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Rencontre avec Florence Moll, agent de photographes et co-fondatrice des Filles de la Photo

© Florence Moll

L’association “Les Filles de la Photo” lance sa toute première édition du programme de mentorat dédié aux femmes photographes. Nous sommes allés à la rencontre de Florence Moll, co-fondatrice de l’association et directrice de FMA le Bureau, une agence représentant des talents créatifs de l’image pour faire le lien avec les marques. 

Pouvez-vous nous retracer votre parcours et nous expliquer ce qui vous a menée dans ce domaine de la photographie ?

C’est avant tout une passion, depuis très jeune, je suis allée étudier la photographie au Brésil, à la faculté de Rio, après mon baccalauréat. J’ai ensuite assisté en tant que studio manager, un photographe anglais de beauté pendant 3 ans. Je l’accompagnais sur les commandes publicitaires, la production éditoriale et ses projets personnels. Cela m’a amenée à travailler en France et à l’international.

Assez rapidement vers 28-29 ans, j’ai voulu monter mon agence. C’était une époque où la commande était certainement plus intéressante que maintenant, c’était sûrement plus ouvert, avec moins de contraintes dans les briefs. Cela m’a beaucoup intéressée de faire des rencontres et les provoquer pour que naissent de beaux projets afin d’accompagner des photographes à faire carrière et développer leur activité. L’agence FMA Le Bureau, a ensuite grandit progressivement, avec des incertitudes, comme tout projet qui démarre au tout début. Cela a confirmé le fait que j’aime toujours repérer des talents. Je pourrais dire qu’aujourd’hui nous sommes beaucoup plus coach de ces photographes qu’avant.

Qu’est-ce que ça signifie d’être agent de photographes ? Comment travaille-t-on avec ces créatifs ?

Nous sommes cinq personnes à l’agence qui les accompagnons. L’idée est de les soutenir dans leurs aspirations les plus profondes, et essayer d’identifier leurs meilleurs potentiels. Ils commencent souvent à tout vouloir explorer, car c’est un métier de curiosité, tout photographier, et c’est normal. C’est rare de trouver des talents qui ont une égale force dans tous les domaines (reportage, mode, beauté, nature morte…). Et il y a cette idée assez présente que si l’on répond à des commandes, on risque de “vendre son âme au diable”, ce qui n’est pas vrai, et permet aussi d’effectuer des projets personnels qui nous tiennent à cœur… 

© Denis Boulze

L’objectif est de trouver des commandes qui leurs collent le plus à la peau, à leur identité. C’est un long chemin, qui leur demande de rester attentif et faire des propositions nouvelles en permanence. 

Les projets fonctionnent sous forme de consultations, les commandes sont réellement très diverses. Soit des agences de communications nous consultent, ou bien des acheteurs d’art nous contactent pour solliciter des photographes bien précis. Notre travail va être de constituer un portfolio avec des images fortes et sans compromis qui vont donner envie. Un bureau d’agent va alors s’assurer que le photographe soit bien entouré dans la production des projets. 

© Alice Quaresma

Nous avons en face de nous des consultations pour des projets avec déjà des directions bien précises et une identité photographique, et nous y répondons. De plus en plus de marques en direct viennent à nous, avec plus de marge de liberté, ils sont plus consultatifs.

https://www.instagram.com/fma_lebureau/?hl=fr

Comment restez-vous à l’affût des jeunes artistes émergents ?

On pense tout de suite à Instagram, qui est un vecteur incroyable, les festivals aussi. J’apprécie beaucoup le festival Unseen à Amsterdam, qui a lieu début septembre et est assez nourrissant et audacieux, avec de jeunes galeries, et des artistes avec des équations intéressantes en création. 

Au bureau nous échangeons aussi beaucoup, tout le monde est en alerte et des photographes viennent aussi bien sûr vers nous. J’ai aussi de nombreuses demandes de photographes qui au delà d’éventuellement entrer dans l’agence, demandent à être conseillés quant à leur travail. C’est une forme de coaching qui se développe pour aider ces métiers qui conduisent à être assez solitaires.

Vous avez lancé l’association “Les Filles de la photo” en 2017 qui a pour but de rassembler différents métiers et de transmettre les expériences de chacune, quelles sont ses activités et quels sont ses buts ?

