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    Sébastien Preschoux : « Je veux jouer avec les yeux du spectateur »

    10 novembre 2016
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    DavidBlochGallery SebastienPreschoux copie

    Sébastien Preschoux : « Je veux jouer avec mes yeux et ceux du spectateur »

    La pratique de Sébastien Preschoux oscille entre peinture et installation, créant la confusion chez le spectateur par la production manuelle d’éléments géométriques au rendu troublant.
    Rencontre avec cet artiste multi-talents.

    Comment as-tu débuté ?

    Le système scolaire n’encourageait pas les vocations manuelles, alors j’ai suivi « les conseils » d’orientation de mes professeurs, je voulais me servir de mes mains et on m’a dit de me servir de ma tête. Après un passage par la Fac, le design de mobilier, le graphisme et d’autres boulots, j’ai décidé d’utiliser mes mains, et me suis donc mis à dessiner sérieusement. Dès le départ j’avais cette fascination pour l’art optique, d’apparence ludique, mais tellement hypnotisant lorsqu’il est bien fait. Les œuvres peuvent se regarder dans tous les sens, certaines n’existent que si le spectateur est aussi acteur. L’idée est vraiment de jouer avec les yeux. J’ai donc débuté chez moi à produire des dessins tous les jours, le défi était d’en produire 100 en une année, dans le but de tester et d’expérimenter (formes, couleurs, matériaux, techniques…) une véritable auto-formation. L’autodidactie est une vraie qualité selon moi, la sensibilité ne s’enseigne pas à l’école.

    PORTRAIT-SEB LW-1

    Quel est le cœur de ta démarche artistique ?

    « La récompense du curieux » est une phrase qui m’accompagne depuis que je suis petit. Mes parents m’ont éduqué dans ce sens et à chaque fois cette phrase génère chez moi du positif… Sur cette base j’ai établi mes premières productions, il faut tester, essayer, se planter et recommencer, d’où l’année des cent dessins, et maintenant seuls ceux qui s’attardent sur mes dessins et peintures peuvent percevoir les stigmates du passage de la main humaine, les autres peuvent penser qu’il s’agit d’une impression. L’idée est de créer cette interrogation chez le spectateur : « production manuelle ou digitale ? ». Mais surtout mon travail est manuel, je veux pouvoir voyager les mains dans les poches et pouvoir travailler n’importe où, c’est la vraie liberté. Enfin je veux jouer avec mes yeux et ceux du spectateur… conserver cette part légère et ludique de l’art.

    SebastienPreschoux AvalonDans ton travail tu as cette pratique de peinture mais également d’installation. Comment envisages-tu les relations entre les deux dans ton processus de création?

    Mon travail est basé sur la ligne, soit elle est courbe, soit elle est droite. J’ai besoin de ces deux pratiques, l’une est très contenue, dans la précision et la minutie, elle se pratique dans le calme et la concentration, l’autre est beaucoup plus récréative, plus physique et plus impressionnante également. En plus, je ne recherche pas les mêmes choses dans les deux pratiques, elles sont complémentaires mais dissociables. Les peintures et dessins forcent la dextérité, les installations forcent le défi personnel, dans les deux cas j’apprends des deux.

    Le plus gros challenge que tu as eu à affronter ?

    Le premier a été la légitimité, la France est la championne des cases, tel diplôme donne telle case et on ne touche à rien, les autodidactes doivent se battre deux fois plus que les autres. Le deuxième est l’autogestion, gérer le temps, les moments de creux, le stress, les doutes. Nerveusement ce n’est pas simple. Tu n’es responsable que de toi, tu es totalement responsable de ce que tu fais, tu n’engages que toi, si demain tu arrêtes de produire, tout s’arrête. 
    Autrement, chaque exposition solo est un challenge, tu remets ton titre en jeu … Il faut accepter de suivre son instinct pour produire, il faut être force de proposition, surprendre, avancer.

    SebastienPreschoux Installation AudiR8 01

    Plus une vocation qu’une profession ?

