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YZ – interview

14 août 2013
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YZ

L’idée de racines est essentielle dans votre travail… Et vous, d’où venez-vous ?

J’ai eu une enfance très itinérante… Puis j’ai commencé par la vidéo et le documentaire. Déjà, c’était le portrait qui m’intéressait. On organisait des soirées au Batofar, avec un groupe d’amis, et c’est dans ce cadre que j’ai fait mon premier mur, légal, avec un collage. Puis la démarche s’est précisée au fur et à mesure. Je me suis beaucoup demandé comment investir la rue. Je voulais prendre en compte son aspect géographique, essayer de raconter une histoire et de m’approprier la ville. En 2003, j’ai fait la série, « Open your eyes », un visage noir et blanc énigmatique peint au pochoir dans les rues de Paris, lorsque ces pochoirs étaient reliés ils représentaient le visage. Une façon d’appeler à ouvrir les yeux, à aller au-delà de ce qu’on voit.

Au fil du temps, vous êtes passé de cette approche assez graphique à des lavis sophistiqués…

Cela a été le fruit de mon évolution technique, de découvertes et rencontres. J’ai fini par m’engager vraiment dans la peinture, et j’avais besoin d’aller au-delà de l’aspect graphique. Donc de raconter des histoires, comme je le faisais dans mes documentaires. J’avais envie de m’intéresser à un habitat et à ceux qui vivaient là, d’essayer de comprendre et de réinterpréter ces lieux et la vision que j’en avais. J’ai trouvé mon style personnel avec le lavis, que je travaille du plus foncé au plus clair (généralement, c’est l’inverse). J’ai toujours travaillé avec du noir, au rouleau puis à l’acrylique. Mais au fil du temps, j’ai eu envie de travailler avec des matériaux nobles, de qualité, qui ne sont pas ce qu’on attend de la rue. Je travaille avec des encres de chine très noires, très denses. Chacun de mes projets dans la rue s’accompagne systématiquement d’un travail en atelier.


Avec le projet « Back to the roots », vous avez fait un voyage en Guadeloupe, sur les traces de votre grand-père…

YZ - BAINS DOUCHESOui, je ne l’ai jamais connu, il est mort l’année de ma naissance. Ma mère est anglaise. Pour moi, il est important de savoir d’où on vient pour avancer. J’avais un besoin de recherche identitaire. Je suis allée voir la bicoque de mon grand-père – quatre murs avec très peu de choses. C’était un retour aux sources. Et pour moi, un prétexte pour rencontrer des gens de la génération de mon grand-père, savoir quelle avait pu être son histoire et comment me l’approprier. Moi qui suis blonde, blanche, rien dans mon physique ne dit cette histoire… Mais à l’intérieur de moi, c’est très fort. J’ai affiché une série de portraits dans la ville de mon grand-père, sur des cases traditionnelles. A travers l’habitat, je voulais parler de la Guadeloupe.

Vous avez aussi beaucoup réfléchi sur la féminité…

Quand je lis l’histoire des femmes du siècle dernier, je suis toujours très admiratives. Elles m’inspirent. Aujourd’hui, les femmes ont beaucoup plus de liberté pour s’exprimer. Mais à l’époque, ne serait-ce qu’écrire un livre était assez compliqué. Dans le projet « Woman from Another Century », j’ai utilisé des images de nus anciennes – on avait du corps de la femme une image beaucoup moins uniformisé qu’aujourd’hui. C’est une façon de leur rendre hommage.

Comment avez-vous participé à l’aventure de la résidence aux Bains ?

Magda Danysz, commissaire du projet, m’a contactée au tout début.. Quand je suis arrivée, nous étions quatre ou cinq. J’avais déjà envie de travailler sur une série d’anges, que j’imaginais dans des appartements défraichis, avec de vieilles moulures, de grands plafonds etc. Le lieu était parfait pour ce que j’avais en tête ! J’ai commencé à travailler à partir de photos de sculpture que j’avais réalisé au Cimetière Monumental de Staglieno à Gênes, avec leurs drapés magnifiques. Je suis athée, mais les anges sont une façon de questionner un au-delà, ce qui peut nous accompagner, ces personnages qui sont autour de nous et sur qui on peut compter quand on en a besoin.

Des anges, vous en avez autour de vous ?

Ma mère m’inspire beaucoup. Elle est décédée depuis longtemps, mais elle a eu parcours de céramiste incroyable. Ce n’était pas évident dans les années soixante ou soixante-dix. Tout ce qu’elle a accompli m’accompagne et me donne de la force aujourd’hui. Elle m’a donné une image très positive de la femme.

Introduire le classicisme du trait dans des lieux inattendus, c’est une façon de faire naître une forme d’étrangeté ?

J’aime que le classicisme accompagne une pratique très urbaine. Je suis très attachée à la démarche d’Ernest Pignon Ernest, pour qui le lieu est très important. La poésie, l’émotion très forte des personnages de Giacometti me touchent aussi beaucoup. Ce qui me plaît, c’est de m’imprégner d’un lieu.

Propos recueillis par Sophie Pujas

Pour en (sa)voir plus : yzart.fr

[Visuels : Back to the Roots // Angel @ les bains. Courtesy de l’artiste]

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