponse à ce nouveau contexte philosophique et politique.

    Dix ans avant la fondation du surréalisme, en 1914, Giorgio De Chirico et Marcel Duchamp inventent deux objets appelés à connaître une fortune durable dans l’imaginaire plastique du mouvement. De Chirico peint son premier mannequin ; au rayon bricolage du Bazar de l’hôtel de ville, Duchamp fait l’acquisition d’un Porte-bouteilles qui deviendra son premier « ready-made ». Le Manifeste de 1924 présentera le mannequin comme un des objets les plus propices à provoquer le « merveilleux » surréaliste. De La Poupée (1933-1934) de Hans Bellmer aux mannequins qui borderont la « rue » de l’« Exposition internationale du surréalisme » de 1938, les figures de cire ou de plastique ponctueront les manifestations du surréalisme. Le Dictionnaire abrégé du Surréalisme, de 1938, reconnaîtra, lui, la place fondatrice qui revient aux ready-made de Duchamp dans l’invention de l’objet surréaliste.

    S’ils relèvent du ready-made en ce qu’ils « recyclent » les objets du quotidien, les premiers objets surréalistes procèdent aussi du collage, du jeu du cadavre exquis pratiqué par les surréalistes depuis 1925.
    André Thirion relate les circonstances de leur invention : « Dali. et moi essayions de trouver des points d’ancrage à partir desquels chaque surréaliste pourrait exercer son talent vers une direction commune, dans le cadre d’une discipline acceptée par tous. Une de mes préoccupations était d’éviter un dérapage de l’intérêt que nous portions à la psychanalyse, aux rapports du conscient et de l’inconscient, vers des affirmations philosophiques que nos adversaires qualifieraient d’idéalistes et qui donneraient de la consistance aux accusations de freudisme. […] Dalí proposa d’entreprendre la fabrication d’objets à fonctionnement symbolique. » La Boule suspendue d’Alberto Giacometti, découverte par Salvador Dalí et André Breton en 1930 à la galerie Pierre, constitue le prototype de ces nouveaux objets. Le peintre catalan en généralise les principes : « Ces objets, qui se prêtent à un minimum de fonctionnement mécanique, sont basés sur les fantasmes et représentations susceptibles d’être provoqués par la réalisation d’actes inconscients. »

    Ce qui s’expose dans l’art d’aujourd’hui sous les auspices de l’objet relève des principes dont se réclamait l’objet surréaliste. Les jeux de mots et les images qui caractérisent le ready-made inspirent l’oeuvre d’Ed Ruscha. L’« inquiétante étrangeté » des mannequins continue de fasciner Paul McCarthy. Les « jeux » de La Poupée de Hans Bellmer se prolongent avec les Sex Toys de Cindy Sherman. Ce sont encore les psycho-objets surréalistes que Heim Steinbach pose sur ses consoles contemporaines. Philippe Mayaux fait proliférer les moulages anatomiques (Objet-dard et autres) de Marcel Duchamp. Théo Mercier réinvente le Cadavre exquis dans la boutique des souvenirs pour touristes. La verve iconoclaste et libertaire du surréalisme innerve la boutique de farces et attrapes d’Arnaud Labelle-Rojoux. L’énigme d’Isidore Ducasse multiplie ses sortilèges dans la prolifération des colis postaux de Mark Dion.

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=K8Oq2kAYGgY[/embedyt]

    Le Surréalisme et l’objet
     
    Commissaire d’exposition : Didier Ottinger, directeur adjoint du musée national d’Art moderne

    Jusqu’au 3 mars 2014
    Tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 21h
    Nocturne tous les jeudis jusqu’à 23h

    Plein tarif : 13€ // Tarif réduit : 10€

    Centre Pompidou
    19, rue Beaubourg
    75004 Paris
    M° Rambuteau ou Châtelet

    www.centrepompidou.fr

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