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    Elisabeth Baillié : “Je veux montrer que l’enluminure ne s’est pas arrêtée au Moyen Âge”

    Chloé Vallot 24 juin 2020
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    © Elisabeth Baillié

    Entre illustration et dorure, Elisabeth Baillié se passionne pour cet art médiéval qu’est l’enluminure. Rencontre avec une enlumineuse du XXIe siècle.

    Pouvez-vous vous présenter et exposer votre parcours ?

    Je suis Elisabeth Baillié, j’habite dans les Yvelines, à Chatou. J’ai fait une terminale littéraire option art. Pour le post-bac, je voulais faire de l’illustration, mais aussi un métier d’art. J’ai alors découvert, dans un recueil pour les écoles d’art, qu’il existait une école d’enluminure à Angers ; il s’agit de la seule en France. À l’époque, on apprenait surtout à copier mais dès mes débuts, je voulais faire mon propre style d’enluminure, la copie ne m’intéressait pas du tout. Je veux montrer que l’enluminure ne s’est pas arrêtée au Moyen Âge. En 2002, deux ans après avoir obtenu mon diplôme, j’ai eu la chance de rencontrer un éditeur de livres d’art enluminés, pour qui je travaille toujours. Depuis, j’ai fait quatre livres pour lui.

    En quoi consiste l’enluminure ?

    Le mot “enluminure” vient du latin illuminare, qui signifie “mettre en lumière”. Avec l’enluminure, on met en lumière en expliquant le texte par des illustrations, mais aussi avec l’utilisation de l’or. Contrairement aux idées préconçues, l’enluminure ne se limite pas aux belles lettres et à l’ornementation des lettrines, mais elle comporte aussi beaucoup d’illustrations. Par exemple, il existe des pages tapis, qui sont des enluminures qui prennent toute une page, avec très peu de place pour le texte. Et même si cet art est lié au texte, je ne me considère pas calligraphe ; à l’âge d’or de l’enluminure, il existait l’enlumineur et le scribe. Concernant les matériaux, l’enlumineur travaille avec des matériaux nobles : du parchemin, des pigments, du blanc d’œuf… c’est vraiment des recettes médiévales. Lorsque je dois travailler plus rapidement, notamment pour mon éditeur, je prends de la gouache extra-fine. J’utilise également des feuilles d’or, d’argent, de cuivre… Le but est de mettre en éclat le travail : c’est une illustration de luxe.

    L’enluminure est un art assez peu pratiqué, qu’est-ce qui vous a poussée à en faire votre métier ?

    Petite, mes parents m’offraient des livres vraiment beaux, illustrés à l’ancienne… Toute petite, je baignais déjà là-dedans ; pour moi, l’illustration d’un livre, c’est forcément beau. Plus tard dans mon enfance, j’ai découvert que j’aimais beaucoup l’art égyptien, notamment ces couleurs bleu turquoise, rouge et or qu’on trouvait dans tout l’art égyptien. Dans mes peintures, on retrouve toujours ces teintes. Cet art m’a attirée parce qu’il y avait un côté bijou, précieux, et il alliait illustration et métier d’art ; il y avait tout ce que je voulais faire en une seule discipline.

    "Le Cantique des Cantiques" - Livre en cours pour les Editions Larroque

    © Elisabeth Baillié

    Quelles sont les étapes à suivre avant et pendant la réalisation d’une enluminure ?

    Au début du processus, mon éditeur me donne tout mon texte, puis c’est à moi d’organiser la mise en page : je commence d’abord par tracer des contours, des marges… Ensuite, je tire des traits pour faire la calligraphie en laissant un emplacement pour l’illustration, que je prépare au crayon, rapidement. L’enluminure en elle-même commence par un dessin, puis je pose la feuille d’or, avant de peindre. Si on pose d’abord la feuille d’or, c’est parce que si on a déjà peint et qu’on pose malencontreusement la colle pour la feuille d’or sur la peinture, il va falloir la gratter. Toutefois, les détails comme les bijoux dorés sont réalisés à la fin. Faire un livre enluminé est un processus très long puisque j’illustre à la main, de façon traditionnelle, rien n’est fait par informatique.

    Quelles sont vos inspirations ?

    Dans les livres illustrés pour mon éditeur, j’ai pu travailler sur le Tao Te King, livre chinois à l’origine du Yin et du Yang. Depuis cela, j’ai été beaucoup inspirée par l’univers chinois, les costumes d’époque, les paysages… J’aime également l’univers féerique, ainsi que les costumes orientaux. Je suis attirée par la nature, tout le vivant me passionne. J’ai aussi une influence religieuse, étant chrétienne : je m’intéresse à tout ce qu’on ne voit pas, et à la symbolique. Récemment, j’ai essayé de donner un réel sens à mes œuvres, comme avec l’arbre de vie que j’ai réalisé, qui représente les quatre saisons de la vie.

    Les quatre saisons de la vie

    © Elisabeth Baillié

    Comment mariez-vous cet art médiéval à un style contemporain ?

    J’aime faire des enluminures de science-fiction : c’est un univers que j’ai toujours aimé, et je trouve ça amusant d’allier un art du passé à un sujet futuriste. Toutefois, il faut que l’illustration reste élégante, figurative et manuelle pour que ça reste de l’enluminure. Et puis, je donne ma touche contemporaine rien qu’en m’exprimant avec ma patte et mon style, en ne restant pas figée sur les styles baroque et gothique.

    Avez-vous des projets pour le futur proche ?

    J’aimerais bien exposer à l’étranger, au Japon notamment. Aussi, c’est mon rêve d’enfance d’enluminer des contes de fées. Sinon en ce moment, j’apprends l’art de la dorure, et je me dirige plus vers les objets enluminés. J’ai notamment fait des objets religieux pour une église à Montesson. Je vais bientôt réaliser un tabernacle, qui sera aux Mureaux. J’aimerais aussi me diriger vers la dorure d’objets utiles du quotidien comme des boîtes, des miroirs… mais qui restent précieux. Si je peux enluminer une maison, allons-y ! Enfin, je fais également de la peinture. Il est possible de me passer commande pour divers sujets que j’expose en France.

    Retrouvez plus d’informations sur le site internet d’Elisabeth Baillié.

    Propos recueillis par Chloé Vallot

     

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