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    L’Art du tatouage selon Onii, tatoueur rémois

    23 novembre 2021
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    Dans un monde en perpétuelle évolution, nous réévaluons constamment ce qui est considéré comme “Art”.  La question se pose alors sur le secteur du tatouage. Peut-on considérer cette pratique comme un art à par entière ? Le tatouage a-t-il sa place avec des pratiques privilégiées telles que la peinture, la sculpture ou encore la photographie ?

    Bonjour Onii, peux-tu te présenter ?

    Bonjour, je m’appelle Rémy, j’ai 26 ans. Je réside actuellement à Reims, mais je suis originaire de Sedan.

    Quel est ton style de tatouage ?

    Si je devais définir mon style en deux mots, je dirais minutieux et délicat.

    © Onii

    En quoi le tatouage est-il un art pour toi ?

    La définition de ce qui fait ou non art a toujours été compliquée à appréhender. À mes yeux, ce qui fait que je considère le tatouage comme un art, c’est surtout que ça fait appel à une certaine sensibilité dans la pratique et dans l’appréciation de cette discipline. Beaucoup de mouvements / styles sont nés de cette dernière, au même titre que dans la peinture, la sculpture…

    Penses-tu que le milieu / l’art du tatouage doit évoluer ?

    Je suis pour une remise en question perpétuelle de nos habitudes et façons de voir les choses, le tatouage en fait partie. Tout est toujours perfectible, alors le milieu du tatouage n’y échappe pas : la société évolue et le tatouage doit suivre cette évolution. Les changements que subit la société impacte directement le tatouage, on voit beaucoup d’artistes mettre un point d’honneur à être plus inclusif par exemple et je trouve ça super.

    Le tatouage peut-il être exposé comme d’autres œuvres d’art ?

    Chaque domaine artistique a ses singularités, en ce qui concerne le tatouage, c’est surtout le support qui est vivant, humain. De ce fait, forcément, on ne peut pas “exposer” un tatouage, mais c’est ce qui fait le charme de la discipline : faire une pièce et la voir partir avec la personne qui la porte… Il nous reste des photos.
    On peut exposer des photos de tatouages ou des tatouages réalisés sur peau synthétique par exemple, même si ce n’est pas pareil.

    Quels sont les éléments qui contribuent à brouiller les frontières entre ce savoir-faire “artisanal” et l’Art avec une majuscule ?

    © nthn.tattoo

    C’est également un questionnement que j’ai eu de savoir si j’étais artiste ou artisan. Ce que je sais pour sûr, c’est que chaque artiste a sa manière de travailler, sa vision de ce qu’est le tatouage : c’est cette liberté qui fait que c’est réellement un art. Que ce soit le processus de réalisation du dessin préparatoire ou du tatouage, c’est pour certains une performance : je pense surtout à @nthn.tattoo qui en a réalisé plusieurs et qui a une démarche intéressante  !

    © Shiro

    D’autres réussissent à lier plusieurs personnes à travers un seul projet de tatouage animé comme @shirotattoo a déjà fait.
    Je pense que ce sont ces démarches artistiques qui font que la frontière est parfois indiscernable entre artisanat et Art avec un grand A. Et en même temps je trouve ça mieux de ne pas chercher à y mettre de frontières.

    Le corps peut-il être un support de l’Art ?

    Même si le tatouage n’existait pas, le corps est indéniablement support de l’Art et certaines œuvres n’existeraient pas sans présence du corps. Rien que dans la mode le corps est support de l’art. Dans la performance artistique de Marina Abramovic “Rhythm 0” le corps est au centre de la démarche, à l’image d’un objet.
    Avec le tatouage, c’est encore plus vrai. On peut même aller plus loin : je pense qu’une relation existe entre l’art et son support (le corps), l’un embellit l’autre. Le corps en tant que support fait exister le tatouage et même d’autres disciplines artistiques.

    Quelles avancées le tatouage fournit-il dans l’Art en général selon toi ?

    De ce que j’ai pu constater, je dirais que le tatouage peut être une porte d’entrée pour le monde infini qu’est l’art. Il éduque parfois à une certaine sensibilité, initie même certaines personnes à d’autres pratiques ensuite, que ce soit pour le.a tatoué.e ou le tatoueur.euse, et élargit ainsi le public et le nombre d’artistes ! Le tatouage a également souffert d’une mauvaise réputation pendant longtemps, mais il est maintenant de plus en plus apprécié par un public plus large. Il peut remettre en question notre vision de certaines pratiques artistiques qui selon les époques sont plus ou moins bien considérées.

    Retrouvez les tatouages de Rémy sur son Instagram.

    Annaëlle Boitelet

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