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Marlboro Bled : entre sculpture et performance par l’artiste Belkacem Gouasmi

3 novembre 2022
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Marlboro Bled, 2022. Résine, métal, tissu. 4m x 1m80 © Belkacem Gouasmi

“Quand on pense Marlboro rouge, on pense à Barbès, au métro, aux cigarettes de contrebande dans leur emballage blanc et rouge. On imagine des cas sociaux interpellant avec insistance les passants. Mais c’est plus que ça, c’est un moyen de survie, un gagne-pain pour des gens qu’on a mis de côté, pour des clandestins, homme, femme, enfant arrivant en France pour la plupart dans de terribles conditions…”

Installation sculpturale, mise en scène d’un personnage représentant un paysage social, celui du quartier de Barbès à Paris dans le XVIIIe arrondissement. L’homme, représenté sous les traits de l’artiste, tire une embarcation sommaire, telle celle utilisée par les migrants clandestins venant de toute l’Afrique. Le radeau de fortune coule. À son bord ne reste plus que les vestiges de ce que ces êtres humains ont été. Vêtements. Eau. Doudou… L’homme tirant à bout de bras la barque ; seul réchappé de ce périple à la fois unique à son échelle individuelle et également d’une banalité sans nom dans la globalité ; porte sur ces épaules un sac à dos contenant des cartouches de cigarettes, symbole de sa survie future de l’autre côté. Devant son visage, une nuée de papillon, couleur d’or, se ruant sur lui. L’illusion masquée par le rêve aveuglant. L’œuvre a pour vocation d’être installée de manière clandestine au pied du métro Barbès.

© Belkacem Gouasmi

Le but de cette installation est de récolter les réactions de toutes les personnes concernées dont parle l’œuvre à savoir le trafic clandestin de cigarettes et par extension la migration clandestine du nord de l’Afrique vers l’Europe et tout ce qui en découle, à toutes les strates de ce phénomène. Les vendeurs à la sauvette, les policiers, les passants, les habitants du quartier… Mon œuvre se veut réaliste, elle s’installe dans un lieu de vie et disparaît dans un espace urbain réduit à sa plus anonyme réflexion.

J’ai réalisé cette sculpture au cours de l’année 2021, j’ai effectué un travail de recherche technique afin de pousser au maximum le réalisme de mon personnage sous mes propres traits. Je suis algérien, j’ai eu la possibilité de venir en France afin de poursuivre mes études à l’école des beaux-arts de Bourges. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette chance et c’est pour cela que ce sujet me touche particulièrement. Depuis mon arrivée ici j’ai pu rencontrer beaucoup de personne venant du même pays que moi, ayant atterrit en France via la clandestinité. Ils ont vécu le passage de la Méditerranée en bateau. Les conditions. La peur. Le déracinement.

Après un an de préparation, de réflexion, de réalisation, de contraintes techniques et financières, le 13 juillet 2022, la sculpture Marlboro Bled sort enfin dans la rue, échappe à son architecte et retrouve sa place initiale, le lieu où tout a démarré.
La rue, c’est de là qu’est venu l’idée, le motif de la réalisation. Parler de ces personnes, migrants clandestins dans un pays indifférent à cet acte de désespoir que représente la traversée clandestine de la Méditerranée. La sculpture, un homme, représenté sous les traits de l’artiste, tire une embarcation sommaire, comme celles utilisées par les migrants clandestins venant de toute l’Afrique.

© @riles_tou

Ce 13 juillet 2022, l’artiste, Belkacem Gouasmi, se décide à installer l’œuvre au pied
du métro Barbès. La mise en place est rapide car non officielle, le but étant de
conserver l’idée de clandestinité. Il est 11h quand la sculpture sort du camion, se
monte en quelques minutes et que l’artiste s’en éloigne avec pudeur afin de la livrer
aux passants du quartier Barbès. Une caméra se trouve à proximité afin de capter
les réactions des personnes qui croisent sa route.

Les premiers observateurs se font timides voir inattentifs. Ils observent de loin, s’arrêtent sans réellement s’arrêter. N’osent pas s’approcher. Puis arrivent les plus téméraires, qui s’arrêtent à distance, observent, tentent de toucher la sculpture, cherchent du regard, s’interrogent silencieusement. Enfin il y a eu ceux avec qui le dialogue s’installe. D’abord entre eux, puis avec les amis de l’artiste, présents aux alentours de l’installation, puis parfois avec l’artiste lui-même. La première réflexion, et celle qui revient le plus souvent, est celle du réalisme de la sculpture. La plupart des gens se demandent si c’est une vrai personne, certains la touchent pour vérifier, demandent. Un homme a même surpris en déposant des pièces dans le bateau. L’artiste, qui a prêté ses traits à la sculpture, est frappé car à force d’avoir vu la sculpture évoluer sous ses yeux tout au long de son élaboration, il en a oublié le réalisme.

© @cebos_picsandlove

Ensuite arrive des discours différents, il y a ceux à qui il faut expliquer la sculpture et il y a ceux, plus nombreux qui captent directement le sens, le raisonnement. Ils sont pour la plupart impressionnés, touchés, voire en colère car beaucoup ont connu ça ou ont observé ça. Certains s’engagent sur la voix politique, d’autre tout simplement sur la voie humaine. Certains, plus rares, témoignent. Et c’est eux, ce sont ces personnes, que l’artiste veut toucher, atteindre, apercevoir en train d’observer. Car le constat de Belkacem est simple : les acteurs de cette forme de migration sont pour la plupart indifférents à leur propre tragédie, ils la banalisent malgré le fait qu’ils soient tous passés près de la mort. Un homme néanmoins témoigne : “C’est triste franchement c’est triste, surtout pour quelqu’un qui a déjà essayé ça, moi je sais c’est quoi ça, quand tu mets tes fesses dedans. Tu te jettes pas mon frère, viens tu es le bienvenu, l’Europe elle est pour tout le monde mais ne te jette pas dans cette situation-là, pas dans une barque, pas dans un canot de sauvetage.”

[Source : communiqué de presse]

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