0 Shares 5690 Views

    Bohèmes – Grand Palais

    5 juillet 2012
    5690 Vues
    Grand Palais

    Des poètes (Baudelaire, Rimbaud, Verlaine…), aux artistes (Courbet, Van Gogh, Satie, Picasso…) nombreux sont les grands hérauts de la modernité qui ont donné un visage à ce phénomène.  Rebelles à toute convention, batteurs de pavé, mangeurs de vache enragée, amateurs de femmes et de boissons ils ont, pour des générations d’apprentis artistes, allumé le rêve d’une gloire rédemptrice, qui ne se gagne qu’au risque de l’oubli et de la mort. A travers la littérature et la presse, le théâtre et l’opéra, la Bohème a très vite acquis une popularité immense ; elle a pénétré l’imaginaire collectif, et lié à jamais l’image de Paris au quartier latin et à Montmartre. 

    Depuis une vingtaine d’années, des travaux portant sur des champs exogènes comme l’histoire des marginalités, des migrations, des nomades, ont renouvelé l’analyse de ce phénomène. Le mythe de la Bohème s’inscrit désormais dans l’histoire, infiniment plus riche et plus complexe, du rapport des peuples européens à la nation rom. Appelé Egyptien à l’époque classique, puis désigné des noms les plus divers, gitans, manouches, cagots, le bohémien devient, peu après son apparition en Occident au XVe siècle, un héros de roman (Cervantès le premier) et un sujet de prédilection pour les artistes (Callot, Vouet, Georges de la Tour). Le mystère de ses origines, son langage longtemps incompréhensible, son rapport intime à la nature, sa capacité de dire l’avenir, en font un personnage de légende. Ses apparitions et disparitions soudaines alimentent le fantasme d’une vie sans attaches, sans règles, intense et sensuelle. L’artiste, fasciné, a trouvé en lui son maître en liberté. 

    Bohémiens et bohèmes ont dès lors partie liée. Figures de la liberté, de l’errance, ils partagent marginalité et misère. Insaisissables, habiles, initiés à d’inaccessibles secrets, définitivement irréductibles à la norme, ils troublent, provoquent et enchantent notre société sédentaire. C’est au même vocable de bohémien que l’on a recours pour désigner la vie de bohème naissante. C’est un même emblème de liberté irrépressible que le régime nazi veut  abattre en visant les tziganes et les artistes modernes. 

    Par des mises en relations nouvelles autant que sur les croisements entre les disciplines (peinture, littérature, photographie, musique), en s’appuyant sur plus de 180 oeuvres alliant découvertes inédites et prêts exceptionnels (La Diseuse de bonne aventure, Georges de la Tour, Metropolitan Museum New York, L’Absinthe, Edgar Degas, Musée d’Orsay, Paris, Coin à Montmartre, Vincent Van Gogh, Van Gogh Museum, Amsterdam, La Gitane, Van Dongen, MNAM, Paris…), cette exposition ambitionne d’apporter un jour nouveau sur cette histoire commune. 

    Servie par une scénographie de Robert Carsen qui, après le succès de Marie-Antoinette, revient au Grand Palais, « Bohèmes » est une exposition à vivre comme une expérience. Sur le long ruban de la route que l’on emprunte dès l’entrée, le visiteur traverse les siècles et croise les représentations les plus pittoresques du peuple errant. Puis il est admis dans l’univers du peintre, sa mansarde, son atelier, ses refuges, pour achever sa course dans les cafés de Montmartre. Lorsqu’au sortir du cabaret il reprend son chemin, le visiteur se trouve comme dégrisé devant l’inauguration de la salle tzigane à l’exposition « Art dégénéré » de Munich, en 1937. 

    A travers un voyage de quatre siècles et une quinzaine de thèmes, « Bohèmes » éclaire à un phénomène qui, de Léonard à Picasso, traverse toute l’histoire des arts et des sociétés, et résonne encore dans notre monde contemporain. Comme l’opéra de Puccini, cette exposition se veut un grand rendez-vous populaire, mêlant la fantaisie et la gravité, le spectacle et la mélancolie, la misère et la gloire. 

    Cette exposition est co-organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, Paris et Fundación Mapfre, Madrid. Elle sera présentée à Fundación Mapfre, Madrid, du 4 février au 5 mai 2013.

    Aux mêmes dates au Grand Palais : 

    Bohèmes 

    Commissaire : Sylvain Amic, directeur des musées de Rouen 

    Scénographie : Robert Carsen 
     
    Du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013
    Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h
    Nocturne jusqu’à 22h le mercredi

    Plein tarif : 12 € // Tarif réduit : 8 € (16-25 ans)
    Gratuit pour les demandeurs d’emploi (grâce au soutien de la Macif), bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse et nouveau, gratuit jusqu’à 15 ans (au lieu de 13 ans)

    Audioguides : 5 € français, anglais, jeune public 

    Grand Palais
    Entrée Clemenceau 
    M° Champs-Elysées-Clemenceau


    A découvrir sur Artistikrezo : 
     Les grandes expositions parisiennes en octobre 2012 et décembre 2012


    [Visuel : Vue depuis la Tour Eiffel, le Grand Palais, Paris, (France). Auteur : Gérard Ducher (user:Néfermaât). Licence Creative Commons Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique 2.5 générique]

    En ce moment

    Articles liés

    Le FUP : Festival d’Humour de Paris du 18 au 20 juin 2026
    Agenda
    172 vues

    Le FUP : Festival d’Humour de Paris du 18 au 20 juin 2026

    Le FUP c’est Le Festival d’Humour de Paris. Le plus grand événement humour de France. Chaque année depuis 2015, le Festival d’Humour de Paris revient à Bobino, mais cette fois-ci, pour célébrer un événement exceptionnel : son 10e anniversaire...

    Ce week-end à Paris… du 12 au 14 juin
    Art
    413 vues

    Ce week-end à Paris… du 12 au 14 juin

    Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 12 juin...

    “SIRENS” d’Ellen Antico : une exposition qui met la domestication des monstres en péril
    Art
    164 vues

    “SIRENS” d’Ellen Antico : une exposition qui met la domestication des monstres en péril

    La Galerie Ruttkowski;68 présente les travaux d’Ellen Antico, une artiste australienne née en 1989 à Sydney. L’artiste crée dans l’effervescence de Brooklyn, un quartier de New York. À l’occasion de cette troisième exposition personnelle à la galerie, l’artiste dévoile...