“Convoi exceptionnel” : mise en abyme ou manque d’inspiration ?
Le dernier film de Bertrand Blier consiste en une gigantesque mise en abyme, ses deux héros ayant dans les mains le scénario de leur vie. Est-ce bon signe ? Pas vraiment…
Le coup des personnages qui savent qu’ils font partie d’une fiction n’est pas tout à fait neuf. Alors pourquoi Bertrand Blier prend-il ce risque à ce stade de sa carrière ? La vérité n’est sans doute pas très agréable à entendre : parce que, comme d’autres avant lui, il a subi une crise d’inspiration sans précédent qui l’a finalement poussé à transposer son angoisse de la page blanche à l’écran. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec Convoi exceptionnel : de deux types sans objectif qui suivent le scénario sans aspérité qu’on leur a collé dans les mains. Et ce qui est censé créer le décalage fait au contraire monter la consternation la plus totale.
Comme d’autres avant lui, Blier n’a pas su s’arrêter. Après l’acceptable Les Acteurs, le réalisateur a tenu à poursuivre, signant avec Les Côtelettes un film-testament aussi glauque que navrant, mais qui, avec le recul, aurait pu symboliser pour lui le plus cinglant des adieux. Finalement, il est revenu avec un Bruit des glaçons copieusement raté lui aussi, malgré le César du second rôle reçu par Anne Alvaro. Et c’est avec un nouveau film de trop que le réalisateur de Trop belle pour toi nous revient en 2019.
Lorsqu’Alex van Warmerdam (Waiter!) ou Édouard Baer (Akoibon) ont tenté eux aussi de faire prendre conscience à leurs personnages de leur statut d’êtres fictionnels, ils se sont heurtés violemment à un mur. Car on ne dupe pas le public aussi facilement que cela : de la mise en abyme à l’aveu impuissant d’un manque d’inspiration total, il n’y a qu’un pas. Mais le cinéaste hollandais et le fantaisiste réalisateur français ont su rebondir, par jeunesse, par envie et par talent. Bertrand Blier, lui, n’est plus que l’ombre de lui-même depuis bientôt 20 ans. Mais céder sa place semble être une chose trop compliquée lorsqu’on a à ce point occupé les premiers rangs pendant des dizaines d’années.
L’alliance Clavier-Depardieu n’est pas là pour aider le réalisateur, qui pour son film précédent avait au moins eu le flair de recruter deux acteurs relativement jeunes et extrêmement dynamiques : Albert Dupontel et Jean Dujardin. Ici, les interprètes originels d’Astérix et Obélix ne font que renforcer le côté “cimetière des éléphants” de l’ensemble. Comme Blier, leur quête de renouveau semble vouée à l’échec. Ce qui crée un sentiment terrible, celui d’assister à un crash prévu depuis le début. Triste.
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