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Henzo Lefèvre, directeur du FIFP de Carcassonne : “des exigences fortes”

Lucile Bellan 11 décembre 2019
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C’est fort du succès de son édition précédente que le Festival International du Film Politique commence sa deuxième édition. À l’origine du projet,  son président Étienne Garcia et son directeur Henzo Lefèvre, déjà à l’origine du baptême du feu réussi.

J’ai voulu rencontrer ce dernier pour discuter avec lui de la pertinence du festival, des raisons de son succès, d’engagement politique et de rêves pour la suite. C’est un passionné de culture que je retrouve dans l’un des luxueux salons de l’Hôtel de la Cité qui abrite l’équipe du festival pendant sa durée. Jeune, ambitieux et passionné, le directeur parle avec l’énergie de ceux à qui beaucoup réussit.

Pourquoi un festival du film politique ?

Henzo Lefèvre : Au-delà du fait que le cinéma est politique, je pense que tout ce qu’on dit, tout ce qu’on fait, tout l’art est politique. On trouve de la politique partout, et en tout cas un sens politique à tout. Ce qu’on considère, nous, être un film politique, c’est un film qui met au cœur du scénario un sujet politique, ces sujets pouvant être sociétaux ou économiques. L’idée du festival est venue d’un constat, puisque nous avons un autre festival avec Étienne Garcia [le festival de la fiction historique à côté de Toulouse], et qu’on s’est rendu compte que pas mal de films programmés étaient des films politiques.

En dehors de notre intérêt pour le sujet, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de festival pleinement consacré aux films politiques d’un point de vue artistique. On l’a aussi fait dans un moment particulier dans une société qui évolue. On est assez jeunes, Étienne a 29 ans, j’en ai 23. Et ce cinéma qu’on consomme nous est aussi consommé par nos amis, de milliers sociaux différents. On a voulu en dépoussiérer un peu l’image. C’est un cinéma qui a une véritable influence sur la société et les décideurs politiques, et ce cinéma mérite d’être mis en lumière.

Est-ce que le festival du film politique est engagé ?

H.L. : Sur le festival en lui-même, il y a des volontés sur certaines choses. Je pense à la projection qu’on fait à la maison d’arrêt vendredi, je pense aux discussions sur l’environnement. Et il y a, si ce n’est un engagement, une conception de l’accès à la culture dans la façon de produire le festival. Ça passe par le scolaire, ça c’est un engagement. Et c’est un vrai engagement de l’avoir rendu gratuit du CM1 à la terminale, transport compris. C’est un vrai choix budgétaire dans un budget pas illimité. Notre autre engagement, c’est pour le public. On peut sortir les paillettes et dire qu’on est l’un des festivals les plus accessibles de France avec des pass à 10 euros la journée, 20 euros la semaine, 1 euro la journée, 5 euros la semaine pour les jeunes. On a une tarification très attractive, mais ça va plus loin que ça. Par exemple, le fait que le public puisse se restaurer gratuitement entre les deux séances, celle de 18h15 et celle de 21h, c’est un engagement politique.

Parce que c’est bien joli de faire un pass à 10 euros la journée si derrière les gens n’ont pas le temps de manger en ville ou de rentrer chez eux et doivent être obligés de choisir entre les deux séances. Ce n’est pas ce qu’on a voulu. Il y a une volonté d’engagement de notre part sur une manière de produire plus respectueusement sur les questions environnementales. Et c’est très difficile. À l’issue de la première édition, on s’était dit que ce serait bien de limiter l’utilisation de l’avion pour faire venir les invités. Et là, en contexte de mouvement social, on savait qu’il n’y aurait pas de train et on a dû passer par l’avion. Il y a des contraintes qui viennent créer des paradoxes. Mais on en a conscience et on travaille dessus.

Le festival est soutenu par la Région Occitanie mais également par la communauté d’agglomération et la mairie de Carcassonne… Comment on compose un festival du film politique malgré ou avec le soutien de personnalités politiques de différents bords ?

