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    A mon âge, je me cache encore pour fumer – Maison des Métallos

    9 janvier 2010
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    Paroles de femmes

    Fatima, masseuse, dirige avec poigne le hammam où les femmes du quartier, de tous âges et de toutes conditions sociales, viennent se détendre dans l’intimité. Dans ce lieu clos qui a priori gomme les apparences, dans ce lieu ancestral où la parole est libre et loin du regard des hommes, ce sont neufs destins singuliers qui prennent place.

    A mon âge, je me cache encore pour fumerest une pièce de femmes où l’on croise précisément tous les aspects de ces vies durant la décennie des attentats islamistes : on y découvre Samia, toujours vierge à 29 ans et qui rêve du prince charmant, Nadia tout juste divorcée qui incarne l’audace de l’émancipation, Louisa qui a subi un mariage forcé à l’âge de dix ans, puis Zaïa, Aïcha, etc., toutes confrontées à la difficulté de leurs conditions. Et c’est autour de la jeune Myriam, 16 ans, enceinte sans être mariée, poursuivie par son frère fou furieux et réfugiée au hammam, que se déroule la trame narrative.

    Chacune des protagonistes dévoile une partie de son histoire personnelle, sa vision des hommes, de l’amour, ses espérances et ses désillusions. Malgré leurs différences, toutes se sentent finalement soudées par leur dimension féminine si douloureusement en proie à l’incompréhension d’une société déchirée. L’intention de l’auteure est respectable, les personnages sont attachants, la distribution de qualité, le rythme homogène, la mise en scène fluide, mais on peut émettre quelques réserves quant au propos parfois  pêchant par manque de nuances.

    Une peinture pessimiste

    Face à ces neuf femmes émouvantes et toujours courageuses, souvent optimistes, joyeuses, constamment prêtes à aimer la vie et l’amour, le spectateur s’incline devant la combativité et l’extraordinaire vaillance qui subsiste malgré la terrible oppression des années du terrorisme. Mais il est périlleux de vouloir brosser le portrait d’un pays sous l’éclairage d’un épisode barbare, qui ne reflète pas à lui seul toutes les idéologies ni toutes les composantes de cette société complexe. On regrette que, dans ce constat d’une condition déplorable de la femme et dans cette énumération d’effrayants préjugés dont elles ont été victimes, on ne nous donne pas à voir une autre facette d’un pays et de son peuple qui ne peuvent pas être présentés tels un bloc monolithique. Les « barbus » extrémistes, les femmes battues et soumises, la sauvagerie de la sexualité, de la circoncision et de la religion, toutes ces problématiques montrent  une face sombre et indigne de la société algérienne. Sont énumérées toutes les pratiques qui suscitent forcément l’effroi : les certificats de virginité, la barbarie des hommes qui crient derrière la porte nuptiale « Vas-y jusqu’au sang », les horreurs sexuelles commises sur des enfants, la mère qui garde les bouts de chair après une circoncision, la menace de mort exercée sur une professeur parce qu’elle ne porte pas le foulard…

    Autant de comportements d’un autre âge auxquels parfois est tristement réduite l’Algérie quand les Français veulent bien se pencher sur elle. On pouvait espérer d’une pièce écrite par une Algérienne qu’elle montre certes sans concession les abominations réelles, mais aussi qu’elle aide, grâce à la subtilité de l’art théâtral, à modifier les clichés réducteurs trop souvent véhiculés de ce côté de la Méditerranée.

    Cependant, la présence de deux femmes, l’une narrant l’amour prodigué par son mari, l’autre affirmant avec une magnifique ténacité sa part de liberté en dépit du contexte, aide le spectateur à reprendre espoir. Et il faut le souligner, l’ensemble de ces comédiennes sensuelles et sensibles offre un tableau, en dépit de ses tragédies, qui émeut et mérite de suivre une jeune auteure qui tisse de beaux et forts rôles féminins.

    Cassandre Bournat

    A mon âge, je me cache encore pour fumer

    De Rayhana

    Mise en scène de Fabian Chappuis

    Avec Maris Augereau, Linda Chaïb, Catherine Giron, Taïdir Ouazine, Rébecca Finet, Tassadit Mandi, Elisabeth Ventura, Paula Brunet Sancho et Rayhana

    Jusqu’au samedi 16 janvier 2010
    Du mardi au samedi à 20h30
    Matinée le samedi à 16h

    Prix des places : 13€, 9€ (réduit), 8€ (carte de des métallos), 5€ (-15ans)

    Réservation : 01.47.00.25.20

    Maison des Métallos
    94, rue Jean-Pierre Timbaud
    75011 Paris
    M° Couronnes ou Parmentier 

    www.maisondesmetallos.org
     

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