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    Brüno, il est gay

    26 juillet 2009
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    bruno

     

    Sacha Baron Cohen va encore plus loin dans le grotesque mais avoue la nécessité de revenir à une mise en scène qui ne laisse plus place à l’improvisation. L’effet de surprise n’a plus lieu et c’est peut-être bien Brüno lui-même qu’il tourne le plus au ridicule.


    L’histoire d’un gay autrichien

    Brüno est gay et autrichien. Virer du magazine de mode pour lequel il travaillait : Il trébuche, s’emmitoufle de tissus et apparaît sur scène entouré de plusieurs couches au ton noir. Le public, pas dupe, siffle. Il saccage donc le défilé. Dommage parce que les coups de ciseaux off de la costumière du film faisait preuve d’efficacité. Paré d’un vrai costume, Sacha Baron Cohen aurait pu gentiment dénoncer l’excentricité des tenues du milieu de la mode.
    Ce n’est pas ça l’histoire.

    Bande annonce :

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    Sacha Baron Cohen se ridiculise pour ridiculiser. Dans Borat, les réactions obtenues par Sacha Baron Cohen étaient des perles critiques envers la société américaine. Dans  Brüno, l’effet reflet ne fonctionne plus. Brüno est seul, grotesque et ridicule.

    Qui irait reprocher plus tard par exemple, aux producteurs d’émission de télé de refuser l’immonde show proposé par Brüno ?
    Qui irait reprocher aux afro-américains de s’insurger contre Brüno lorsqu’il présente fièrement son fils, et les traitements qu’il lui inflige dans un talk-show ?
    Qui irait encore reprocher aux chasseurs stricts américains lors d’une virée en brousse de rembarrer Brüno ?

    Il va trop loin

    Brüno va très loin. Trop loin. Si bien qu’il ne peut y avoir aucune identification du spectateur au personnage.
    – Aucune compassion lors des instants émotions, accentué par une musique « sortez vos mouchoirs » bien inefficace.
    – C’est aussi de ce décalage qu’apparaît le second degré du film. Il maximalise chaque situation en osant le pire et c’est peut-être avec cette mise en scène du pire qu’il perce le mieux la société américaine.

    Il y a ce flegme d’abord partout autour. On regarde Brüno, il est excentrique, fashion, stupide, drôle et gay après tout ça. Brüno fait ce qu’il veut, s’il prend rendez-vous dans un institut pour se faire blanchir l’anus, c’est surtout son choix.
    Sacha Baron Cohen prépare désormais ces fausses réelles situations du film. Ce qui lui permet plus de choses, plus de chocs (du cumshot, du film amateur, des défiances SM…il exploite tous le porno à la mode).
    En contrepartie, il y a perte de spontanéité dans les réactions de l’entourage de Brüno. Les autres ne sont plus étonnés ou choqués (flegme des hôteliers, du professeur de karaté). On banalise d’une certaine manière les faits et pensées de Brüno, assimilant du même coup les clichés que véhicule le film à la réalité (même si elle est virtuelle) que capte la caméra épaule. C’est de là que fourmille l’ambiguïté du message de Sacha Baron Cohen.

    Rafistolage aux bouts de ficelles

    Mais pour faire passer la pilule, Sacha Baron Cohen tente de tirer le maximum d’humour de chaque situation. Son film devient une succession de sketchs potaches et grotesques et tendancieux. Cette mise en scène peu audacieuse forme un ensemble hétérogène où se mêle éclats de rire et grands moments de silence, aussi. Le manque de maîtrise se fait aussi sentir lorsqu’une ellipse est utilisée au moment charnière du film, comme l’incapacité de résoudre par la mise en scène les faiblesses d’un scénario à bout de souffle.

    Que veut Brüno ? La célébrité.
    Quels sont les moyens employés ? Tous. (On voit tous ses anecdotiques échecs)
    Y arrive t-il ? Oui, en fin de compte.
    Quand et comment ? Ellipse.
    Ecran noir : « 8 mois plus tard ».
    Brüno est un autre homme, métamorphosé, sans qu’aucun lien avec les potacheries précédentes ne soit créé. Avant ça, Brüno aurait pu être un autre homme. Il aurait pu être Brüno. Il aurait pu être quelqu’un d’autre.

    Sacha Baron Cohen parachute alors un message en deux parties : les homosexuels sont jugés et lynchés aux Etats-Unis uniquement parce qu’ils sont homosexuels. L’homosexualité assumée triomphera de tout.
    Il nous dit aussi que Brüno est gay.
    Il demande à Bono de U2 ou à Elton John de le confirmer. Le propos devient sérieux.
    Brüno a maintenant le droit de vivre ainsi son homosexualité.
    Oui, Il a le droit.

    Sacha Baron Cohen vient à penser que Brüno est un digne représentant de la cause homosexuel ?
    Qu’il aille voir Le Roi de l’Evasion.

    Brüno
    Film américain, 1h23, 2009
    Sortie le 22 Juillet 2009

    Réalisé par Larry Charles
    Avec Sacha Baron Cohen

    Florent Boucheron.

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