Serge Poliakoff – musée Maillol
Comprendre une œuvre. C’est le défi permanent de l’art abstrait dans sa globalité et de celui de Serge Poliakoff (1900-1969) en particulier. Comment analyser, assimiler en soi, un travail de subjectivité avérée ? Livré à lui-même dans la salle claire et quasi-aseptique du musée Maillol, le spectateur entame le dialogue, cherche, tourne, retourne, imagine…
Idéalement mis en valeur, les tableaux affichent intuitivement la dynamique de leur espace. Les formes, imbrications colorées, tantôt droites, tantôt arrondies, égrènent rapidement les charmes de leur apparence décorative, au profit d’une signification latente. La force originelle de Serge Poliakoff : sa géométrie. L’agencement pictural, par sa cohésion, sa fluidité cadencée, assure l’unité de l’ouvrage achevé. La construction artistique se nourrit ainsi de l’addition des parcelles – distinctes mais indissociables – au service de l’ensemble, du « tout indivisible». Ces découpages nuancés se confondent parfois, se superposent, ils creusent, cherchent leur place, imposent leur existence. Cette mouvance, ce double impact de représentativité (géométrie avec la couleur mais aussi coloris entre eux) engage l’énergie de l’œuvre et entraîne le regard vers le cheminement sinueux et voluptueux de la vibration de la matière.
Parrainage de Kandinsky
Serge Poliakoff quitte définitivement la Russie et Moscou pour s’installer à Paris en 1923. Jusqu’à la rencontre majeure, en 1937, avec Vassily Kandinsky. Le premier à déceler les qualités du jeune peintre moscovite : « Pour l’avenir, je mise sur Poliakoff ». A ce parrainage d’un compatriote de marque, s’ajoute la compagnie de Sonia et Robert Delaunay. Alors, au contact de ces contemporains, Serge Poliakoff singularise progressivement son modus operandi. Il préserve par exemple ses toiles des teintes industrielles, broyant lui-même ses pigments et diluant les poudres à sa façon.
En conséquence, l’amplitude chromatique assiste manifestement l’architecture des tableaux. Dans un schéma qui revient régulièrement, les tons parfois pâles, presque atones, n’ont de cesse d’émerger à l’approche de la structure centrale. Dont le cœur, bicéphale et bicolore, par sa richesse et sa puissance visuelle, semble irriguer la périphérie de l’œuvre qui le soutient. Maître de ces élaborations délicates, le peintre, également joueur de guitare, parvient à faire vibrer les cordes de la sensibilité visuelle et fascine par une certaine diffusion du « Beau ».
La grande place accordée à Serge Poliakoff au Musée Maillol permet d’exprimer l’étendue de la palette d’un des grands noms de l’abstraction. C’est par ailleurs le genre d’exposition infinie, intemporelle, où le visiteur, contemplatif, se perd dans les méandres de la pensée.
Cyril Masurel
Serge Poliakoff – Le parcours d’une collectionneuse
Jusqu’au 31 janvier 2010
Du mercredi au lundi, de 11h à 18h (fermé les mardis et jours fériés)
Plein tarif : 8 € // tarif réduit : 6 €
Musée Maillol
61, rue de Grenelle
75007 Paris
M° Rue du bac
[Visuel : photographie de fredpanassac – Frédérique Panassac, 6 décembre 2007. http://www.flickr.com/photos/10699036@N08/2101242850/ Licence Creative Commons]
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