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Marie Pierre Bouaziz, vitrailliste : “Je prends une feuille, un crayon et l’inspiration part toute seule”

Charlie Egraz 20 avril 2020
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© l'Âme du Vitrail

C’est au coeur de Paris, dans son atelier l’Âme du Vitrail que Marie Pierre joue avec le verre, la lumière et les matières pour créer ou redonner vie à des vitraux tout en respectant et perpétuant un savoir-faire ancestral.

Qu’est ce qui vous a amené à choisir ce métier ?

Au début je pratiquais la mosaïque en loisir. Je cherchais toujours de nouveaux matériaux à utiliser alors je me suis intéressée au verre. Ça a été le départ car j’étais finalement plus attirée par cette matière que par l’activité en elle-même. Je me suis donc inscrite à des cours chez un vitrailliste parisien en 2003 ; de là est née une passion que j’ai poursuivie pour en faire mon métier.

On associe souvent le vitrail aux édifices plutôt religieux , mais une grande partie de votre travail s’axe vers la création pour des particuliers. Avez-vous l’impression que cet art se désacralise ? Pour quelles raisons ?

En effet le vitrail se démocratise de plus en plus et devient tendance dans les appartements parisiens ou bien en province. Il y a plusieurs raisons à ça. La première étant que dans les appartements parisiens il y a beaucoup de fenêtres donnant sur des cours intérieures avec des vis-à vis-disgracieux. Le vitrail permet donc d’occulter cela tout en gardant la lumière. La deuxième raison c’est la touche décorative qu’apporte un vitrail à un intérieur. Aujourd’hui, les particuliers ou les professionnels sont de plus en plus attirés par l’originalité et l’artisanat d’art qui leur permettent d’avoir une pièce personnelle.

© l’Âme du Vitrail

Effectivement, on peut voir au travers de votre instagram que vous explorez plusieurs styles et thèmes très différents ! Comment trouvez-vous l’inspiration ?

J’aime beaucoup l’abstrait et le contemporain. Le contemporain et l’art déco sont les plus demandés, ils sont très tendances dans les appartements de particuliers. Je crée finalement avec ce qui se fait de nos jours. Par exemple, le cannage est à la mode alors pourquoi ne pas jouer avec en l’insérant aux vitraux ?  On a des associations qui peuvent être très chouettes, il y a de multiples possibilités qui s’offrent à nous. Pour ce qui est de l’inspiration c’est assez instinctif. Quand un client vient me voir avec ses idées, je prends une feuille, un crayon et l’inspiration part toute seule. On me fait confiance sur le choix des textures, leurs emplacements, les couleurs etc. J’ai toujours l’occasion de proposer des choses nouvelles au client, qu’il accepte ou pas par la suite mais j’ai ma part de créativité et de liberté artistique c’est certain. 

Vous expliquez sur votre site que vous utilisez la technique traditionnelle du plomb, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste et ce que veut dire « traditionnelle » ?

Alors oui cette technique c’est celle qui était utilisée dès le Moyen Âge que nous continuons de travailler. Les verres sont sertis par du plomb et les soudures aux intersections à l’étain. C’est vraiment la technique que l’on utilise le plus souvent et elle a fait ses preuves !  Les vitraux sont résistants et ils ont une durée de vie plus longue. Ils sont réparables rapidement en cas de casse. Il existe d’autres techniques comme la technique Tiffany mais c’est plus long et donc moins efficace. La technique du plomb permet aussi de faire perdurer un savoir-faire datant du Moyen Âge.

© l’Âme du Vitrail

Lors de vos rénovations de vitraux, vous avez dû croiser des pièces uniques et anciennes, avez-vous un souvenir marquant à nous raconter ?

Fin 2018 j’ai rencontré une dame qui voulait me parler d’un vitrail qui appartenait à son grand-père. Elle avait retiré le vitrail de son meuble d’origine et l’avait conservé dans un carton. L’emballage ne l’avait pas protégé et en voulant le récupérer, elle le retrouva très abîmé. J’ai tout de suite été passionnée par l’histoire de ce vitrail datant du XVIe siècle. Elle a dû ressentir mon émotion alors même que je n’avais pas vu la pièce. Elle est revenue quelques mois après avec le vitrail et j’étais folle de joie de voir cette fabuleuse pièce avec des détails très précis et une peinture très fine. Avant même d’avoir un devis elle me l’a laissé pour que je le restaure. C’est un super souvenir pour moi d’avoir eu la chance de restaurer une pièce de cette époque. A chaque fois que je restaure j’essaie de me mettre à la place de celui qui l’a fabriqué et j’imagine ses conditions de vie, de travail, le climat politique dans lequel il vivait et je compare nos outils puisque nous avons la même technique ! Aussi, j’essaie d’analyser les détails et trouver pourquoi il a fait ça, les significations etc. Mais je ne trouve pas toujours les informations.

Enfin, on va s’intéresser un peu aux cours particuliers de vitraux dans votre atelier, qu’est ce que cela vous apporte ? 

Le partage du savoir-faire ! Je travaille avec des élèves très motivés et passionnés. L’ambiance est super c’est encourageant pour moi d’avoir un lien et un retour. Là, par exemple, nous sommes tous en confinement et pourtant les élèves m’écrivent et me disent qu’ils ont hâte de reprendre les cours. À l’atelier, je ne me prends pas au sérieux, on rigole on prend le thé, le café et on se marre en faisant une activité qui nous tient à cœur.

Retrouvez le compte Instagram très actif de l’Âme du Vitrail ici.

Propos recueillis par Charlie Egraz

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