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Chiharu Shiota : “Inner Universe examine les liens entre la finitude de l’existence et l’éternité”

Galerie Templon, Vue de l'exposition Inner Universe © Bertrand Huet Tutti

Des performances viscérales aux installations monumentales, sculptures, peintures et dessins, l’artiste japonaise Chiharu Shiota n’a de cesse de captiver les visiteurs du monde entier. Ses créations organiques et mystiques, parfois sombres et énigmatiques, dessinent des thèmes personnels avec une résonance universelle.

La Galerie Templon à Paris expose cet été une série de nouvelles sculptures ; celles-ci explorent “l’univers intérieur” que certains interpréterons comme l’esprit, comme la conscience qui transcende le corps, reliant les êtres les uns aux autres. Avec “Inner Universe”, l’exposition nous invite au voyage poétique et examine les liens secrets entre la finitude de l’existence et l’éternité.

Chiharu Shiota, Berlin © Sunhi Mang

Quel message souhaitiez-vous transmettre à travers l’exposition “Inner Universe” ?

Le thème principal de l’exposition est l’univers intérieur. Nous avons tous un univers intérieur, et un univers extérieur, je veux connecter les deux. Lorsque que mon cancer a été diagnostiqué pour la deuxième fois, j’ai dû subir une opération et une chimiothérapie. J’étais à l’hôpital et j’ai senti mon corps et mon âme se séparer. J’étais comme sur un tapis roulant ; mon corps a été démonté et remonté, je ne peux pas expliquer ces sentiments. Où était mon âme, où était mon corps ? Cette expérience m’a fait penser à l’univers intérieur et extérieur.

© Galerie Templon, In the Hand, 2020, Bronze et fil métallique 13,5 x 21,5 x 29,5 cm

Les matériaux comme le verre, le bronze sont nouveaux pour vous. Qu’apportent-ils à votre travail ?

J’ai utilisé pour cette exposition du verre et j’ai créé une forme qui ressemble à une cellule. La sculpture ressemble à l’intérieur du corps. Le bronze est une matière éternelle, tandis que le fil que j’utilise habituellement est très doux et fragile. Pour cette exposition, j’ai voulu réaliser des œuvres plus éternelles en recréant de nombreuses parties du corps. Ces matériaux éternels sont différents de ceux du fil, mais le thème de l’œuvre est le même. Il s’agit de l’existence humaine et du corps.

Dans votre production artistique, le tissage prend une place importante. Peut-on dire qu’il s’agit d’une performance ? 

Non cela ne peut pas être considéré comme une performance ; la ligne du fil est comme une ligne de peinture : je crée des dessins dans la pièce ou dans le cadre de la sculpture.

Beyond Memory, 2019, Berlin © Sunhi Mangi

Les œuvres d'”Inner Universe” sont reliées au corps et à la peau. Votre intention était-elle de transmettre un message positif ou négatif du corps et de la vie humaine ?

Ce n’est ni positif ou négatif, c’est à propos de la connexion du corps et de l’univers.

La relation entre la vie et la mort, la question de l’appartenance à un endroit, de l’absence incarnée dans l’espace. Ces thèmes vous sont-ils personnels ?

Il s’agit de l’existence en l’absence, comme la vie et la mort. Si une personne décède, les choses qui l’entouraient ont accumulé leur existence. Leur maison fait désormais partie de leur existence. Tout cela est lié à mon thème “existence en l’absence”.

In Silence, 2019, Mori Art Museum, Tokyo, © Sunhi Mang

La couleur rouge est éminemment présente dans vos œuvres. Quelle signification lui donnez-vous ?

La couleur rouge m’évoque le sang : c’est l’intérieur de notre corps et donc des relations humaines. Une légende japonaise dit que lorsque vous êtes né, une chaîne rouge invisible est attachée à votre petit doigt et est connectée à une autre personne : leur destin est de se rencontrer dans le futur, et de créer une histoire ensemble. La signification de la couleur rouge dans mon travail n’a pas changé, mais j’ai ajouté plus de couleurs qui représentent la vie humaine.

Uncertain Journey, 2019, Mori Art Museum, Tokyo © Sunhi Mang

Avec quels artistes vous sentez-vous en connivence ?

J’ai été très tôt inspirée par le travail d’Ana Mendieta, une artiste cubaine qui a également parlé de l’univers intérieur dans son travail.

Votre dernière exposition à la Galerie Templon était “Black Rain”, il y a plus d’un an. Comment positionneriez-vous “Inner Universe” par rapport à cette dernière ? Existe-t-il une continuité ou une évolution dans ces deux expositions et dans votre philosophie ?

Je suis sûre qu’il y a un lien. En 2019, je travaillais également sur le corps, l’exposition était encore plus étroitement liée à ma chimiothérapie et à mon cancer. J’ai exprimé des émotions beaucoup plus sombres que j’avais à propos de mon traitement contre la maladie. Aujourd’hui j’ai plus de distance avec cette expérience, et je me concentre sur l’univers intérieur et extérieur.

Propos recueillis par Isabelle Capalbo

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