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Zegranbabacar : “Mon art est mon langage”

6 janvier 2021
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© Zegranbabacar

Rencontre avec Evan Le Verche, un artiste atypique à retrouver sur Instagram, qui étonne par son talent. Il transmet son message et sa vison du monde à travers son art.

À quel âge as-tu fait tes premiers pas dans le monde de l’art ? 

J’ai commencé l’art très jeune, je n’arriverais pas à donner de date précise. Mais ça a commencé dès que j’ai su tenir un crayon. On dessinait beaucoup en famille car ma grand-mère est artiste-peintre et elle a su me donner le goût du dessin sans jamais me juger, c’était vraiment de super moments.

Comment décrirais-tu ton parcours artistique ? 

J’ai un peu touché à tout. Quand j’étais petit, c’était des choses assez glauques comme des scènes de batailles très sanglantes, des gens torturés, des corps malmenés… Beaucoup de noir et de rouge. Avec du recul, ça paraissait choquant pour un enfant. Après, j’ai dessiné sur mes cahiers d’école au collège. Cela enrageait mes professeurs car je dessinais plus en cours d’histoire qu’en arts plastiques. C’était déjà moins “gore”, plutôt fantastique, avec des monstres et des mondes imaginaires.  J’ai un super souvenir qui est d’avoir créé un monde imaginaire en dessin avec un ami. À chaque recréation, on comparait nos dessins pour voir qui avait le meilleur monde, la meilleure politique, économie, etc. Le lycée a marqué le début de la période psychédélique et de mon véritable décrochage scolaire. Je dessinais ce que je ressentais sur le moment, c’était souvent des yeux et des gens fatigués ou qui criaient de toutes leurs forces. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé mes premiers dessins sur papier, c’était principalement du doodle psychédélique, des formes qui s’imbriquaient les unes dans les autres. Puis, je suis parti de chez moi pour aller en fac de psycho et ma production a explosé même si la qualité n’était pas vraiment présente. C’était une période très sombre et les dessins le représentaient bien. J’ai ensuite commencé une école d’art, j’y ai appris quelques techniques intéressantes, mais surtout une méthodologie. Même si j’ai abandonné la prépa, elle a marqué un tournant dans mon art. Maintenant, je dessine entre 8h et 12h par nuit, quasiment toutes les nuits depuis deux ans, c’est vraiment génial. Depuis un an, je suis passé au digital et ça m’a permis de faire des dessins beaucoup plus colorés, vu que je n’ai jamais trop aimé peindre ni colorier sur papier.

© Zegranbabacar

Dans tes débuts, on retrouve une série de portraits très sombres tels que Smirk, Smile ou encore Monster. Que représentent-ils ? 

C’est assez difficile d’expliquer avec des mots ce que j’ai voulu dire. En fait, j’ai toujours eu du mal à exprimer mes émotions, alors le dessin s’est révélé à moi comme une évidence pour extérioriser tout ce que je ressens. Le dessin est mon langage et si je connaissais un moyen de traduire ces dessins en quelques phrases, alors je ne ressentirais plus le besoin de dessiner. Mais pour répondre à la question, ces dessins étaient une façon d’exprimer la noirceur de mon humeur du moment.

Dans quelques-uns de tes travaux, tu introduis des textes ou des dialogues comme Little bit of Poetry . Pourquoi avoir choisi de passer ton message de cette façon et quel est ce message ?

Je n’ai jamais aimé partager mon art sur Instagram, l’art c’est réel, c’est émotionnel. Instagram c’est froid, carré, distant et impersonnel. Malheureusement, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour partager ce que je fais avec le monde. C’était l’époque où je craignais que personne ne comprenne mes messages alors j’y suis allé comme un bourrin. J’ai directement écrit le message sur le dessin. Au final, cette période n’a pas duré longtemps. Je n’avais pas plus de retours positifs que d’habitude. De plus, je préfère quand c’est libre d’interprétation. Je ne vais pas non plus vous mâcher le travail !

© Zegranbabacar

On remarque énormément de changements tout au long de ton parcours artistique. Tu passes très souvent du “dark” à l’explosion de couleurs. Cela représenterait-il les différents émotions ou états d’âmes que tu traverses ?

Oui on peut dire ça, j’oscille entre exprimer une profonde noirceur et une joie intense. Quand je suis joyeux je produis des choses colorées, j’essaie de retranscrire ce que je ressens. À l’inverse, quand je suis mal, ça va être beaucoup plus sombre et violent. Mon art est bipolaire, c’est une production maniaco-dépressive.

Tu représentes de nombreux artistes du secteur de la musique. Pourquoi ? 

Pour deux raisons, dont une qui est beaucoup moins noble que l’autre. Pour commencer par le positif, je dessine les gens qui me font vivre de belles émotions. Je dessine donc beaucoup d’artistes qui me font me sentir heureux sur le moment, avec leur paroles et leurs beats. Mais le côté plus honteux, c’est que ça m’arrive de faire ça pour me faire remarquer et trouver du boulot.

Dans tes dernières œuvres, qui traitent de faits sociétaux, on ressent un  engagement sincère. D’où te vient la nécessité d’exposer cette vision du monde aux yeux de tous ?

Ça fait des mois que je me forme à la politique et à l’économie française. Ce n’est pas vraiment beau à voir. Alors j’exprime mon ressenti face à de telles injustices. On vit dans un monde de fous, très complexe, et j’ai besoin d’exprimer mon sentiment de révolte face à toutes ces “incivilités”, comme le dirait Darmanin.

© Zegranbabacar

Pourquoi as-tu fait le choix de traiter l’autoportrait ? 

L’autoportrait revient chez beaucoup d’artistes. Quand j’ai commencé à dessiner, c’était presque tout le temps mon visage car c’était les traits que je connaissais le mieux. Je n’avais pas encore non plus la subtilité d’exprimer mes émotions avec un autre sujet que moi-même, c’était un peu balourd et je pense avoir fait le tour du sujet. Mais je crois qu’aujourd’hui encore, 90% de mes créations sont des formes d’autoportraits. C’est juste que ce ne sont plus des autoportraits de mon visage comme au début mais de mon âme.

Tes œuvres représentent à la fois le corps et l’âme. Quel est le rapport entre les deux selon toi ?

L’un ne va pas sans l’autre, c’est plus facile de représenter une âme avec un corps. C’est ce que les humains voient au quotidien. Mais avec le temps, j’aimerais bien me détacher de plus en plus du corps pour représenter uniquement l’âme et des émotions brutes.

© Zegranbabacar

Tu tournes énormément ton art vers un univers psychédélique, “gore”. Qu’est-ce qui stimule cet intérêt pour cette représentation du monde ?

Ça revient à la question d’avant : le corps et l’âme, la chair et l’esprit. Après, je ne vois pas trop mon art comme gore, je dirais plus “humain”. Je représente l’humain sous toutes ses formes…

Qu’est-ce qui t’inspire dans ton art ?

Question très difficile… Rien et tout, je fais ça pour m’occuper avant tout, pour m’exprimer et éviter d’imploser. Une motivation que j’ai tous les jours, c’est de faire mieux qu’hier.  Une fois un dessin fini je ne le regarde plus jamais, à part pour analyser la technique que j’ai utilisée. Donc on pourrait dire que mon art m’inspire à m’améliorer dans ce domaine.

 

Plus d’infos sur le compte Instagram de Zegranbabacar.

Propos recueillis par Karine Laubouet

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