0 Shares 1846 Views

    12 – Nikita Mikhalkov

    18 février 2010
    1846 Vues
    12 - Nikita Mikhalkov

    12 - Nikita Mikhalkov::

     

    Chez Nikita Michalkov, cinéaste russe, il n’y a qu’une vérité qui peut ressembler aux Russes, c’est celle qui les rassemble et les divise en même temps. Il joue sur l’instantanéité comme un philosophe de l’instant et nous démontre que  dans chaque personnalité, dans chaque individu, existe une formidable histoire personnelle prête à jaillir en une fraction de secondes. Ainsi lorsque l’on arrête de s’agiter pour écouter l’autre, quand on prend le temps de comprendre enfin ce qui se trame au fin fond de la personnalité de chacun, de sa propre dramaturgie, on a alors la capacité d’évacuer les conclusions hâtives dictées par les a priori.


    Il y a cette force dans ce film passionnant, de rejeter l’ancien ordre soviétique sans gommer la culture russe.  On a lu tant d’articles, on en a trop vu de ces reportages et de ces films qui pour promouvoir une adhésion du pays au capitalisme spéculatif et pour ne pas déplaire au pouvoir néolibéral, ont fait dès le départ de Gorbatchev de la scène  politique, une caricature de l’ancien régime – aussi stupide que le fut  en son temps Tintin au pays des Soviets publié de janvier 1929 à mai 1930 dans les pages du Petit Vingtième d’inspiration rexiste. C’est tout l’inverse qui guide le réalisateur, qui décrit sur l’écran une vraie société des hommes de la Russie d’aujourd’hui, comme le tirage aléatoire des jurés d’assises peut la désigner.


    Qui sont-ils au fond d’eux-mêmes ces jurés que bien des choses séparent ? Un chauffeur de taxi ultra-nationaliste dont la violence rentrée peut provoquer un autre drame, un ingénieur chimiste humaniste, ex-alcoolique, largué par sa femme, ses enfants et par son patron mais qui sera sauvé de la misère par les industriels occidentaux, un artiste musicien progressiste qui joue au clown triste… Bref, dans ce huis-clos sans aucune femme, ils sont douze personnalités qui n’ont qu’une hâte : en finir avec le procès d’un jeune Tchéchène accusé du meurtre de son père adoptif. Une babiole !


    Mais d’interrogations en questionnements, de précisions apportées à la réflexion collective en reconstitutions, le discernement évolue au sein de ce jury réuni pour délibérer dans un gymnase où les moyens publics manquent cruellement. Nous ramenant inexorablement à la cruauté de la guerre, puisqu’il s’agit bien d’une guerre en Tchétchénie, le réalisateur ne banalise rien en offrant à travers le souvenir vivace de ce jeune accusé tchéchène le détail répétitif des vies déchirées avec un réalisme cinématographique impressionnant.


    Dans son rôle d’ancien officier de l’armée rouge, Nikita Michaelkov renvoie le cinéphile à sa « Partition d’un piano mécanique ». On est tenté de penser davantage à Clint Eastwood et à la revendication de justice qui émaille ses films qu’aux 12 hommes en colère réalisé par Sydney Lumet en 1957. Cependant Michaelkov utilise le même argument sans faire de copier-coller, loin s’en faut. Comme chez Lumet, cette décision doit être prise à l’unanimité et décider de la vie ou de la mort d’un homme. Dans « 12 », au-delà de la question raciale, se pose celle de la tentation communautaire et nationaliste. C’est la société russe dans son entier qui débat avec ses arguments populistes un à un démontés.


    Comme un oiseau en liberté semble dire un juré qui, le premier, a posé la question du doute au milieu de cette assemblée d’hommes, comme enfermés là par un planton corrompu, prisonniers d’eux-mêmes et jouets de ce qui s’instille en chacun d’eux ainsi que cela s’insinue dans chaque juré de nos cours d’assises. Lequel après sa première décision instinctive de condamner un prévenu à la peine capitale, voit en lui s’infiltrer la présomption d’innocence. Encore faut-il l’y amener et pour ce faire, Nikita Michalkov a pris sa juste place dans la programmation de l’année France-Russie 2010, pour que toutes affaires cessantes, on aille voir « 12 » dans les salles de France pour, les mains crispées sur son fauteuil, contempler douze fantastiques acteurs impressionnants de vérité.


    Pat.D.Com


    12 un film de Nikita Mikhalkov


    Présenté dans le cadre de l’année France-Russie : « 12 » Long-métrage russe réalisé par Nikita Mikhalkov avec Sergey Makovezkij, Mikhail Yefremov, Nikita Mikhalkov, Durée : 2h33 min Année de production : février 2007 Distribution : Kinovista


    Sortie le 10 février

     

    En ce moment

    Articles liés

    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance
    Spectacle
    464 vues

    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance

    Au Studio Hébertot, huit jeunes comédiens nous réjouissent dans une comédie acide signée Guillaume Gallix, inspirée de Molière et Goldoni, qui raconte la ridicule aventure d’un père de famille veuf, propriétaire d’un somptueux domaine avec château, qui convoque enfants...

    « Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève
    Spectacle
    743 vues

    « Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève

    Au Studio Hébertot, Lara Aubert interprète une jeune contrebassiste sous l’emprise de son professeur, dans une pièce poignante qu’elle vient d’écrire. A ses côtés, Alexis Desseaux campe l’enseignant virtuose et manipulateur, dans un cours de musique ou la complicité...

    Ville autoportrait – Sébastien Mehal
    Art
    627 vues

    Ville autoportrait – Sébastien Mehal

    Curatée par le collectif TAK Contemporary, l’exposition personnelle de Sébastien Mehal, présentée à la Galerie Hoang Beli, convoque la ville comme un corps collectif façonné par nos psychologies individuelles. Les œuvres sont tissées comme un patchwork de points de...