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10 réalisatrices qui ont brillé en 2017

Lucile Bellan 11 décembre 2017
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Comme en chaque fin d’année, il est temps de faire le bilan. La rédaction d’Artistik Rezo a décidé de rendre hommage à dix réalisatrices de cinéma qui ont su se faire remarquer en 2017 par la qualité de leurs oeuvres,
dans un monde où les hommes sont de loin les plus nombreux. Retour sur l’année écoulée en dix femmes et dix films.

 

 

Anna Rose Holmer (The Fits)
C’est l’histoire d’une petite fille de 11 ans qui décide de passer de la boxe à la danse. Ce qui aurait pu n’être que le récit initiatique de l’évolution d’une jeune sportive ne tarde pas à se muer en cauchemar cotonneux : autour de la jeune Toni, les danseuses sont tour à tour prises par des crises ressemblant à de l’épilepsie. Ou à une sorte de transe. The Fits est un film de genre très doux, visuellement parfait, qui intrigue et sidère de la première à la dernière image.

 

 

Rachida Brakni (De sas en sas)
Quasiment que des personnages féminins dans ce presque huis clos qui voit une poignée de femmes tenter de rendre visite à des taulards de Fleury-Mérogis, qu’ils soient des maris, des fils ou des frères. Pour son premier film, Rachida Brakni utilise à merveille l’unité de temps et la canicule de cette journée interminable au coeur de laquelle ces femmes vont se heurter comme chaque semaine à la froideur de l’administration et à la violences des histoires de leurs voisines. Fort.

 

 

Anaïs Volpé (Heis)
Au centre d’un ambitieux projet crossmedia se dresse ce premier long-métrage totalement singulier, qui rappelle la folle liberté d’Agnès Varda sans jamais singer ce glorieux modèle. Heis est une fiction au doux parfum d’autobiographie qui étudie, de façon aussi ludique que littéraire, comment les trentenaires d’aujourd’hui essaient de ne pas passer à côté de leur vie. En tête de cortège, la réalisatrice Anaïs Volpé elle-même, actrice très convaincante parce qu’imprégnée de ces problématiques jamais superficielles, traitées de façon incroyablement fulgurante.

 

 

Amandine Gay (Ouvrir la voix)
Artiste et militante, Amandine Gay a porté sur ses épaules ce projet pendant des années, avant de parvenir à faire exister ce film si convaincant qu’il continue aujourd’hui à faire salle comble dans la majeure partie des salles (françaises, québécoises, européennes) qui l’accueillent. Documentaire sur la condition des femmes noires en 2017, Ouvrir la voix enchaîne les témoignages de façon tout à fait frappante et donne la parole à des héroïnes du quotidien dont on comprend qu’elles sont les représentantes de tant de femmes noires n’ayant jamais pu s’exprimer à leur guise.

 

 

Léonor Serraille (Jeune femme)
Oui, certes, c’est encore un film sur les déboires sentimentaux et existentiels d’une jeune femme paumée dans le Paris d’aujourd’hui. Pourtant, le regard posé par Léonor Serraille sur sa Paula (fabuleuse Laëtitia Dosch) relève du strict jamais-vu. Frappadingue et très grave, le film ressemble à ce qui pourrait se produire dans la tête d’une femme dépressive et mal soignée (voire pas soignée du tout) : c’est une longue succession de hauts et de bas parfois réjouissants et souvent angoissants. Un film montagne russe assez hallucinant.

 

 

Maryam Goormaghtigh (Avant la fin de l’été)
C’est un film de femme dont les trois personnages principaux sont des hommes ; on ne cesse pourtant de ressentir le regard féminin posé par avant la fin de l’été sur ses personnages de jeunes étudiants iraniens venus s’installer en France (et dont l’un souhaite repartir après une expérience amère). Dévirilisés, épurés des clichés liés à la masculinité, les trois héros du film en sont d’autant plus touchants, jusque dans leurs contradictions et autres médiocrités. Un road movie estival qui serre le coeur.

 

 

Anita Rocha da Silveira (Mate-me por favor)
Entre slasher, giallo et teen movie social, ce premier long-métrage d’une jeune réalisatrice brésilienne nous terrasse de part en part. Il y est question de jeunes gens livrés à eux-mêmes, comme dans une version teen des Enfant de Timpelbach revisitée par Wes Craven et David Lynch. Les meurtres sordides se succèdent, et pourtant chacun et chacune semble végéter dans une forme d’inconscience, comme si la bulle construite par leurs parents les empêchait de se soucier de la réalité du monde. Un cauchemar superbement filmé.

 

 

Rungano Nyoni (I am not a witch)
Remarquée pour ses courts-métrages, la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni a été remarquée par la Quinzaine des Réalisateurs 2017 grâce à ce premier film très fort dans lequel une gamine d’une dizaine d’années est convaincue de sorcellerie et attachée par un ruban à une gigantesque bobine afin de ne pas pouvoir disparaître. Absurde, poétique, cruellement drôle, I am not a witch dénonce l’autoritarisme et l’hypocrisie du monde politique, mais appelle aussi les femmes à se serrer les coudes et à se révolter. Un tour de force inattendu.

 

 

Kelly Reichardt (Certaines femmes)
C’est sans doute la plus expérimentée de la liste : après Old joy, Wendy & Lucy ou encore La dernière piste, Kelly Reichardt revient avec un film choral au féminin, dans lequel trois femmes (qui ne se croiseront jamais ou presque) tentent de supporter un quotidien gonflé de mal-être. Pudique mais toujours plein de sens, le cinéma de Reichardt fait encore une fois totalement mouche, et le casting composé de Kristen Stewart, Laura Dern ou encore Michelle Williams est là pour aider à nous en convaincre.

 

 

Lynne Ramsay (A beautiful day)
Presque aussi expérimentée que Kelly Reichardt, la réalisatrice de We need to talk about Kevin signe une odyssée perturbante dans la tête d’un homme atteint de stress post-traumatique qui va tenter de sauver la fille d’un sénateur après la disparition de celle-ci. Ramsay parvient à rendre palpable ce qui se produit dans la tête de cet homme en détresse, qui va pourtant tout tenter pour sauver cette autre âme perdue. Un film aussi violent physiquement que mentalement, et un double prix mérité au dernier festival de Cannes.

 

 

Lucile Bellan

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