H.L. : Avec, pas malgré ! On est dans une ville où la mairie est à droite et notre premier partenaire, la Région Occitanie, est à gauche. Ça démontre pas mal de choses parce que forcément tous les projets ne sont pas soutenus par les quatre collectivités qu’on a. L’événement qu’on a proposé correspond à la politique envers l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel en région. On est passé troisième région de France en termes de journées de tournage. On a aussi une accroche énorme avec la région parce qu’ils y voient un événement pertinent, qui sort des deux métropoles régionales Montpellier et Toulouse. C’était d’ailleurs une volonté forte avec Étienne Garcia de ne pas aller là où l’offre culturelle est déjà abondante. Nos partenaires sont à la base de ce festival mais il y a une règle à laquelle aucune des collectivités n’a jamais dérogé, c’est qu’on a une liberté artistique absolue.

On travaille en système de tours. Et il y a des films qui arrivent parfois en deuxième tour, troisième tour et qui sont parfois très critiques des organisations partisanes des partenaires mais peu importe. Je pense à un film en particulier l’an dernier qui n’a pas été prêt au final et qui démontait le parti socialiste. Cette liberté, c’est l’un des gages mêmes de nos discussions quand on a présenté le projet. Et ça a été tout de suite compris. Par la suite, j’ai du mal à imaginer qu’un changement politique, à la région, à l’agglomération ou à la ville, puisse avoir un impact sur le festival.

Depuis quelques années, et en raison de réductions de budgets pour les politiques culturelles, on voit plus les festivals péricliter que se lancer. Comment réussit-on à créer un festival aujourd’hui en France ?

H.L. : Honnêtement, je n’ai pas toutes les réponses à ça. Je continue de m’interroger parce que je m’occupe d’autres événements et que ça ne se passe pas toujours de la même façon. Mais je crois réellement que c’est le projet. La réponse la plus pragmatique que je peux faire à ça, c’est qu’on est le seul festival du film politique avec des exigences artistiques fortes. On cherche à être avant tout un festival de cinéma sur cette thématique spécifique. Être les seuls a forcément aidé. Dans les 600 festivals en France, on était les seuls à avoir eu ce sujet et cette ligne éditoriale. Il y a aussi une volonté des collectivités qui n’est pas la même partout. La ville de Carcassonne a une vraie volonté de politique culturelle, on l’a ressenti. Ça se ressent aussi à l’agglomération et au niveau du département c’est pareil. Avec la région encore plus, parce que la région ce n’est pas pour rien qu’elle est devenue cette année la troisième région de France en termes de journées de tournage. Parce qu’il y a une volonté forte de la Région Occitanie de développer la filière. Ça passe par la télévision mais aussi le cinéma avec des réalisateurs qui viennent tourner ici leurs longs métrages. Et puis Occitanie Films, qui s’occupe d’organiser les tournages en local mais aussi de mettre en avant le territoire, fait un énorme travail depuis 15-20 ans pour ça.

Quels sont les rêves et les espoirs de ce festival par la suite ?

H.L. : L’espoir un peu concret, ça va être de développer financièrement le festival pour l’allonger. Pas pour faire une cérémonie qui coûte plus d’argent mais pour permettre un festival qui court du vendredi soir au vendredi ou samedi soir suivant. Parce que ça nous permettrait d’avoir un week-end complet, de proposer plus de films, peut-être moins d’avant-premières mais des sélections différentes. On aurait plus de marge de manœuvre dans la programmation artistique. Sur des choses pratiques, moi j’ai toujours espoir qu’on sélectionne des films pas encore distribués en France qui trouvent de cette manière leur place dans les salles françaises. Que leur passage ici ait un impact.

Et le rêve le plus fou ?

H.L. : Je ne sais pas si Étienne serait d’accord avec moi, mais j’aimerais quelque chose comme ce que Dominique Besnehard a fait avec le festival du film francophone d’Angoulême, “Angoulême in New York”. Je crois que j’aimerais qu’on puisse présenter une partie de la programmation ailleurs dans un autre pays. Confronter notre regard à un public différent, ailleurs.

Propos recueillis par Lucile Bellan

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