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« Animae animarum » – Sandrine Rondard – Underconstruction Gallery

Stéphanie Pioda 14 juin 2018
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Lucie Aqua Blue, 2017, huile sur toile, 41 x 33 cm

Sandrine Rondard dépeint un monde enchanté, qui est à la fois une féérie et le reflet des violences que l’homme inflige à cette nature où règnent en maîtres ses enfants chamanes. Dans cette exposition à l’Underconstruction Gallery, elle réalise une performance autour des espèces d’oiseaux menacés de disparition.

La Liste ou Grand diptyque aux Oiseaux, 2 panneaux de 195 x 130 cm chacun, huile sur toile, 2018

De l’âme des animaux

135 espèces d’oiseaux sont menacées de disparition. Et alors quoi ? Combien seront touchés par une telle annonce ? Il faut bien dire qu’on ne connaît même pas le nom de la moitié d’entre eux, ni même leur existence alors qu’ils peuplent nos campagnes et nos jardins. Que peut-on faire alors que la nature est en train d’être disséminée aux quatre coins de la planète ? On continue notre vie individualiste et nombriliste ou on change notre façon de penser ?

Un deux trois… Tout disparaîtra, 2018, huile sur toile, triptyque, 3 x 18 x 10 cm

Ce chiffre vient des dernières études du CNRS et du Muséum d’Histoire Naturelle. Les savants les ont toutes identifiées, répertoriées et nommées mais elles ne seront bientôt plus qu’un souvenir dont les contours seront de plus en plus flous, des noms qui s’ajouteront à une liste de plus en plus longue que l’on pourra réciter comme un mantra dont on a perdu le sens. Seules les collections des musées d’histoire naturelle et les livres des savants nous indiqueront que ces espèces ont bien existé et qu’elles n’appartiennent pas à la typologie des animaux fantastiques, aux côtés des licornes, dragons et autres créatures sorties tout droit de l’imagination.

Et puis il y a aussi ce tableau monumental de Sandrine Rondard, de 2 mètres sur 3 qui fige à sa façon la mémoire de ces 135 espèces, comme un entomologiste punaise méthodiquement ses insectes sur des planches. Certains sont en train de disparaître physiquement, il ne reste plus que des silhouettes fantômes. Peut-être un jour les regarderons-nous telles des Mirabilia d’un cabinet de curiosité ? Un tableau pour « émerveiller » comme elle le souhaite elle-même.

Musée de la chasse, 2018, huile sur toile

Dans cette nouvelle série de Sandrine Rondard, il n’y a cependant aucune critique, condamnation ou prise de position, simplement un constat qui la rend triste et qui laisse tout individu impuissant face à une indifférence globale. Sandrine Rondard rend hommage à une nature condamnée à être réifiée dans les musées et que ses enfants chamanes se réapproprient avec leurs masques ornés d’animaux totems.

Lucie le soir, 2017, huile sur toile

Ils sont en osmose avec une nature que l’homme s’évertue à tout prix à maîtriser et à contrôler par orgueil. On retrouve le souvenir du motif du maître des animaux mésopotamien transposé ici avec cette jeune chamane qui dialogue avec une nature généreuse. On retrouve une harmonie fantasmée où les enfants sont la clé et les gardiens de ce monde en danger. Il suffit de changer de point de vue pour y accéder.

Stéphanie Pioda

http://sandrinerondard.wixsite.com/sandrinerondard

 

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