Exposition “Ce(ux) qui nous lie(nt)” : Amandine Abbé, artiste textile
L’artiste Amandine Abbé à travers l’artisanat, l’art et la transmission expose son travail à La Maison de la Conversation pour l’exposition “Ce(ux) qui nous lie(nt)”. “Ce(ux) qui nous lie(nt)” ne se voient pas toujours, mais façonnent nos manières d’être ensemble, de créer et de regarder.
La transmission est au cœur du travail de l’artiste Amandine Abbé. Elle se situe entre l’artisanat et l’art par la création à travers le textile.
Tout part de là : une passion naissante pour le textile à travers la transmission des savoir-faire, d’abord l’observation ensuite la pratique. Bien sûr, ses aïeuls ont été vecteurs de partage et de transmission mais Amandine soulève aussi un point important :
“Les pratiques liées au textile m’ont été transmises quasiment exclusivement par des femmes. Je pense qu’il y a une forme de sororité peut-être dans ce domaine.”
L’acte même de transmettre fait référence alors à la création d’une solidarité entre femmes. Ce sont les femmes de sa famille qui l’ont initiée en matière de textile et cela constitue une véritable revalorisation des savoirs féminins souvent relégués à la sphère domestique. D’autant plus qu’ici, la transmission n’est pas figée mais plutôt une mémoire active.
C’est au cours de l’année 2023 qu’elle prend pleinement conscience de son désir de se consacrer au textile, identifiant ce médium comme le cœur de sa recherche artistique, bien qu’elle continue de tester toutes autres sortes de matériaux.
“Ce qui me fait vibrer c’est de créer des choses de mes mains et de transformer la matière. Je me laisse une liberté dans le processus créatif pour laisser de la place aux imprévus et à la découverte.”
C’est en ce sens qu’Amandine prône la transdisciplinarité, elle envisage ainsi la création comme un espace de circulation entre les médiums, où la matière (textile, céramique, fibres) devient un terrain d’expérimentation et de dialogue.
Ainsi, les femmes de sa famille l’ont inspirée mais une rencontre lui a été déterminante et l’a davantage marquée : celle de Hanne Thyholdt, artiste textile et Trond Skog, céramiste. Deux norvégiens chez qui elle a eu l’occasion de faire un stage. Ceux-ci l’ont inspirée dans leur manière de créer et surtout dans leur rapport aux matériaux :
“J’ai appris l’importance de valoriser les matériaux naturels avec des pratiques circulaires et durables.”
Nous pouvons d’ailleurs retrouver la mention d’Amandine dans un article local de Norvège où elle y a laissé sa trace.

© Fædrelandsvennen
C’est ainsi qu’elle travaille ; d’abord par l’observation en mémorisant et s’imprégnant des gestes puis dans la pratique en les reproduisant. C’est en ce sens qu’elle est influencée par des références humaines et artistiques, issues de l’expérience vécue et du quotidien partagé, fondées sur la transmission du geste et la relation directe à la matière.
À l’occasion de l’exposition Ce(ux) qui nous lie(nt), Amandine exposera des séries d’échantillons à travers lesquelles elle abordera la pluralité de techniques.
Les échantillons issus de tissage dépeignent les différentes armures c’est-à-dire la manière dont les fils s’entrecroisent parmi lesquelles nous retrouvons : la double étoffe non liée, l’armure gaufrée, l’armure sergée mais aussi l’armure reps. Des techniques qu’elle arbore en même temps qu’elle envisage les matières différentes créant ainsi un travail de textures mais aussi de contrastes par les couleurs.
Les échantillons issus de la maille évoquent une recherche autour du tricot, née d’une collection estivale de hauts valorisant la transparence de l’habit. Cette exploration se traduit par une série de trois échantillons réalisés à la machine à tricoter. Le tout s’apparentant à de la dentelle tricotée, ponctuée d’ajouts de perles et de broderies au point de chainette.
La transparence du vêtement amène à suggérer, penser, deviner le corps. Le rapport au corps pour Amandine est une source d’inspiration et se retrouve dans ces travaux.
“Mon rapport au corps semble être récurrent dans mes précédents travaux. Je me pose des questions et cherche à y répondre dans ma pratique. Sinon, je pars parfois de la matière et mon travail évolue autour d’elle.”
La matière et le corps partagent une même capacité à être façonnés, marqués et transformés par le geste. Le geste devient ici une expérience incertaine, dont l’issue ne se révèle qu’au fil de la pratique tout comme l’évolution du corps et de la matière.

© Amandine Abbé
C’est en mettant en exergue la transmission dont découle le travail d’Amandine et par son artisanat devenant art au travers de son processus créatif qu’elle s’inscrit tout à fait dans l’exposition Ce(ux) qui nous lie(nt).
“La forme de mes projets n’est pas définie dès le début, elle évolue et c’est ce processus créatif qui m’intéresse parfois plus que la production finie.”
Elle a appris parce qu’on lui a transmis et aujourd’hui, elle transmet à son tour.
Si vous voulez découvrir son travail : rendez-vous à La Maison de la Conversation du 23 au 25 janvier.
Parce que ce(ux) qui nous lie(nt), c’est ce qui fait sens, sans jamais se figer.
Où? à La Maison de la Conversation 12 Rue Maurice Grimaud, 75018 Paris
Quand ? À partir de vendredi 23 janvier jusqu’au 25 janvier
Léa Millet
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