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Michel de Launoit : “Nous voulions mettre ces artistes en avant de manière institutionnelle”

Michel de Launoit, l’un des fondateurs du MIMA à Bruxelles, nous en dit plus sur ce musée atypique qui a ouvert il y a 4 ans. Rencontre avec un acteur de la scène culturelle bruxelloise.

Pourriez-vous nous expliquer le concept et la genèse du projet ?

Le MIMA (Millennium Iconoclast Museum of Art) a vu le jour le 15 avril 2016, il y a tout juste 4 ans. Il est né d’une réflexion que j’avais à l’époque où j’ai créé Akamusic. Lorsque je défendais des rappeurs auprès des radios, ces dernières me signalaient que le rap c’était pour 23h30, sur les radios spécialisées. Et puis, j’étais très proche de la galerie “Alice Gallery Brussels” et j’aimais rencontrer des artistes de street art. Je me rendais compte qu’il y avait un peu le même phénomène que j’avais vécu dans la musique. C’est-à-dire qu’il y avait un monde qui snobait ces artistes et qui les considérait comme des graffeurs de rue et ne les accueillait pas dans leurs institutions. De là est partie l’idée de mettre en avant ces artistes de manière institutionnelle. Le MIMA est né de cette réflexion et nous sommes assez fiers de dire qu’on est le premier musée au monde à institutionnaliser ces artistes. Le street art est l’un de nos chemins mais ce n’est pas l’unique.

Lorsque vous parlez du MIMA, vous utilisez régulièrement le terme “culture 2.0”, que signifie-t-il selon vous ?

C’est l’idée que ces artistes se sont développés par eux-mêmes. Le 2.0 c’est à la fois des artistes qui ont utilisé les moyens technologiques de diffusion, qui ont un mouvement dont le street art fait parti et qui ont une indépendance très forte dans leur manière de communiquer et de gérer leur carrière.

Est-ce que vous avez le sentiment que ce genre d’institution manquait au paysage culturel mondial ?

Oui. Sans nous jeter des fleurs, c’est une réalité, on a été le premier musée de ce type là au monde. Ont suivi rapidement Berlin, puis New York et maintenant Paris avec notamment l’artiste Swoon, présente dans l’une de leurs premières expositions. Artiste qui, deux ans auparavant, était chez nous pour inaugurer le MIMA. Aujourd’hui, le MIMA est reconnu comme l’une des références mondiales, si ce n’est celle qui a généré la naissance institutionnelle de ce mouvement.

Avant la fermeture du musée pour des raisons sanitaires liées au covid-19, l’exposition temporaire “Zoo” était présentée. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Zoo c’est une exposition qui invite 11 artistes à parler de l’anthropomorphisme : donner des caractères humains à l’animal et donner à l’homme des caractères d’animaux. D’où le nom Zoo. Le but était donc d’aborder cet art qui est millénaire, de voir comment ce monde d’artistes 2.0 abordait cette forme de contrainte artistique. L’idée ici, c’est vraiment d’avoir à la fois quelque chose qui permet aux gens de retrouver ce monde de l’anthropomorphisme à travers l’art et également quelque chose d’assez ludique.

Où en êtes-vous après 4 ans ?

Nous en sommes au 8e chapitre. Nous avons notamment eu une exposition solo de Boris Tellegen, A Friendly Takeover, qui raconte son parcours de sa plus tendre enfance à aujourd’hui dans les musées. On a fait Obsessions qui est l’ouverture et le questionnement sur la normalité. Et finalement est-ce que la normalité ce n’est pas que nous sommes tous différents ? Conclusion à laquelle nous sommes arrivés. On a également fait un détour par la désobéissance civique avec Get up, Stand up, c’est-à-dire aborder comment la rue était utilisée par des artistes lors de mouvements contestataires comme mai 68 ou la libération des femmes. Dans ce cas, les artistes étaient inconnus mais nous trouvions cela pertinent car ce sont des artistes qui ont utilisé la rue comme terrain de jeu.

© Pablo Dalas

Pourriez-vous nous expliquer comment vous procédez pour mettre en place les expositions ?

Dans le cas de Zoo, des artistes avaient des œuvres inhérentes à l’anthropomorphisme et d’autres ont réfléchi en fonction de la thématique. Ce n’est pas noir ou blanc, toutes nos expositions sont des constructions entre le curateur et l’artiste. Par exemple, City Lights, la première exposition, a fonctionné avec le contact de Maya Hayuk, qui a fait le lien avec d’autres artistes New-Yorkais. C’est toujours une relation, un dialogue très proche entre le curateur et les artistes.

Qu’avez-vous mis en place pour rester en contact avec vos visiteurs en cette période particulière ?

Sur un plan économique : un crowdfunding pour permettre à nos visiteurs de préacheter des places pour, d’une part nous aider au niveau de la trésorerie, et d’autre part montrer leur soutien au MIMA. On a vendu plus ou moins 750 places grâce à ce crowdfunding, qui pourront être utilisées dans l’année à venir. Une fois l’objectif atteint, 50% des bénéfices ont été reversés au CHU Saint-Pierre pour aider l’hôpital et ceux qui sont en première ligne de ce combat contre le virus. Sur le plan artistique, nous avons mis en place, via nos réseaux sociaux, un voyage dans le temps où l’on représente nos expositions une à une, via des photos et des visites virtuelles.

Plus d’informations sur le site et le Facebook du MIMA.

Propos recueillis par Juliette Dutranoix

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