    Pour moi, les deux ! Vocation car j’ai toujours voulu travailler de mes mains, et c’est maintenant ma profession. J’ai cette chance d’avoir une liberté totale et absolue. Cette liberté est parfois vertigineuse, mais ça fait partie du jeu

    Qu’est ce que pour toi un projet réussi ?
    Si j’ai appris quelque chose. Une fois que j’ai fini une pièce, qu’elle soit une installation ou une peinture, est ce que j’en sors grandi ? Est ce que j’ai appris quelque chose de plus sur la technique, sur moi ?… si c’est le cas c’est réussi. Si j’ai l’impression d’avoir refait la même chose ce n’est pas un échec mais c’est du temps de perdu.

    Tu travailles souvent in situ, quelle importance accordes-tu à la démarche contextuelle ?

    Elle est fondamentale. C’est pour ça que c’est compliqué pour moi de planifier une installation car c’est le lieu qui va me dicter l’installation. C’est tout un ensemble de choses ; ma condition physique, la lumière, le temps que j’ai pour la faire, les matériaux choisis. C’est une rencontre entre un lieu et un bonhomme à un moment donné. Je ne peux pas produire une installation si elle est trop planifiée, elle perd de son âme. Je suis obligé de me surprendre.

    SebastienPreschoux Installation Bridge

    Tu m’avais dit un jour qu’il était important pour toi que le public puisse toucher l’installation pour mieux l’appréhender. Pourquoi ?

    Il y a quelque chose d’antinomique pour moi si une installation est faite avec les mains, pourquoi on ne peut pas l’appréhender avec les mains ? On enlève une part de sensoriel sur un élément qui en est chargé. 

    L’art a t-il selon toi une part de rôle social ?

    OUI. C’est la première forme de résistance d’un peuple lorsqu’il est muselé. Plus tu musèles un peuple, plus l’art est fort et nécessaire, donc oui ! Je pourrais développer pendant des heures mais oui, c’est un vrai acte de résistance. Il y a tant à dire sur ce sujet… 

    Quelles sont les personnes qui ont marquées ta carrière, ton parcours ?

    Il y a une dizaine de personnes qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, mais le premier a été mon papa, ses mains ont été un exemple de dextérité. Puis Arturo, cette rencontre m’a poussée à vivre mes rêves en me demandant sans cesse de transformer le conditionnel en présent, voir en impératif, ce fut la première rencontre décisive. Ensuite il y a eu Alëxone, ses conseils et avis non complaisants sont toujours justes, tant artistiques qu’humain. Et c’est Alex qui m’a indirectement permis de rencontrer David Bloch (mon galeriste), cet homme est devenu un vrai pilier dans mon parcours professionnel mais aussi humain, ses qualités et valeurs me sont précieuses. Ces 4 personnes m’ont permis de croire en moi. Ils m’ont offert une légitimité.

    SebastienPreschoux Star5Quel est ton rêve en tant qu’artiste ?

    Avoir l’énergie et l’inspiration nécessaires pour pouvoir produire jusqu’à la fin de mes jours. Ne jamais quitter cette vie que je me suis offerte. Prochain challenge ? Jouer encore plus avec les yeux du spectateur. Faire des installations beaucoup plus immersives. Que les gens perdent leurs notions et leurs repères. Prochain projet ? Une exposition solo chez David Bloch au Maroc. Le défi est grand, on a beaucoup d’idées. C’est ma 4ème exposition solo chez lui, on a envie de se faire plaisir, de voir les chosesen grand.

    Un livre ou un film à nous recommander ?

    J’ai relu le Petit Prince à ma fille récemment, c’est bon de se remettre ces mots dans la tête. C’est tellement juste. En film, The Taste of Tea, c’est cathartique, tu ris autant que tu pleures.
      

    Merci Sébastien !

    Pour en savoir plus :
    www.sebastienpreschoux.com
    Instagram : @sebastien_preschoux

    Marie Monclus, pour Thinkers & Doers

    www.thinkers-doers.com

    contact@thinkers-doers.com

    Logo TD

    [Visuels : © Sebastien Preschoux]

       
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