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Goxwa – Galerie Felli

24 octobre 2011
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ruins_-_130_x_97_cmScène originaire
C’est à Malte, terre insulaire de la Méditerranée mais aussi porte ouverte sur l’Orient, non loin de cette petite rue très étroite de Valletta, la Strada Stretta, où elle a grandi et dont elle s’est enfuie que Goxwa jouait enfant, à l’ombre de vestiges à l’abandon, avec des morceaux de pierre – fragments d’histoire, de monde, de matière – sans deviner qu’il s’agissait là des ruines d’anciens temples néolithiques vieux de plusieurs milliers d’années. De cette expérience d’enracinement du passé dans le présent, la peinture de Goxwa a retenu le motif de la résurgence et le retourne aujourd’hui à son tour en profondeur. Ruins, cité solaire et liquide, émergeant des eaux, flottant à la surface du visible, surgissant d’une mémoire tâtonnante, encore aveugle à la lumière et dont la vision brouillée, asservie au souvenir, ne peut se fier qu’à l’appel d’un temps passé dont retentit au loin l’écho. 

Présence du passé
Réalisées à base d’un mélange de peinture à l’huile travaillé à la cire, les toiles de Goxwa superposent, à la manière d’un palimpseste, les couches de matière comme autant d’épaisseurs du temps, renvoyant la fin de l’œuvre à son commencement. Un tissage inouï des fils de la temporalité rassemblant le dispersé, rendant le passé au présent, le représentant littéralement. Le flou des contours et le flottement des formes décalquent le mouvement même d’une phénoménalité vibrante, tendue entre deux rives : dans l’indiscernabilité du trait, entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore, dans ce non-lieu de la phénoménalité des corps, dans cet intervalle où l’on ne saurait dire si ce que l’on a sous les yeux, est en train d’apparaître ou de disparaître. Ne donnant aucune prise au temps ni au lieu, les paysages peints par Goxwa ne sont pas plus maltais que vénitiens ou phéniciens, ce sont des chemins qui ne mènent nulle part mais qui mettent sur la voie – sans destination – d’une vision troublée par la présence d’un souvenir refoulé. Une grammaire de la perception déréglée, signe d’une lumière occultée. Goxwa se souvient de cette lumière, nous la rend en nous la montrant, en nous la donnant à voir par nous-mêmes, sollicitant ainsi notre capacité à nous souvenir de ce que le temps, sans la peinture, aurait effacé.

« Apostrophe muette »

at_home_-_116_x_89_cmFascinée depuis l’enfance par la couleur miel des murs de Malte, ces « témoins silencieux » qui sont comme des masques dissimulant et révélant tout à la fois les êtres vivants derrière eux, Goxwa balafre chacune de ses toiles pour en dévoiler le fond. Une déchirure de la matière, devenue signature, cica-trace d’un style mature, qui précipite le vieillissement de la peinture, en approfondit les teintes ocre jaune et rouge, la rendant alors semblable à une fresque de Pompéi. Cette rature vient signer le bas de la toile comme pour signifier non seulement le passage mais aussi le passé du temps, son être révolu, le chemin à jamais barré qui biffe la possibilité d’un retour tout en libérant la voie du souvenir. Habitée par le souci de sauver ce qui disparaît, Goxwa fissure sa toile comme on ouvre une brèche dans le temps pour le tenir en suspens. L’espace de résonance ainsi créé, tendu entre l’appel du passé et le recueil du présent est propre à l’épanouissement d’un écho qui nous rappelle alors sans cesse au commencement où seul ce qui n’a pas cessé d’être peut revenir, nous revenir. 

Le visible et l’invisible

angel_-_195_x_130_cm_Descendue du ciel, rendue à la pesanteur des corps terrestres, c’est à l’art des grands maîtres dont Goxwa a reçu l’influence qu’Angel semble faire la révérence. À la croisée des madones russes et des icônes byzantines, enrubannées dans l’obscurité, les jeunes muses se tiennent en retrait de leur propre apparition. Précieuses présences, fragiles. Semblables à une constellation d’étoiles mortes dont la lumière court encore et dont la force de rayonnement survit à la disparition du corps, les jeunes muses, le teint clair, la mine brouillée, dévisagent leur absence. Vision scindée d’un être qui ne se donne que pour autant qu’il se retire, apparition survivant à sa propre disparition,  où le revenant, au bord de l’effacement, sacrifie un instant son passé au présent. À travers le prisme de sa mémoire affective, la peinture de Goxwa est une vision débordant le visible, pénétrant le lointain. Voir loin, c’est voir dans le passé. Qu’est-ce qu’un écho sinon un appel jeté en avant de lui-même dans l’espoir de se survivre ? Le règne de tranquillité dans lequel séjournent avec grâce et majesté ces jeunes muses, filles du temps, figures virginales de l’éternel retour, laisse à penser qu’elles sont là chez elles de toute éternité et que c’est de là qu’elles nous font signe, tels les portraits du Fayoum qui comme l’écrit admirablement Jean-Christophe Bailly, « nous regardent comme d’un lieu neutre qui ne serait ni la mort ni la vie, depuis un très lointain passé qui atteint presque par miracle notre présent ». 

Nora Monnet


A découvrir sur Artistik Rezo :
Exposition de Goxwa à la galerie Felli (mai-juin 2009)

Exposition de Goxwa

Du 29 septembre au 27 octobre 2011
Du mardi au samedi, de 11h à 13h, puis de 14h à 19h

Informations : 01.42.78.81.27

Galerie Felli
127, rue vieille du temple
75003 Paris

www.galeriefelli.com

[Visuels : photographies de Jean-Louis Losi. Courtesy Galerie Felli, Paris]

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