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La déception de Monumenta en 3 points

17 mai 2016
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1.Monumenta

Monumenta 2016 – Huang Yong Ping, Empires

Jusqu’au 18 juin 2016

Horaires
De 10h à 22h du jeudi au samedi
De 10h à 19h les dimanches, lundis et mercredis 

Fermé le mardi

Tarif : 11 € 
Tarif réduit : 6 €

Grand Palais
3, av. du Général Eisenhower
75008 Paris

M° Champs-Élysées–Clémenceau ou Franklin D. Roosevelt
(lignes 1, 9 et 13)

www.grandpalais.fr

Jusqu’au 18 juin 2016

Empires, c’est le nom de l’installation de Huang Yong Ping dans le cadre de Monumenta : un squelette de serpent s’immisçant entre les colonnes de containers sur lesquelles est accroché le bicorne de Napoléon. Ce projet dans la nef du Grand Palais transformée en docks manque d’ambition, de hauteur, de finesse et de pertinence. Déception…

3.Monumenta1. La nouvelle ère du mécène omniprésent et omnipotent ?

Alors que les années 1960-1970 s’attaquaient aux excès de la consommation, nous sommes entrés dans l’ère de la mondialisation et de la gouvernance des grandes entreprises internationales, c’est admis. On aurait pu imaginer qu’un artiste sélectionné dans le cadre de Monumenta aurait pu apporter une réflexion plus poussée autour de ce thème.

Mais non, l’équation est très basique : commerce mondial = containers sillonnant les mers du globe. Et en prime, ils portent tous les logos de transporteurs appartenant ou affiliés au mécène principal de l’exposition, CMA-CGM (China Shipping, Delmas, Comanav, Textainer Group Holdings…).

 

2.MonumentaMais comment ? C’est normal puisque c’est la fonction même de cette entreprise que de transporter des marchandises par containers ! Il faudrait y lire là de l’ironie et y comprendre une critique par l’artiste de celui qui finance en partie le projet ? Donc, l’installation serait plutôt subversive ? 

Sincèrement, on glisse là dans la vulgarité. À quand une exposition avec les logos Gucci et LVMH sur les œuvres ?

 

 

2. Le squelette de serpent, motif (trop ?) récurrent de Huang Yong Ping

Le squelette de ce serpent gigantesque (254 mètres de long) domine l’installation en s’enroulant autour de ces îlots de containers, l’âme préhistorique d’une société disparue venant alerter notre monde de la dérive qui nous emporte impuissants, pourrait-on naïvement comprendre !

5.MonumentaHuang Yong Ping est né en Chine en 1954 et il ne faut pas oublier que le dragon/serpent est une figure centrale de la mythologie, traditionnellement associée à l’eau, à la connaissance et à la sagesse.

Or, même si son utilisation fait sens, on ne peut que regretter qu’il ait réutilisé ce motif qu’il décline à l’envi au moins depuis 2009 et sa Tower Snake présentée à la galerie Barbara Gladstone à New York, à Saint-Nazaire, à Brisbane, au Maxxi à Rome… Le Grand Palais ne pouvait-il être le théâtre d’une création plus exigeante ?

3. L’Empire, c’est le bicorne…

Et cerise sur le gâteau (qui pèse quand même 4 tonnes !), le choix du bicorne de Napoléon pour symboliser l’idée de l’Empire.

On ne pouvait pas imaginer plus basique et pataude comme analogie avec ce couvre-chef qui, de plus, semble posé là comme un cheveu sur la soupe, de façon maladroite.

4.MonumentaAh si, il y a une subtilité car le bicorne en question est celui que l’Empereur a porté lors de la bataille d’Eylau le 8 février 1807 (on le retrouve sur le tableau commémorant la bataille par Antoine-Jean Gros).

Pourquoi ? Cette victoire des Français sur les Russes et les Prussiens a été particulièrement sanglante – entre 18 000 et 25 000 hommes des deux côtés – et aurait arraché à Napoléon une sentence définitive :

“Cette boucherie passerait l’envie à tous les princes de la Terre de faire la guerre.”

L’artiste est-il pessimiste ou clairvoyant ?

Stéphanie Pioda

[Photos : Empires par Huang Yong Ping Monumenta 2016 © ADAGP, Paris 2016. Courtesy de l’artiste et Kamel Mennour, Paris. Photo Didier Plowy pour la Rmn-GP]

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