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    Francis Bacon, un peintre du vivant et du tragique

    Zoé Lavanant 9 février 2022
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    Francis Bacon dans son atelier de Londres, 1977 © Carlos Freire

    Francis Bacon naît en 1909 à Dublin de parents anglais, et meurt en 1992 à Madrid. Peintre britannique autodidacte ayant marqué le XXe siècle, il est réputé pour ses triptyques et ses autoportraits sombres.

    Quelle que soit l’époque, le travail de Bacon a une singularité certaine. Au sortir de la guerre, son travail choque, interpelle par la violence et la noirceur qui émanent de ses toiles. Bacon était un esprit tourmenté, qualifié parfois de “Dr Jekill et M. Hyde”. Ses peintures choquent mais fascinent et interrogent le spectateur sur les scènes de vie représentées.

    Une des particularités de son travail réside dans le choix de ses sujets, une représentation violente et déformée de ceux-ci, ainsi qu’une utilisation très personnelle des couleurs. Certaines de ses toiles peuvent déranger le spectateur : les couleurs pâles utilisées s’opposent aux sujets violents, celles plus soutenues accompagnent la brutalité de ceux-ci. Cette opposition entre la représentation tragique de l’objet et certaines couleurs choisies est assez étonnante.

    Triptyque mai-juin 1973 © Francis Bacon

    Le triptyque mai-juin 1973 est inspiré de la vie de Bacon. La personne représentée sur ces toiles est George Dyer, l’amant de Bacon à cette époque. George Dyer s’est suicidé dans sa chambre d’hôtel en 1971 à Paris, alors qu’il séjournait avec Bacon pendant la rétrospective des œuvres de celui-ci au Grand Palais. George Dyer aurait avalé un grand nombre de pilules et ainsi fait une overdose. Ce triptyque montre les dernières heures ou minutes de Georges Dyer avant sa mort. C’est une œuvre violente, tragique et crue. Bacon disait : “le triptyque de 1973 est comme un exorcisme de mes sentiments de perte et de culpabilité”. Cet évènement l’a anéanti et suivi jusqu’à la fin de ses jours.

    Certaines scènes de vie représentées par Bacon viennent de son imagination torturée et d’autres sont l’interprétation de scènes vécues, ce qui est intense et tragique à la fois. Bacon nous emmène dans un univers obscur et inquiétant fait de peurs et de violences.

    Bacon disait que pour réaliser le portrait d’un ami, il devait d’abord bien le connaître, afin d’en faire ressortir l’essence même de sa personnalité et de ses sentiments enfouis. Bacon s’intéressait à l’intériorité de chaque modèle, pour toucher chacun d’entre nous. L’homme est un tout, un corps mais également un esprit et une âme : Bacon représentait la personne dans toute son entièreté. Concrétiser l’invisible, la terreur, les sévices psychologiques, l’angoisse… c’est ce que Bacon veut représenter à travers les portraits de ses amis. Il s’intéresse au côté obscur des gens et le révèle, et ce même à travers ses autoportraits, sombres et dramatiques.

    Selfportrait © Francis Bacon

    Bacon peint la brutalité de la vie sans détour et avec franchise, sans chercher à illustrer le “beau” mais bien à interroger le spectateur sur sa propre sensibilité à travers ses œuvres. Déformer l’objet, l’écorcher sur la toile est finalement, profondément philosophique : les œuvres de Bacon appellent l’inconscient, l’invisible, l’émotionnel et le fantasme tout en montrant la réalité charnelle de la vie. Bacon disait “nous sommes de la viande. Nous sommes des carcasses en puissance. Si je vais chez le boucher, je trouverais toujours surprenant de ne pas être là [sur l’étalage].” La mort est indéniablement omniprésente dans son travail, ce qui le rend par opposition encore plus vivant. Bacon est ainsi peintre du vivant, du tragique de la vie.

    Retrouvez toutes ses œuvres sur sa page internet dédiée

    Zoé Lavanant

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