Cleon Peterson : La macabre danse de la victoire
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Victory Cleon Peterson Jusqu’au 18 février 2017 Galerie du jour |
Jusqu’au 18 février 2017
À la Galerie du Jour, Cleon Peterson déploye un univers dichotomique où la violence s’exprime sans limite ni complexe. Pour cette première exposition personnelle en France, l’artiste américain illustre le triomphe hédoniste des vainqueurs sur les vaincus. Un regard sombre et lucide qui résonne froidement avec les évènements tragiques qui font l’actualité de ces dernières années. Depuis une dizaine d’années, Cleon Peterson multiplie expositions, fresques et projets artistiques à travers le globe. Il y dépeint un monde noyé dans le chaos où les fantasmes les plus morbides ont libre cours. Une violence extrême, esthétisée à la manière des vases grecs antiques, servie à la sauce Kubrick. Avec Cleon, l’orange devient fluorescent, la morale s’efface et les pulsions – sexuelles ou macabres – s’expriment librement. Cette violence, il l’a observée de près. Parcourant les bas-fonds de Seattle, Los Angeles et New York, Cleon Peterson a exploré l’enfer jusqu’à s’en brûler les ailes. Alternant les errances dans la rue, la prison et les hopitaux psychiatriques, accroc à l’héroïne, l’adolescent flirte avec le désespoir et l’autodestruction avant de miraculeusement retrouver goût à la vie. La rédemption passe alors par le dessin et la peinture. D’abord illustrateur dans l’univers “indie” du skateboard, il travaille ensuite dans l’industrie du design graphique et devient l’assistant de Shepard Fairey au début des années 2000. Depuis, en atelier ou dans l’espace public, il construit une oeuvre à la fois intime et universelle. Avec un code couleur restreint – principalement du noir et blanc rehaussé d’une couleur vive – Cleon déploie une vision dystopique du rêve américain et se pose en chorégraphe de sanglants affrontements entre sans-abris, policiers, bourgeois, toxicomanes et simples passants.
Nicolas Gzeley [Crédits Photos : © Nicolas Gzeley / Spraymium Magazine ] |
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Depuis une dizaine d’années, Cleon Peterson multiplie expositions, fresques et projets artistiques à travers le globe. Il y dépeint un monde noyé dans le chaos où les fantasmes les plus morbides ont libre cours. Une violence extrême, esthétisée à la manière des vases grecs antiques, servie à la sauce Kubrick. Avec Cleon, l’orange devient fluorescent, la morale s’efface et les pulsions – sexuelles ou macabres – s’expriment librement. Cette violence, il l’a observée de près. Parcourant les bas-fonds de Seattle, Los Angeles et New York, Cleon Peterson a exploré l’enfer jusqu’à s’en brûler les ailes. Alternant les errances dans la rue, la prison et les hopitaux psychiatriques, accroc à l’héroïne, l’adolescent flirte avec le désespoir et l’autodestruction avant de miraculeusement retrouver goût à la vie. La rédemption passe alors par le dessin et la peinture. D’abord illustrateur dans l’univers “indie” du skateboard, il travaille ensuite dans l’industrie du design graphique et devient l’assistant de Shepard Fairey au début des années 2000. Depuis, en atelier ou dans l’espace public, il construit une oeuvre à la fois intime et universelle. Avec un code couleur restreint – principalement du noir et blanc rehaussé d’une couleur vive – Cleon déploie une vision dystopique du rêve américain et se pose en chorégraphe de sanglants affrontements entre sans-abris, policiers, bourgeois, toxicomanes et simples passants.
À la Galerie du Jour, Cleon Peterson propose une exposition homogène composée de travaux récents. Parmi les nombreuses oeuvres présentées, la monumentalité de l’une d’elles retient notre attention : plus de six mètres de long ! Tout autour, des petits et moyens formats, trois tondos et deux supports inédits : des silhouettes en découpe de bois façon bas-relief et deux sculptures en marbre. Si l’artiste s’était déjà essayé au volume avec la production de pièces en céramique, ces superbes sculptures de marbre noir nervuré en blanc nous évoquent immédiatement les statuettes antiques de l’art classique. L’une d’elles représente un homme, torse bombé, épée sur l’épaule, tenant fièrement un crâne décapité par les cheveux. Allusion sans équivoque au titre de l’exposition : Victory.
Cleon Peterson nous plonge quelques instants après le combat, à l’aube du règne des dominants. Le coeur des affrontements qu’il nous donnait à voir jusqu’alors est désormais achevé et l’exploration du dualisme bon-mauvais, sain-fou, loi-crime se transpose à l’opposition vainqueur-vaincu, dominant-dominé, plaisir-souffrance. Car c’est bien de plaisir dont il s’agit. Le plaisir malsain des victorieux face aux vaincus où là encore, les fantasmes les plus vils prennent forme sous le pinceau de Cleon. En déplaçant ainsi l’action dans le temps, l’artiste semble laisser derrière lui son passé violent et dépravé pour traiter de questions plus quotidiennes : l’emprise des uns sur les autres, l’oppression et l’asservissement qui s’exerce à tous les niveaux de la société.
Cette évolution dans son travail se lit également dans la forme. Cleon abandonne progressivement les couleurs vives pour se restreindre au noir et blanc, auquel il ajoute par réserve le lin naturel de la toile. Pour souligner son propos, il épure ses images. Les décors, autrefois réalistes, disparaissent ici au profit d’une narration claire et immédiate. Les formes sont simplifiées, le trait s’élargit. Les personnages, de plus en plus massifs voire disproportionnés, sont désormais systématiquement nus. Ainsi dépossédés de leur statut social, ils soulignent l’intemporalité de l’action et l’universalité du sujet : la victoire, son pouvoir et la tyrannie qu’elle engendre. Plus que jamais, Cleon Peterson traite des hommes et de leur bassesses. De la noirceur de l’esprit.





