Another year – Mike Leigh
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Un printemps maussade ne débouchera pas, forcément, sept mois après, sur un hiver hostile ! C’est tout le “mal” que l’on souhaite au nouvel ouvrage de Mike Leigh, Another year, chronique d’une famille anglaise qui déroule ses joies et ses peines sur quatre saisons. En mai dernier au Festival de Cannes, le jury de Tim Burton n’a rien voulu distinguer de ce beau film apparemment classique (chouchou, incidemment, de quasiment toute la critique). Quel dommage ! Quelle erreur ! Alors qu’il sort en salle ce 22 décembre, il convient de déjouer une fois pour toute cette obscure frilosité.
Obstinément, au fond, à la façon de Mike Leigh qui scrute comme personne, une fois encore, une classe moyenne ballottée entre espoir et découragement, rires et désarroi (cf sa Palme d’or pour le formidable Secrets et mensonges en 1996). Sans jugement, dit-il, mais non sans férocité ce coup-ci… Articulé autour du couple pivot (et heureux) formé par Gerri et Tom, tendre et souriant de prime abord, Another year interroge en effet, bien plus qu’il n’y paraît, deux, trois valeurs-répères de cette classe-là. Le bonheur, d’abord. Dont il révèle sinon les mystères, en tout cas les fragilités. La famille et l’amitié aussi, dont il donne à voir la chaleur mais encore les limites. C’est dire si sous des dehors fluides, paisibles, ce film chahute. Et est chahuté…
Hauts et bas
Le fait est que Mike Leigh prévient dès le prologue, avec l’apparition, fugitive mais dense, d’une femme insomniaque en quête de médicaments (prestation incroyable d’Imelda Staunton). Certes, on ne la reverra pas, mais cette courte séquence donne le ton… Pas de héros dans ce cinéma-là. Ni même de gens forcément sympathiques. Juste un portrait de groupe avec des hauts et des bas. Certains étant plus vulnérables que d’autres… C’est ainsi qu’à travers Mary (impeccable Lesley Manville), amie déprimée, quinqua instable, loquace, coquette, étourdie des bienheureux Tom et Gerri (!), Mike Leigh fait rire, mais bouscule également nombre de certitudes confortables. Elle agace Mary. Puis elle touche. Et surtout elle rend autrement plus complexe la “douceur” de ses grands amis…
Tout le talent de ce film, au fond, c’est ce mouvement perpétuel quoique imperceptible. Mouvement des saisons, bien sûr et donc du temps qui passe : l’enjeu de chacun étant de se confronter, finalement, à la vieillesse. Mais mouvement des personnages aussi : la générosité des uns peut parfois se rétracter méchamment, tandis que la jalousie d’une autre peut se muer en grande sensibilité, etc. Mouvement dans la matière même d’Another year, en fait, qui ne cesse d’osciller entre comédie et tragédie (le chapitre de “l’hiver” distille une gravité et un désarroi profonds). N’en déplaise à Tim Burton – et à son palmarès – c’est du grand cinéma.
Ariane Allard
Another Year
De Mike Leigh
Avec Jim Broadbent, Lesley Manville, Ruth Seen et Peter Wight.
ANOTHER YEAR : BANDE-ANNONCE VOST
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