Elle a été fondée par trois passionnées de photographie agissant dans des univers complémentaires, Marion Hislen – désormais Déléguée à la photographie au Ministère de la Culture -, Chantal Nedjib et moi-même. C’est d’abord un réseau professionnel, favorisant la connaissance des 25 métiers présents, que l’on ne cerne pas forcément toujours très bien. 

Nous avons des actions telles que des conférences, qui ont commencé au Festival Circulation(s), “Un photographe, des métiers” pour montrer que derrière une carrière photographique, il y a différents métiers et compétences nécessaires, qui ne travaillent pas forcément ensemble d’ailleurs. 

Observatoire de la mixité

Ces actions répondent à l’observatoire de la mixité en partenariat avec les Rencontres d’Arles, pour soutenir les femmes photographes. Nous avons aussi construit un manifeste contre l’uberisation de la photographie.

Il faut savoir que le groupe des Filles de la photo s’est fédéré en grande partie en nous demandant de ne pas nous orienter vers un féminisme revendicateur, mais dans une forme d’inclusivité dans les réponses apportées, également destinées aux hommes photographes. 

Vous avez un système d’adhérents, comment cela fonctionne ?

C’est une adhésion à l’année (de 50 €) qui permet de bénéficier du réseau, des rencontres, des laboratoires où l’on met en commun nos projets. Nous sommes bien organisés et très actifs, étant répartis par pôles. Nous comptons aujourd’hui autour de 180 adhérents. 

Vous lancez la première édition d’un programme de mentorat dédié aux femmes photographes, pouvez-vous nous expliquer cette initiative et ses prémisses ?

Oui, ça vient de l’observatoire que nous avons dirigé et de ses trois conclusions qui permettaient d’avancer des explications sur l’effacement des femmes photographes au cours de leur carrière alors qu’elles sont en majorité dans les écoles, soit 63% des effectifs.

Il y a d’abord eu la question de la confiance en soi, liée à la question “où sont les femmes avant toute sélection ?”, du côté des candidatures. Puis le sujet de la parentalité a été avancée par les femmes photographes comme étant un frein pour développer leur activité, et enfin la thématique de la transparence dans les dossiers de candidatures est apparue.

Cette initiative est alors une réponse à cette quête de confiance en soi, pour laquelle nous avons monté deux actions, les têtes à têtes des “Filles de la photo” et le marrainage de 10 professionnelles “Filles de la photo”, représentantes des divers métiers de la photographie, qui vont sélectionner et accompagner 5 photographes pendant 10 mois sur la base d’un projet inédit pour qu’il prenne vie et prenne sa place dans les différentes interfaces possibles (livre, exposition…). Une restitution sera effectuée aux prochaines Rencontres de la Photographie à Arles, en 2021.

Quelles sont les conditions pour y participer ? 

L’appel à projet sera accessible jusqu’au 19 juillet 2020 à minuit sur le site des Filles de la Photo.

Il est ouvert à toutes les femmes photographes professionnelles basées en France, souhaitant être accompagnées sur un projet en cours et leur parcours, sans limite d’âge, ce qui nous importait aussi beaucoup, car beaucoup de femmes en ont besoin. 

Le mentorat des Filles de la Photo comprend :

– Un accompagnement personnalisé gratuit du projet artistique ou professionnel
– Le suivi régulier par un binôme de marraines pendant 10 mois
– La mise en relation avec des professionnels
– Une visibilité auprès des professionnels du marché de l’art et de la commande
– Une soirée de restitution aux Rencontres d’Arles en clôture du programme de mentorat.

A qui avez-vous fait appel pour marrainer les finalistes ?

Au sein de notre réseau, nous avons lancé un appel à candidatures, auquel très spontanément plusieurs personnes ont répondu, qui sont très complémentaires. L’avantage de l’associatif est aussi de pouvoir faire les choses d’une autre manière, de grandir ensemble avec un plaisir à partager et mettre en commun. 

Voici les marraines de cette première édition :

L’annonce et la présentation des 5 lauréates aura lieu le 16 septembre 2020 !

Interview réalisée par Mona Dortindeguey

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