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    Ordet est ridiculisé au Théâtre du Rond-Point

    17 septembre 2009
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    Pasteur engagé dans son temps, Kaj Munk a écrit ce bijou de la littérature danoise en 1931. Un homme rude, veuf et fervent protestant, vit dans de hautes terres glaciales avec ses trois fils et sa belle-fille Inger. En sa demeure austère où chacun souffre d’un rapport douloureux à la religion, les conflits se font violents, à la fois théologiques et existentiels. Et puis, Inger meurt en couche et l’on attend un miracle… Dieu existe-t-il ? Mais alors, que vaut la science ? Et l’amour ? Qu’y a-t-il donc de plus puissant que l’amour ?

    Le drame originel est d’une telle spiritualité qu’il est difficile de croire qu’il ait pu sombrer dans le ridicule entre les mains d’un metteur en scène aussi attendu qu’Arthur Nauzyciel. Et pourtant ! Si le parti pris prosaïque de la réécriture de Marie Darrieussecq a déjà de quoi décevoir, c’est bien à la mise en scène que revient la responsabilité de ce dommageable raté.

    Dans un décor glacé au design de mauvais goût, les comédiens revêtus d’hideux costumes noirs ou gris évoluent avec un atermoiement qui pèse, et qui pèse encore. Et s’il est vrai qu’on aime parfois respirer au milieu d’un beau texte, la fixité de l’interprétation est ici telle qu’elle conduit à d’inutiles moments de flottements dont nombreux spectateurs profitent pour s’échapper. A cette insoutenable lenteur vient s’ajouter un jeu où toutes les émotions se dessinent exacerbées, voire outrageusement contrastées.

    L’ajout d’une partition musicale et chorégraphique peut bien apparaître audacieux, il aurait vraiment, mais alors vraiment mieux valut s’en passer. Sans s’attarder sur la petite scénette dansée qui inquiète franchement, on ne peut pas croire qu’en plus d’avoir fait appel à l’Ensemble Organum pour nous abattre par leurs chants polyphoniques anciens aux résonances mortifères, Arthur Nauzyciel ait pensé à les interrompre pour nous gratifier d’un Hallelujah de Jeff Buckley qui arrive comme un repoussant cheveu sur la soupe.

    Bref, une pièce de Kaj Munk sacrément amochée puisqu’elle a perdu profondeur et spiritualité. Au lieu de s’imposer en dignité, la pièce est fade, glauque, assommante de complaisance et gratuitement désagréable. On déplore au final d’être demeuré jusqu’au bout, si tant est que l’on y soit parvenu !

    Christine Sanchez

    de Kaj Munk traduction et adaptation Marie Darrieussecq, Arthur Nauzyciel avec Pierre Baux, Xavier Gallais, Benoit Giros, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Christine Vézinet, Catherine Vuillez, Jean-Marie Winling et les chanteurs de l’Ensemble Organum Mathilde Daudy, Antoine Sicot et Marcel Pérès en alternance avec Frédéric Tavernier Mise en scène Arthur Nauzyciel


    Du 16 septembre au 10 octobre 2009 à 20 h 30
    Réservation : 01 44 95 98 21
    Tarifs : de 10 à 30 euros


    Théâtre du Rond-Point – Salle Renaud-Barrault
    2bis Avenue Franklin Roosevelt
    75 008 Paris – Metro Franklin Roosevelt

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