“L’Espace entre nous” : la collection du Wilson Centre for Photography exposée au BAL à partir du 19 juin
John Gutmann, "Haussement d’épaules", 1935 © Center for Creative Photography, Arizona Board of Regents, Courtesy Wilson Centre for Photography
À l’occasion du Bicentenaire de la naissance de la photographie, LE BAL consacre pour la première fois une exposition à une collection : celle du Wilson Centre for Photography, constituée par Michael et Jane Wilson. À travers cet ensemble rare de 120 tirages, pour la plupart d’époque, l’exposition explore le lien parfois trouble, parfois lumineux, toujours instable, qui unit celui qui photographie à celui qui est photographié.
Rencontre fugitive, rencontre préméditée : de la saisie sur le vif à la mise en scène collaborative, l’exposition interroge la relation qui se noue, au moment de la prise de vue, entre le photographe et son sujet. Que révèle l’image de la position respective de ces deux corps ? De leur complicité, de leur face-à-face, du pacte silencieux scellé par le regard de l’un sur l’apparence de l’autre ?
L’exposition met en valeur des œuvres iconiques et d’autres moins connues, des années 1920 à nos jours, dans un parcours sensible qui privilégie les rebonds, les affinités et les contaminations entre les images.
“Avec toujours, au centre de chaque photo, cette petite lutte des consciences entre qui révèle et qui se
dévoile, dont le portrait photographique a toujours été la scène privilégiée.” – Bertrand Schefer
Avec les œuvres de :
Lola Álvarez Bravo / Manuel Álvarez Bravo /Bill Brandt / Josef Breitenbach / Horace Bristol / Esther Bubley / Elinor Carucci / Mark Cohen / John Coplans / Gregory Crewdson / Imogen Cunningham / Bruce Davidson / Rineke Dijkstra / Walker Evans / Leonard Freed / Lee Friedlander / David Goldblatt / John Gutmann / Birney/ Imes / Graciela Iturbide / Sarah Jones / André Kertész / Chris Killip / Dorothea Lange / Sergio Larraín / Richard Learoyd / Danny Lyon / Robert Mapplethorpe / Roger Mayne / Susan Meiselas / Tina Modotti / Daidō Moriyama / Nicholas Nixon / Alexander Rodchenko / August Sander / Tomoko Sawada / Chris Shaw / Aaron Siskind / Graham Smith / Louis Stettner / Issei Suda / Yutaka Takanashi / Shoji Ueda / Weegee / Francesca Woodman

Weegee, Palace Theater, c. 1940 © International Center of Photography / Getty Images, Courtesy Wilson Centre for Photography
Note d’intention de Diane Dufour
“Entrer dans une collection, c’est toujours un peu s’infiltrer sans carte en territoire inconnu, le royaume d’un autre. C’est concevoir les photographies qui la composent comme les fragments épars d’un puzzle appartenant à la même image, peu importe où elles ont été trouvées et si elles semblent de prime abord sans relation apparente les unes avec les autres.
Lorsque Michael Wilson nous a ouvert sa collection, notre amitié, ce lien invisible entre nous, nous a naturellement portés à choisir des œuvres autour d’un fil conducteur, explorer l’espace qui relie le photographe à son sujet et le regardeur à l’œuvre contemplée.
Depuis son invention, la photographie a été l’espace de rencontre entre ces trois points – le photographe, le sujet et le regardeur. Interroger aujourd’hui la distance établie par le photographe avec son sujet revient donc à explorer cette tension fondamentale : comment affirmer son point de vue tout en laissant au sujet sa part de mystère et au regardeur sa liberté d’interprétation.
La distance, outil immatériel du photographe, se décline tout au long de l’exposition, dans toutes ses gradations possibles, de la connivence la plus intime avec le sujet jusqu’à l’image dérobée à son insu. Arbitrairement, la séquence se déploie en un arc vers l’aléatoire, de la maîtrise souveraine du photographe sur la représentation de son modèle aux incertitudes d’une prise de vue sur le vif, dans un monde qui, sans cesse, se décompose et se réinvente.
Au cœur du parcours de cette exposition et du livre qui l’accompagne, et au-delà de la beauté des images, une question demeure : existe-t-il pour chaque photographe, chaque sujet, chaque situation, une distance juste ? Et cette distance, cristallisée dans l’image, obéit-elle ou doit-elle obéir à des critères esthétiques, éthiques, politiques ? Et qui, du critique, de l’historien, du sujet ou du photographe lui-même en serait le meilleur juge, dans la réception immédiate d’une image et dans sa postérité ? Une histoire de la réception instable des chefs-d’œuvre qui jalonnent l’histoire du médium reste à écrire. La parole des artistes nous accompagne et s’efforce humblement d’éclairer les convictions, les dilemmes et les stratégies à l’œuvre.
Pour parfaire cette exploration, il convenait aussi d’incarner le point de vue du regardeur. Comme l’écrivait Susan Sontag : “Les photographies, qui ne peuvent rien expliquer par elles-mêmes, sont d’inépuisables invitations à la déduction, à la spéculation et au fantasme”. Et le portrait, plus que tout autre, est le gardien de cette opacité et de la projection qu’elle suscite, car jamais l’enveloppe d’un être ne saurait en percer l’énigme. Afin d’éveiller en chacun le désir de se perdre dans l’espace du cadre, l’écrivain Bertrand Schefer, fabuleux regardeur et conteur, s’est prêté au jeu subjectif d’une traversée sensible et lumineuse dans ces images. Plusieurs de ses textes ponctuent le parcours de l’exposition.
Reste enfin à rendre hommage au premier des regardeurs, Michael Wilson. Au-delà d’une érudition encyclopédique sur l’histoire des œuvres de sa collection, il faut l’avoir vu et entendu parler de l’une d’entre elles. Dans l’instant, un récit se lève et nous emporte dans l’espace entre lui et l’image, dans l’espace entre l’image et nous, dans l’espace entre nous.”

