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Antoine Bondu : “J’essaie de transposer mes inspirations dans un registre d’anticipation”

Astrid Laplane 18 mai 2022
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© Antoine Bondu

Rencontre avec le jeune sculpteur Antoine Bondu à Marseille. Diplômé des Beaux-Arts de Nîmes, Antoine est soucieux de représenter le conflit matériel existant entre l’intervention de homme et la nature. Le béton versus l’érosion. Il tâche de confronter l’artificiel au naturel qui, paradoxalement, ont pour similarité de façonner et faire évoluer le paysage. Tout est une question de temps…

Peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours, en quelques mots ? 

Je suis diplômé des Beaux-Arts de Nîmes. Avant cela, j’ai fait un BTS Design d’espace et une Mise à niveau en Arts Appliqués. Cela fait désormais presque un an que je me suis installé à Marseille. Je suis sculpteur et j’ai mon atelier dans un endroit qui s’appelle Buropolis. C’est un lieu qui va être détruit dans quelques mois et qui a été réhabilité par une structure permettant de réutiliser l’endroit avant sa destruction. Dans une ville comme Marseille, cela permet d’avoir un grand atelier à un prix intéressant. Je travaille également en tant que régisseur à Vidéochroniques, dans le Panier, qui est une association d’art contemporain. 

De quoi parle ton travail ? Quels matériaux utilises-tu ?

Je fais majoritairement de la sculpture en béton, et plus particulièrement en utilisant des matériaux du bâtiment et des matériaux minéraux. Je m’intéresse autant au passé, qu’au présent et au futur. Je suis très influencé par l’archéologie, le monde actuel et ses problématiques, qu’elles soient sociales, écologiques, économiques… J’essaie de transposer mes inspirations dans un registre d’anticipation, un peu comme une sorte de science-fiction du présent, sans passer par l’image mais plutôt par les formes et les matériaux.

Quel a été ton déclic ? L’événement ou la rencontre qui t’a donné envie de te lancer dans cette voie ?

C’est difficile à définir… Mais j’ai toujours été intéressé par ces choses-là. Je dessine depuis que je suis tout petit. J’ai eu la chance d’être confronté à l’art et de visiter des musées dès mon plus jeune âge. C’est une sorte d’héritage culturel via ma famille. À la base, je ne souhaitais pas faire de l’art contemporain mais de la BD ou de la caricature. Puis j’ai évolué, à travers mes expériences, mes études. Je me suis retrouvé aux Beaux-Arts un peu par hasard et j’y ai découvert quelque chose de beaucoup plus concret et abouti que ce que je faisais avant. C’est alors devenu une suite logique. Après avoir fini mon cursus, je savais que je voulais devenir artiste et que je devais m’accrocher pour continuer dans cette voie. Je pense aussi qu’avoir travaillé plus jeune sur les chantiers avec mon père m’a servi de point de départ technique dans ce rapport au béton.

Comment as-tu réalisé la série Malmener le Béton ?

Cette série découle d’un premier essai réalisé pour mon diplôme à la fin du premier confinement. J’ai eu l’opportunité de faire une micro-résidence de 5 jours dans le Gard avec quelques copains. On avait passé la totalité de la période de confinement sans pouvoir produire à l’atelier, ni faire de sculpture, et j’avais donc une envie assez forte de créer de nouvelles choses. Cette pièce est venue à ce moment-là. C’est la rencontre avec un matériau minéral, une pierre, et un matériau artificiel, un bloc de béton. L’œuvre repose sur le moment précis de la prise du béton, de son séchage, c’est-à-dire un moment où le béton est encore malléable : il n’est pas sec mais il est pris. Par la gravité, je viens alors déposer une pierre un peu lourde sur ce bloc. Celle-ci vient le déformer et le fracturer complètement. J’ai créé cette première pièce intuitivement, au moment où j’avais envie de faire des choses avec mes mains. J’ai refait une tentative de cette pièce en janvier 2021, en plus gros, pour une expo des diplômés de l’école. Une fois de retour dans mon atelier à Marseille, j’ai pris du recul et j’ai voulu transformer cette pièce en série. Il y avait une analyse à faire sur pourquoi ce style de déformation quand je faisais ces gestes-là : un regard post-production. J’ai réalisé que ce qui joue le plus, ce sont les dimensions, les formes et la matière de la pierre, qui vont impacter les déformations du béton. J’ai donc créé un protocole qui consiste à fixer un mélange de bétons en un temps bien défini, avec des dimensions de blocs très précises. En fait, je travaille toujours sur le même bloc de béton, c’est juste la matière minérale naturelle qui va varier et qui va amener des déformations différentes. Pour l’instant, il y a trois pièces et chacune est différente. Pour moi, cela représente des sortes de cairns qui marquent un passage pour les promeneurs. Et comme chaque pierre vient d’un endroit précis, leurs titres respectifs correspondent aux lieux d’où elles proviennent. Il serait donc tout à fait possible de les réinstaller aux endroits de leur prélèvement pour faire l’objet de balise.

© Antoine Bondu

Combien de temps a pris la réalisation de cette série ?

Individuellement, la fabrication d’une pièce prend une journée. Mais la série est le résultat d’un an et demi de travail. C’est surtout la réflexion qui va autour, la prise de recul entre le premier essai et la validation d’un protocole pour la série, qui prend du temps. Il y a toujours une phase d’essai dans ma façon de travailler, je mets les mains dans la matière et souvent, il s’en dégage quelque chose qui m’intéresse. J’ai donc ce besoin de prendre du recul pour savoir quoi en faire. J’ai beaucoup d’autres pièces pour lesquelles j’ai d’abord fait des formes, des objets, sans trop savoir quelle serait la finalité. Puis avec le temps et la réflexion, j’arrive à savoir sur quoi cela va déboucher : quel type de présentation, de mise en forme… J’ai toujours une réflexion après production.

Quel message souhaites-tu faire passer avec Malmener le Béton ?

Il n’y a pas vraiment de message à faire passer. J’aime l’idée que la lecture de la pièce soit multiple et ouverte. Moi, je le fais pour une certaine raison, je pense à telle ou telle chose en réalisant une pièce. Néanmoins, si chaque visiteur peut y voir quelque chose de différent et de plus personnel, je trouve ça beaucoup plus intéressant. Mais effectivement, elles ont une signification pour moi. Je pense à un conflit matériel entre la main de l’homme et le béton qui est fabriqué très vite et permet de construire très rapidement. Et en parallèle de ça, ce sont des pierres qui sont travaillées par l’eau et par le temps depuis des milliers d’années. Voilà mon point de départ mais plus les personnes parviennent à l’interpréter intuitivement, plus je trouve ça intéressant.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Mes inspirations se basent majoritairement sur l’observation du monde dans lequel on vit et l’expérience des choses qui nous entourent. Observer, quand tu te balades en ville par exemple, une façade de bâtiment qui est en train de s’effondrer ou qui est complètement rongée ou polluée. Ça me permet de créer une sorte de catalogue de formes dans ma tête. Je suis aussi influencé par l’expérience du monde et des lectures. Je lis beaucoup de catalogues de science-fiction, tout ça vient également se rajouter à mon travail.

Où pouvons-nous retrouver tes œuvres ?

Pour l’instant j’ai un compte Instagram, @bondux, et je suis en train de travailler sur un site qui arrivera assez prochainement j’espère.


Propos recueillis par Astrid Laplane 

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