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Tomoko Yoneda “Dialogue avec Albert Camus” – Maison de la culture du Japon

Agathe Louis 28 février 2018
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Tomoko Yoneda est une photographe japonaise de renommée internationale qui vit et travaille à Londres. Depuis près de trente ans, elle parcourt le monde, enregistrant les traces laissées par l’Histoire.

Pour la série inédite qu’elle présente à la MCJP, elle est partie sur les pas d’Albert Camus, en Algérie et en France, poursuivant sa réflexion sur la mémoire des lieux avec ses photographies sensibles et poétiques. Une évocation subtile des jeunes années de l’auteur de L’Étranger.

Pour ce 5e volet de la série Transphère – cycle d’expositions consacré à la création contemporaine japonaise, Tomoko Yoneda s’est plongée dans la vie et l’oeuvre d’Albert Camus. Elle s’est rendue sur les lieux qui ont marqué l’enfance et la jeunesse de l’écrivain : Alger, Tipaza, antique port romain qu’il aima tant et où se dresse une stèle à sa mémoire, mais aussi Paris, Le Chambon-sur-Lignon, village d’Auvergne où il vécut à partir de 1942 et écrivit La Peste. Ou encore Chambry où son père, engagé comme zouave, combattit durant la bataille de la Marne, et Saint-Brieuc où, en 1947, Camus découvrit avec émotion la tombe de son père mort en 1914, comme il le raconte dans son roman resté inachevé, Le Premier Homme. La trentaine de photographies sélectionnées pour cette exposition est un dialogue entre la photographe et l’écrivain, entre le passé et le présent. Elle nous incite à réfléchir à la colonisation, à la guerre, ainsi qu’aux combats et à l’humanisme de Camus.

Tomoko Yoneda a étudié la photographie aux États-Unis puis à Londres, au Royal College of Art, à l’époque de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement de l’Union soviétique. Elle prit conscience que même les structures et les idéologies les plus puissantes étaient éphémères, et que la société dans laquelle nous vivons pouvait se transformer radicalement en un rien de temps. Fascinée par l’histoire tourmentée du XXe siècle, elle s’est rendue en Europe de l’Est, en Irlande du Nord, à Taïwan, au Bangladesh, et plus récemment à Fukushima. Les photos qu’elle y a prises sont celles de paysages et de lieux en apparence ordinaires, sublimés par sa maîtrise formelle. Mais les titres de ces oeuvres font ressurgir le souvenir d’événements du passé. Yoneda révèle ainsi dans notre environnement quotidien les traces de tragédies oubliées.

© Tomoko Yoneda,
Le Jardin du Hammam (ancien Jardin d’Essai), Alger, 2017


Note d’intention de Tomoko Yoneda

“(…) Pour cette exposition, j’ai revisité les lieux où Camus a vécu, ainsi que les endroits et les événements historiques qui l’ont inspiré, dialoguant avec les habitants de l’Algérie et de la France chères à l’écrivain pour mieux explorer en images la question de l’amour universel et radieux. Je me suis efforcée d’alimenter la réflexion sur la nature humaine, en répondant en photographies aux événements du passé, mais aussi aux ombres qui planent de nouveau sur l’Europe et le Japon.
Cette exposition s’articule autour de Ni victimes, ni bourreaux, qui m’a beaucoup marquée alors que je vivais aux États-Unis pendant la guerre froide. Dans cet essai écrit après le largage de la bombe atomique en 1945, Camus dénonce le glissement vers le totalitarisme entraîné par la guerre froide et l’avènement d’un nouvel ordre mondial reposant sur la peur et où « la fin justifie les moyens ». L’écrivain pose une question fondamentale : ne devriez-vous pas dire « non » à un monde qui légitimise le meurtre ? Les guerres qui ont éclaté du temps de Camus et de ses prédécesseurs ont-elles pavé la route vers un avenir plus pacifique pour notre génération ? Nous continuons à chercher la réponse à la question que Camus a passé sa vie à essayer de résoudre : quelle révolte, quelle justice sont véritablement humaines et dignes ? Dans le chaos actuel, l’œuvre de Camus et sa façon de vivre nous rappellent à quel point il est important de s’interroger sur le sens de notre existence et de l’amour. À travers mon travail, j’espère contribuer à ce vaste dialogue.”

© Tomoko Yoneda
Livres. Mémorial aux étudiants morts pendant la guerre d’Algérie. Université d’Alger, 2017

 

Programme

Mardi 27 mars
18h – 1h30
Entrée libre sur réservation

© Tomoko Yoneda
Statue dans un étang et palmier, Jardin du
Hamma (ancien Jardin d’Essai), Alger, 2017

Rencontre avec Tomoko Yoneda

« Comme Camus avec ses mots, Yoneda, grâce à ses images, sympathise avec la réalité d’une manière à la fois concrète et abstraite, en la maintenant toujours à distance et en créant « une prose ressentie comme un document ». Pour la photographe, il ne s’agit ni de raconter la vie de Camus, ni de faire un panégyrique de son influence sur la littérature française et internationale, mais de poser des questions au sujet de la possibilité de construire un espace photographique dans le but de réévaluer des valeurs et des émotions qui, au fil du temps, font partie du substrat politique de notre société contemporaine. » Marta Gili

Rencontre animée par Aomi Okabe

Jeudi 29 mars
18h – 1h30
Entrée libre sur réservation

© Tomoko Yoneda
Bord de mer, Tipaza, 2017

Table ronde : Tomoko Yoneda et Albert Camus

Avec Tomoko Yoneda, Olivier Todd, Mauricette Berne

Depuis le centenaire de la naissance d’Albert Camus, en 2013, on assiste à un regain d’intérêt pour l’oeuvre et la pensée de cet auteur, en France ainsi qu’au Japon. Cette table ronde sera l’occasion de confronter les regards sur Camus de Tomoko Yoneda et d’éminents spécialistes de cet écrivain, Olivier Todd et Mauricette Berne.

Rencontre animée par Aomi Okabe

Mardi 22 mai
18h
Entrée libre sur réservation à partir du 23 avril

© Tomoko Yoneda
Maison. Ancienne demeure du docteur
Le Forestier. Le Chambon-sur-Lignon
2017

Conférence : Camus, l’Algérie… et le Japon

Rencontre avec deux spécialistes de l’œuvre d’Albert Camus
Agnès Spiquel est professeur émérite de littérature française à l’Université de Valenciennes et présidente de la Société des Études Camusiennes. Elle a collaboré à l’édition des œuvres complètes de Camus dans «La Pléiade» (Gallimard). Au cours de cette conférence, elle nous expliquera comment Camus est considéré aujourd’hui en Algérie.

Hiroshi Mino est vice-président de la Société des Études Camusiennes et Président de la section japonaise de cette Société. Il est également professeur émérite de littérature française à la Nara Women’s University et Directeur de l’Open University of Japan in Nara. Ce sont des liens de Camus avec le Japon qu’il a choisi de nous parler lors de cette rencontre.

 

[Source : Communiqué de presse]

 

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