Lola Álvarez Bravo, Sans titre [Juan Soriano sur le sable], vers 1930 © Center for Creative Photography, Arizona Board of Regents, Courtesy Wilson Centre for Photography
Fondé en 1998 par Michael et Jane Wilson, le Wilson Centre for Photography développe des activités de recherche consacrées à l’histoire, à l’esthétique et à la conservation de la photographie. Il accueille des chercheurs dans le cadre de sessions d’étude et conduit un programme associant expositions en collaboration, publications et prêts d’œuvres à des institutions muséales et galeries à l’international.
L’exposition L’Espace entre nous – Dans la collection du Wilson Centre for Photography est la 54e exposition du BAL.
À propos du BAL
Créé en 2010 par Diane Dufour et Raymond Depardon, LE BAL, Fabrique du Regard est un lieu indépendant d’exposition, de pédagogie et de recherche dédié à l’image contemporaine sous toutes ses formes : photographie, vidéo, cinéma, nouveaux médias. À la fois engagé et expérimental, LE BAL est un laboratoire des nouvelles écritures du réel impliquant artistes, chercheurs, commissaires, éditeurs et public. Reconnu sur la scène internationale pour la singularité et l’exigence de sa programmation, LE BAL met en avant des artistes dont les créations allient enjeux politiques et esthétiques. Les expositions et les livres qui les accompagnent s’articulent autour de trois lignes : jeune création, figures et œuvres méconnues, interrogations sur le statut de l’image dans nos sociétés.
Le pôle pédagogique et de création du BAL, créé par Christine Vidal en 2008, accompagne le regard des jeunes, développe leur esprit critique, les encourage à devenir des citoyens regardeurs actifs capables de décrypter les images produites dans les soubresauts d’un monde d’images. Depuis sa création en 2008, un travail d’éducation artistique et culturelle est mené grâce à des méthodes pédagogiques innovantes avec des artistes et professionnels de l’image dans les quartiers politiques de la ville, réseaux d’éducation prioritaire et territoires éloignés d’une offre culturelle. Ces actions de terrain ont été renforcées en 2016 par la création d’une plateforme numérique, ERSILIA. 160 000 jeunes, enseignants, artistes, médiateurs bénéficient aujourd’hui des parcours et ressources en ligne sur ersilia.com.
[Source : communiqué de presse]
Articles liés

Le Spear Tournament 2026 s’associe à ShootMe à l’occasion de l’ouverture du Quartier Culturel FAST le 18 juin
Le 18 juin prochain, à l’occasion de l’ouverture officielle du quartier FAST à la Fondation Fiminco, le Spear Tournament s’associe à ShootMe pour une soirée mêlant battle électro, performance collective et nouvelles formes de captation sociale. Le Spear Tournament...

Fête de la musique 2026 à Paris : où sortir pour profiter de la ville en mode concert géant
Le 21 juin 2026, Paris se transforme une nouvelle fois en terrain de jeu musical à ciel ouvert, avec des rendez-vous gratuits, des scènes institutionnelles et des soirées plus festives qui se déploient dans plusieurs quartiers de la capitale....

Le CWB présente la première édition des Soirées Proleptiques qui mêlent théâtre et danse
Les Soirées Proleptiques sont un nouveau format connu par les équipes du Centre en 2026 destinées à présenter les premières esquisses de productions théâtrales, chorégraphiques et hybrides. Au Centre Wallonie-Bruxelles, ces soirées déplacent les cadres habituels de présentation pour...






