3, Chronique d’une famille singulière – comédie dramatique de Pablo Stoll Ward
Il y a dix ans, Rodolfo quittait son épouse Graciela et sa fille Ana pour aller épouser une autre femme. Son existence vide et froide, pleine de regrets, lui donne soudain l’envie de retrouver auprès d’Ana et Graciela la place qu’il occupait jadis. En toute discrétion bien sûr…
Il y eut Whisky et 25 watts, comédies minimalistes à la scandinave réalisées avec Juan Pablo Rebella, dans lesquelles les sentiments restaient tus à jamais. Après un Hiroshima resté inédit en France, Pablo Stoll Ward a eu l’an dernier les honneurs de la Quinzaine des Réalisateurs avec ce 3 qui n’est pas exactement la « chronique d’une famille singulière » dont parle le titre, mais plutôt la chronique d’une tentative de reconstruction d’une famille jadis comme les autres. On connaît les fameuses “comédies du divorce”, dans lesquelles des couples en voie ou en fin de séparation se tiraient dans les pattes ou finissaient par se remettre ensemble contre toute attente. 3 fait de même, mais se focalise à la fois sur le couple et sur sa fille unique, adolescente préférant aller séduire des hommes plus vieux qu’elle plutôt que d’aller en cours.
Triste et amer, Rodolfo décide de pratiquer une sorte d’incruste pernicieuse au sein de l’ancien domicile familial, afin de réintégrer doucement mais sûrement celui-ci… et le coeur de ses occupantes. Loin de se focaliser uniquement sur cette opération rocambolesque et délicate, Pablo Stoll Ward procède également à la façon d’un film choral, suivant la jeune Ana sur les chemins d’une école buissonnière de plus en plus dévergondée, et se plaçant aux côtés d’une Graciela passant ses journées au chevet d’une tante mourante. L’ensemble est curieusement euphorisant, sans doute parce que le cinéaste parvient à injecter énergie et jubilation dans chaque séquence, y compris dans les plus graves.
Si 3 est aussi touchant et aussi beau, c’est parce que le film est à l’image de la vie : parfois frustrante, toujours perfectible, mais absolument jouissive par endroits. Une scène résume à elle seule cet état d’esprit tout simple mais impeccablement restitué : on y voit Rodolfo danser en slip au milieu de ses plantes vertes, comme pour célébrer le bon déroulement de son plan. Voir cette famille attachante se reconstituer peu à peu, jusqu’à la scène évoquée sur l’affiche, donne lieu à un moment de cinéma singulier et franchement réjouissant.
Thomas Messias
[embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=ixgLdxt3LoI[/embedyt]
3, Chronique d’une famille singulière
De Pablo Stoll Ward
Avec Néstor Guzzini, Matías Ganz et Carolina Centurión
Durée : 115 min.
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